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De gauche à droite, Brunet Esterne un témoin du massacre de Grand-Ravine et Mario Joseph, avocat du Bureau des avocats internationaux : «Elles sont dix les victimes de Grand-Ravine qui ont décidé de porter plainte au parquet du tribunal civil de Port-au-Prince pour empêcher la répétition de tels actes barbares comme à Solino le 26 octobre 2004… »
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Le Bureau des avocats internationaux de Port-au-Prince, qui défend les proches des victimes et les survivants du massacre de Martissant et de Grand-Ravine les 20 et 21 août derniers, a déposé une plainte le 19 octobre au parquet du tribunal civil contre les responsables. Environ une trentaine de personnes avaient été alors assassinées et une cinquantaine d’autres blessées, lors d’une intervention de policiers accompagnant un groupe de civils armés de machettes sur un terrain de football où se jouait un match consacré pourtant à la paix.Même le RNDDH de Pierre Espérance, un organisme de droits humains d’habitude très peu porté à dénoncer les exactions du pouvoir, a dans un rapport, tout en soulignant avoir rencontré d’énormes difficultés pour l’élaboration d’un bilan définitif, reconnu avoir répertorié dix cadavres et quatre blessés dont un par balles à l’Hôpital général. et confirmé que les faits s’étaient produits à l’occasion d’un match de football mettant aux prises l’équipe «Sèl nou k konsa» à celle de «Sentinelle» au Parc Sainte-Bernadette, où assistaient plus de six mille spectateurs. Le lendemain de ce 20 août, les policiers rappliquaient à Grand-Ravine, toujours la zone de Martissant, et toujours avec leurs attachés armés de machettes, ils tuaient plusieurs autres personnes et mettaient le feu à des maisons. Quant à la plainte déposée au parquet du tribunal civil de Port-au-Prince, ce 19 octobre, Mario Joseph, un avocat du Bureau des avocats internationaux, déclarait: «Elles sont dix les victimes de Grand-Ravine qui ont décidé de porter plainte au parquet du tribunal civil de Port-au-Prince pour empêcher la répétition de tels actes barbares comme à Solino le 26 octobre 2004… Nous estimons qu’à présent, la justice dispose de moyens suffisants pour effectuer son travail dans le cadre de ce massacre, car il y a des plaintes… Nous exigeons que le parquet fasse des injonctions à M. Mario Andresol (directeur général de la PNH) pour qu’il envoie les quinze policiers placés en isolement devant la justice afin que la lumière se fasse. Nous avons porté plainte, certes, cependant nous avons des preuves à l’appui de nos plaintes, comme l’autopsie des cadavres, le constat des juges de paix…» Rappelons que lors d’un récent point de presse, le chef de la Police nationale (PNH), Mario Andresol, avait fait état de quinze agents sur une trentaine, qui sont supposément placés en isolement, pour les «investigations» dans le cadre des événements de Martissant et de Grand-Ravine. Les noms et grades de ces policiers ont été cependant omis au cours de cette conférence de presse. Mais que le directeur de la PNH Mario Andresol reconnaisse au moins cette fois que certains de ses hommes ont publiquement pris part à un massacre systématique, cela sort de l’ordinaire et des observateurs occasionnels pourraient croire à l’existence d’une force de police bien policée. D’autant plus que c’est le moment choisi aussi par le RNDDH de Pierre Espérance pour porter l’oreille aux violations des droits humains alors que ce dernier s’est surtout fait connaître comme accusateur surtout depuis son entêtement à vouloir faire condamner l’ex-Premier ministre Lavalas et son ministre de l’Intérieur, respectivement Yvon Neptune et Jocelerme Privert, pour l’affaire de La Scierie, un «massacre», pour lequel l’objet du délit n’a jamais été montré. Mais, la «détermination» de Mario Andresol pour châtier de prendre des mesures contre sa troupe, dans le cas qui nous concerne, n’est point l’effet du hasard. Il doit de son côté lâcher du lest, car il semble que Thierry Fagart, responsable des droits humains à la Minustah voudrait vider tout le «chargement» des abus commis conjointement par sa Mission et la PNH dans les seules «cales» de cette dernière. En effet, Fagart, comme s’il n’était qu’un simple observateur, qualifiait encore la semaine dernière la situation des droits de l’Homme dans le pays de «catastrophique», dénonçant «le mauvais fonctionnement du système judiciaire marqué par l’ingérence policière, les violations graves et répétées telles que les exécutions sommaires et bien sûr les arrestations arbitraires effectuées par cette PNH». À la mi-octobre on comptait officiellement au moins 1632 personnes en détention rien qu’au Pénitencier national de la capitale, dont seulement 62 ont comparu devant un tribunal. Une situation alarmante, même si jusqu’à présent on avait voulu la dissimuler aux yeux de l’opinion publique étrangère, surtout aux citoyens des pays tuteurs de l’occupation à qui on voudrait faire accroire que leurs troupes sont «en mission humanitaire» en Haïti. À ce sujet, la tournée actuelle à travers le Canada du cinéaste nord-américain résidant en Haïti, Kevin Pina avec son documentaire Haiti: The Untold Story, est en train de détruire bien des mythes sur le rôle du gouvernement canadien. Sans oublier l’ouvrage des journalistes Yves Engler et Anthony Fenton, Canada in Haiti, paru le mois dernier (co-édition de Red et Fernwood Publishing, Vancouver et Winnipeg, Canada, 2005), que présente justement en ce moment, Yves Engler, l’un des auteurs à travers le Canada. Et particulièrement, la réaction de Fagart suit, à quelques jours près, le passage durant une semaine jusqu’au 11 octobre en Haïti d’une commission internationale d’enquête conduite par l’ex-ministre de la Justice des Etats-Unis Ramsey Clark et mandatée par le Tribunal international sur Haïti qui tenait ses audiences les 23 et 24 septembre dernier à Washington (voir Haïti-Progrès, Vol 23 Nos 29 et 31). Les brèches s’élargissent donc de plus en plus dans «le plus grand cover-up de l’hémisphère», suivant le mot de Kevin Pina, et les coupables commencent à se jeter la pierre quant à la responsabilité des différents massacres qu’ils effectuent souvent en commun. La Minustah se décharge sur la PNH qu’elle prend comme tampon, tandis que la PNH de son côté fait un tri circonstanciel de «brebis-émissaires» parmi les «boucs» de son troupeau, pour les mettre «en isolement»!
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