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Un sondage Gallup réalisé pour le quotidien Hoy indique que 70% des Dominicains sont en faveur du rapatriement des Haïtiens légaux ou illégaux. Parmi ces 70%, 36,2% admettent qu’on ne devrait rapatrier que les illégaux. Seulement 2,3% souhaiteraient que le gouvernement de Leonel Fernandez les laisse tranquilles, qu’ils soient légaux ou illégaux, etc.
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Les autorités de facto en Haïti, non seulement refusent d’intervenir diplomatiquement pour apporter leur assistance aux Haïtiens vivant en République dominicaine, mais elles s’érigent plutôt en défenseurs du président dominicain Leonel Fernandez qui est pourtant pointé du doigt comme l’instigateur de la politique d’arrestations arbitraires, de persécutions et de rapatriements massifs.Ainsi, à l’occasion de l’inauguration d’un nouveau consulat haïtien à Barahona, le 18 novembre, Guy-Marie Louis, directeur général au ministère de facto des Affaires étrangères, déclarait qu’il s’agit d’un petit groupe d’extrémistes qui est en train de promouvoir l’expulsion de tous les Haïtiens vivant en République dominicaine. Il indiquait contradictoirement par la même occasion que la Chancellerie haïtienne optait pour la voie du dialogue à propos des déportations massives des Haïtiens de la République dominicaine. Avec qui, compterait-il alors entreprendre ce dialogue? Avec ce «petit groupe» non identifié?
Pour leur part, les autorités dominicaines intensifiaient au même moment les arrestations et déportations arbitraires expulsant ce même 18 novembre 185 Haïtiens arrêtés dans la région de Santiago par des soldats. 208 autres «sans papiers» arrêtés le 23 novembre attendaient de subir le même sort. Parmi ces derniers se retrouvent de nombreuses femmes et des enfants, accusés de se livrer à la mendicité dans les rues.
La veille, 24 pêcheurs étaient arrêtés par la marine de guerre sous prétexte qu’ils se trouvaient dans les eaux territoriales dominicaines, et certains de leurs canots ont été remis à la défense civile dominicaine et les autres brûlés. Et le vice-amiral César Augusto de Windt Ruiz déclarait: «Nous patrouillons de jour comme de nuit dans les zones de Manzanilla, Montecristi et dans d’autres points de la ligne nord-ouest, dans le but d’empêcher l’arrivée au pays d’Haïtiens au d’autres étrangers», a-t-il dit tout en accusant les pêcheurs d’avoir eu l’intention de se rendre en République dominicaine de manière illégale.
En même temps, les autorités dominicaines ont considérablement renforcé leur dispositif de «surveillance» aussi bien terrestre que maritime. Le récent départ pathétique du prêtre belge Pedro Ruquoy de la République dominicaine. Il s’agit d’une véritable mise en condition de ce pays par les autorités pour promouvoir l’haïtianophobie. Situation d’autant plus critique que ces dernières ont pris soin de se débarrasser du prêtre belge Pedro Ruquoy qui, après trente ans de mission pastorale au service des Haïtiens des bateys de la région de Barahona, a dû rentrer précipitamment en Belgique, sous l’effet conjugué des menaces de mort et suivant «l’avis» de la hiérarchie catholique. La veille de son départ, les travailleurs d’une quinzaine de bateys, des artistes, amis et membres de l’équipe de radio Enriquillo étaient venus le saluer au cours d’une soirée d’adieu. Plusieurs enfants adoptés par le père Ruquoy, des orphelins, et de vieux coupeurs de canne incapables de travailler ont pu être heureusement confiés à des organismes.
. Outre les rafles et les déportations sans ménagements de ces derniers mois, le gouvernement dominicain a toujours refusé d’accorder la nationalité dominicaine aux enfants nés sur son territoire de parents haïtiens. D’ailleurs, des secteurs ultranationalistes réclament la réforme de la Constitution pour supprimer le principe du jus soli (droit du sol), afin de résoudre le problème de la migration haïtienne.
Ce projet est dénoncé par plusieurs organisations dominicaines, dont Participation citoyenne, qui estiment. que «la réforme proposée va à l’encontre du principe constitutionnel fondamental de la République dominicaine, qui fait de nous un arc-en-ciel de races», comme le disait Luis Schecker, le coordonnateur, lors d’un point de presse à Santo Domingo. Celui-ci rappelait qu’une éventuelle réforme constitutionnelle ne devrait pas avoir un effet rétroactif et serait inutile si le but poursuivi est le refus de la nationalité dominicaine aux descendants haïtiens, et Schecker d’indiquer: «Ceux qui l’exigent pour un tel motif reconnaissent implicitement ce qu’ils prétendent nier.»
