4 Janvier, 2005

January 4, 2005

4 Janvye, 2005
Vol. 23 No. 43
Une faillite pour faire place à l’invasion US?


Le directeur général du CEP, Jacques Bernard, et le président du CEP, Max Mathurin. Au siège du CEP à Delmas, l’atmosphère était surchauffée par les invectives que se lançaient les participants et les propos ronflants et creux et même du mélodrame…

Comme nous l’indiquions dans notre précédent numéro, toutes les conditions ont été réunies pour un nouveau report des élections/sélections; ce qui a été confirmé au cours du dernier week-end. En effet, il ne s’était agi que d’une question de jours pour que l’annonce de «l’évidence» soit faite officiellement.

En effet, à l’issue d’une nouvelle rencontre le 31 décembre entre le Conseil électoral provisoire (CEP) et les leaders et représentants politiques, l’organisme a proclamé le report sine die du premier tour fixé préalablement au 8 janvier 2006, et par conséquent le bouleversement de tout le calendrier. Cette décision de reporter à nouveau la date a été prise après une réunion la veille entre les mêmes parties qui s’était terminée en queue de poisson.

Au siège du CEP à Delmas, l’atmosphère était surchauffée par les invectives que se lançaient les participants et les propos ronflants et creux et même du mélodrame. Le candidat du parti néo-duvaliériste, Union pour la réconciliation nationale, Evans Nicholas, a même claqué la porte avec fracas, en dénonçant notamment les «magouilles». Tandis que le président de la Fusion des sociaux démocrates, Victor Benoît, fustigeait à son tour le CEP, disant avoir noté l’absence totale de planification de cette réunion. Du côté du CEP, les conseillers Gauthier et ¨François Benoît ont également quitté la salle. Les conseillers Duchemin, Richemé et Féquière n’étaient, eux, même pas présents.

Le président du CEP, Max Mathurin, se résignait à annoncer que le premier tour ne pourrait pas se tenir comme prévu au début de l’année 2006, tirant ainsi un trait sur le calendrier «définitif». «Suivant notre agenda de travail, des opérations de préparation se poursuivront au-delà du 8 janvier. Ceci explique que cette date retenue pour le premier tour ne pourra pas être respectée», s’est-il contenté de déclarer à l’issue de la réunion. C’est donc le cinquième renvoi des «élections». Max Mathurin a indiqué que le non-respect de la date du 8 janvier est dû à la distribution des cartes et aux bureaux de vote mal répartis. Dans une interview accordée à une station de radio, il a juré par tous les saints que son CEP profitera de ce nouveau report pour résoudre ces problèmes techniques en concertation avec les dirigeants politiques..

Le président de la commission du registre électoral Pierre Richard Duchemin et le conseiller Patrick Féquière ont imputé l’enlisement du processus au directeur général du CEP, Jacques Bernard, et aux autorités de facto. Selon ces deux conseillers, le nouveau patron du CEP ne cesse de faire montre d’autoritarisme et de manque de sens de leadership depuis son parachutage par Washington le 15 octobre dernier.

Patrick Féquière, lui, qui était absent à la réunion du 31 décembre, a découvert qu’il était plus important pour lui de travailler sur un récent rapport de l’IFES, qui fait état des longues distances que doivent parcourir les électeurs pour atteindre les centres de vote.

De son côté, le secrétaire général du CEP, Rosemond Pradel, a plutôt fustigé l’OEA pour le blocage du processus électoral. Pradel a déclaré que les experts de l’OEA ont pris entièrement à leur charge bon nombre d’activités, notamment la distribution des cartes qui accuse d’énormes retards, de même que la répartition des électeurs pour les bureaux de vote. Toutefois, les représentants de l’OEA en Haïti, Louise Brunet et Félix Ortega ont rejeté ces accusations et renvoyé la balle dans le camp du CEP. Selon eux, l’OEA n’a joué aucun rôle et n’a aucune responsabilité dans la localisation des centres de vote. Dans une interview sur les ondes, ils affirment que ces centres ont été identifiés par le CEP conformément aux prescrits du décret électoral. Quant aux retards accumulés dans la distribution des cartes, ils l’imputent également au CEP, qui n’avait pas identifié, à leur avis, les bureaux de vote à temps. Tout le monde se renvoie donc la balle, de même que le PNUD qui tient les cordons de la bourse pour les sommes octroyées par la «communauté internationale» pour leurs «élections». À en croire qu’après avoir mis plus de dix-huit mois pour en arriver là, ils se seraient tous concertés, chacun dans ce qu’il estime de son propre intérêt?

Quant au représentant spécial du secrétaire général de l’ONU, Juan Gabriel Valdés, semble plutôt satisfait du report de la date du premier tour. Lors d’une rencontre avec le chef de l’Etat dominicain, Leonel Fernandez, le chef de la Minustah s’est empressé de déclarer que cette décision bénéficierait du «soutien» de la majorité des acteurs. De toutes façons il avait déjà bien pris Pourtant à peine quelques jours plus tôt, dans son discours à l’hôtel Montana du 22 décembre, Valdés brûlait d’optimisme et discourait en ces termes: «Haïti se trouve dans la phase finale précédant la tenue des élections générales du 8 janvier 2006, qui permettront à ses citoyens de se doter à nouveau d’un gouvernement démocratiquement élu.» Cependant, après avoir donné toutes les assurances quant à l’appui de la Minustah, il émettait une «subtile» réserve: «Cela dit, contait-il, la décision finale concernant le calendrier électoral reste, évidemment, du ressort des autorités haïtiennes.» Il se lavait ainsi les mains, d’avance?

Et le chargé d’affaires actuel de l’ambassade des Etats-Unis, l’ex-ambassadeur Timothy McCarney n’était pas loin pour sa part, estimant que les forces politiques devaient trouver une nouvelle formule pour l’organisation des «élections». Il rappelait en l’occurrence que son pays étudiait actuellement une demande d’appui logistique, notamment des hélicoptères de l’armée, de la part de Valdés, ainsi que nous en faisions déjà part dans notre édition du 14 décembre dernier (No 40, «Une provocation délibérée»), et indiqué que toutes les dispositions doivent être prises par les responsables afin que le prochain calendrier électoral puisse être respecté. On en est au cinquième report, et c’est maintenant que Thimothy McCarney, qui n’est point un nouveau dans le dossier, vient nous raconter ces histoires. L’échec de ce quatrième report n’était-il pas planifié, comme nous le mettions à la une dans notre édition du 20 décembre 2005 (Vol 23 No 41). L’impérialisme aurait-il décidé de rajuster ses plans et d’en revenir à son projet de mise en tutelle directement comme l’établissait le plan Focal, du nom de cet organisme para-gouvernemental canadien?