Mais tout passe à présent par des sondages qui, comme on doit le savoir, offrent des réponses suivant les questions posées aux sondés, des questions qui peuvent facilement être orientées de façon à obtenir les réponses désirées. C’est ainsi qu’un sondage Gallup réalisé pour le quotidien Hoy indique que 70% des Dominicains sont en faveur du rapatriement des Haïtiens légaux ou illégaux. Parmi ces 70%, 36,2% admettent qu’on ne devrait rapatrier que les illégaux. Seulement 2,3% souhaiteraient que le gouvernement de Leonel Fernandez les laisse tranquilles, qu’ils soient légaux ou illégaux, etc.
Il semble que les autorités dominicaines soient absorbées actuellement par cette question, puisque on n’en finit pas d’émettre des propositions et des projets de loi. Concernant la résidence légale, un avant-projet a été élaboré par le Conseil national de la migration pour le recensement ou l’enregistrement des étrangers vivant en République dominicaine. Selon le secrétaire d’Etat à l’Intérieur et à la Police, Francklin Almeyida, la nouvelle loi sur la migration prévoit qu’un étranger qui a vécu dix ans en République dominicaine a droit à une résidence permanente, et qu’à partir de cinq ans, il peut opter pour une résidence temporaire, et que pour moins de cinq ans, l’étranger aura un statut de visiteur.
Entre-temps, encouragée par le comportement des autorités dominicaines, cette campagne anti-haïtienne prend de l’ampleur jusqu’à rappeler les sombres jours de septembre-octobre 1937. En effet, au début de cette semaine, comme le reprenaient différentes stations de la capitale haïtienne telle Radio Qisqueya ce mardi 6 décembre, tout est prétexte pour lancer une chasse meurtrière. Ainsi, un jeune haïtien a été massacré à la machette près du village de El Encantado, dans la province de Montecristi, suite à l'assassinat d'un usurier dominicain du nom de Apolinar Lopez, dont le corps a été retrouvé ligoté, sans qu’il soit prouvé que notre compatriote ait eu quoi que ce soit à voir dans ce crime. Plus d’une centaine d'Haïtiens ont dû se réfugier dans les montagnes tandis que les militaires dominicains procédaient à l’arrestation de ceux qu’ils arrivaient à capturer, et au moins trente maisons ont été incendiées. À remarquer que les soldats dominicains ont retenu dix Haïtiens pour interrogatoire tandis que les autres devaient être rapidement expulsés. La chasse aux Haïtiens a tout de suite commencé après les funérailles de Lopez, sans que la police dominicaine eut essayé de leur offrir quelque protection que ce soit. Et ce n’est pas le seul cas, car on rapporte des événements semblables dans plusieurs régions où la multitude sûre de l’impunité se livre à toutes sortes d’abus contre nos compatriotes. Les autorités en profitent aussi pour opérer des rafles.
Mais tout cela ressemble pas mal à du déjà vu. Et le gouvernement dominicain, croit-on, voudrait plutôt faire diversion, étant donné la grave situation économique que connaît le pays. Moins grave sans aucun doute que celle d’Haïti, mais qui se détériore rapidement, car la République dominicaine est tout autant la proie des mesures néolibérales qui précarisent les conditions de vie des agriculteurs d’une part, et toute la population avec la réduction des budgets sociaux. On peut remarquer par ailleurs que l’expulsion des Haïtiens ne met point fin au recrutement de travailleurs taillables et corvéables pour la coupe de la canne et la récolte du café par exemple.
Que le président Leonel Fernandez soit conscient de cette chasse à l’haïtien, on ne saurait en douter, puisqu’elle se fait de façon officielle par les militaires dominicains, qui sont par ailleurs à tu et à toi avec le Pentagone. Que le régime de facto haïtien se soucie fort peu du sort de ses ressortissants au point de nier l’évidence, cela ne devrait point étonner, puisque ses dirigeants n’ont d’autre souci sur le territoire même d’Haïti que d’annihiler autant de personnes que possible des masses populaires, avec l’aide de la Minustah, dans le but de réduire à néant la résistance même pacifique de la population.
À remarquer entre autres que cette fois-ci la grande presse internationale se fait moins l’écho des expulsions qu’au cours de circonstances pareilles sous le gouvernement constitutionnel.