26 Octobre, 2005

October 26, 2005

26 Oktòb, 2005
Vol. 23 No. 33
Non aux courtiers électoraux!

Si les lavalassiens espèrent le retour au pays du président Aristide et des autres exilés par le fait de Marc Bazin ou de René Préval au pouvoir, ils attendront longtemps!

Le Parti populaire national (PPN) est stupéfié par les propos tenus par l’un des présumés militants de base du quartier populaire de Bélair, déclarant: «Nous, membres de la base populaire de Fanmi Lavalas de Bélair, disons aux deux candidats du peuple René Préval et Marc Bazin, qu’il n’y aura pas de perdant parmi eux. Ils sont tous deux candidats du peuple dont Lavalas est le représentant (…) Ils doivent s’unir afin de conduire le peuple vers la paix et le progrès (…).» Pour comble, ces déclarations de Samba Boukman ont été prononcées le 17 octobre 2005, date marquant le 199e anniversaire de la mort de Jean-Jacques Dessalines, assassiné par la classe dominante qui, à l’époque, venait à peine d’émerger dans le pays.

Il importe de souligner d’abord aux dirigeants opportunistes qui se laissent leurrer par les fausses promesses, que Marc Bazin et René Préval ne sont pas les candidats des masses populaires. Bazin et Préval représentent un secteur de la bourgeoise et sont au service de l’impérialisme nord-américain. D’ailleurs, à l’instar des autres candidats, ils n’éprouvent aucun scrupule à participer aux sélections que sont en train d’orchestrer les Etats-Unis, la France et le Canada. Ils n’ont aucun problème à prendre part à ces élections/sélections sous la bannière de l’occupation, de même qu’ils ont cautionné le coup d’Etat/kidnapping du 29 février 2004. Marc Bazin et René Préval sont des hommes sans principes. Alors ils ne peuvent rétablir la paix, ni conduire le pays sur la voie du progrès.

On se rappelle qu’en 1982, Washington avait obligé le dictateur Jean-Claude Duvalier à installer Marc Bazin comme ministre des Finances afin de faciliter l’application du plan macabre du FMI (Fonds monétaire international) et de la Banque mondiale, consistant à détruire les cochons créoles, à ouvrir nos portes aux produits «pèpè» (produits usagés de toutes sortes importés), etc. Notre production nationale s’est ainsi trouvée anéantie et, en conséquence, nous sommes devenus totalement dépendants des importations. Washington avait établi Bazin aux Finances pour initier l’œuvre de privatisation des entreprises publiques. Nous en subissons aujourd’hui les conséquences. Le pays est dans la misère; c’est la répression et l’occupation étrangère.

Qui ne se rappelle que Marc Bazin était le candidat des Etats-Unis en 1990 (année de la première élection de Jean-Bertrand Aristide comme président)? Ils l’avaient largement financé. L’ancien président des Etats-Unis, Jimmy Carter, vint alors en Haïti expressément pour enjoindre au père Aristide de laisser la présidence au candidat favori des Etats-Unis. Qui ne se rappelle qu’après le coup d’Etat sanglant de 1991, à l’issue duquel plus de cinq mille partisans Lavalas avaient été tués, que les militaires putschistes Raoul Cédras et Michel François placèrent Marc Bazin comme Premier ministre de facto?

De son côté, René Préval, quand il était président en 1996, n’est pas intervenu en faveur des paysans de la Plaine de Léogâne quand Boulos et Mevs se sont lancés dans l’importation de l’éthanol en complicité avec le ministre du Commerce d’alors, sabotant ainsi la production nationale du clairin à base de canne à sucre. A cette époque, Fresnel Germain, le ministre du Commerce en question, avait déclaré: «Il n’est pas question de protéger les planteurs, les propriétaires des guildives (…), le contraire peut provoquer la réaction de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).» Et Préval garda un silence complice après ces déclarations.

Pendant sa présidence, René Préval avait accepté de vendre illégalement la Minoterie à un prix dérisoire. Il n’avait pas de problèmes avec le projet de privatisation des entreprises publiques mis en branle par le FMI et la Banque mondiale. En outre, on se rappelle que René Préval avait accordé aux Etats-Unis le droit de patrouiller dans notre espace géographique par mer, air et terre, prétendument pour traquer les narco-trafiquants. En fait, il dépouillait le pays de sa souveraineté. Le pire dans cette affaire, c’est que pour sceller cet accord, les Etats-Unis avaient délégué au pays leur secrétaire d’Etat, à l’époque Madeleine Albright, qui en exigea la signature le 17 octobre 1997. René Préval en sortit en quelque sorte humilié, puisque c’était le jour anniversaire de la mort du fondateur de la nation haïtienne, Jean-Jacques Dessalines.

Alors il n’y a pas de doute que les deux hommes, en l’occurrence Préval et Bazin, ne peuvent apporter ni la paix, ni le progrès. Non, mille fois non, ils ne le peuvent pas. Non plus les trente-cinq autres politiciens traditionnels candidats à la présidence, ni tous les autres candidats briguant des postes au Sénat, à la députation, etc., sous l’égide des occupants. Si les lavalassiens espèrent le retour au pays du président Aristide et des autres exilés par le fait de Marc Bazin ou de René Préval au pouvoir, ils attendront longtemps!

D’autre part, nous voulons dénoncer l’hypocrisie de certains prétendus dirigeants de base de Cité Soleil qui, le 17 octobre 2005, ont décrété que la Route 9 s’appelait désormais Boulevard Dread Wilmé. Auraient-ils oublié que le 27 septembre, ils s’étaient réunis avec l’OEA et la Minustah qui a perpétré le massacre du 6 juillet 2005 au cours duquel Dread Wilmé a été tué? Les tractations de ces faux dirigeants des masses pour forcer une partie du peuple à participer aux sélections constituent une trahison. Ce faisant, ils assassinent à nouveau Dread Wilmé.

Par ailleurs, comment peut-il y avoir des élections honnêtes et libres avec tout ce qui se passe dans le pays? Tout le monde constate que le CEP (Conseil électoral provisoire) n’est pas indépendant. D’ailleurs le Premier ministre de facto Gérard Latortue a nommé récemment un nouveau directeur exécutif au CEP sous les injonctions pressantes de l’occupant, afin de rafistoler l’institution et faire avancer ce processus électoral. Car l’occupant veut à tout prix que de nouvelles marionnettes soient installées le 7 février 2006 à la présidence et au Parlement.

En outre, on a assisté à la formation d’une commission d’appui au CEP. Une véritable anarchie. Concernant les cartes électorales «piégées», la firme mexicaine ne s’en occupe plus, le contrat est passé à une compagnie canadienne. Alors leur distribution sera davantage retardée. Tout un gaspillage d’argent aux dépens du peuple.

D’un autre côté, les candidats s’insurgent contre la décision de la Cour de cassation d’agréer Dumarsais Mécène Siméus, un citoyen nord-américain, pour participer à la sélection pour la présidence. On n’arrête pas de violer la charte fondamentale du pays. Les candidats protestataires ne la respectent guère non plus, et ils n’élèvent la voix pour la défendre que quand ils se sentent eux-mêmes menacés. Par exemple, personne dans la classe politique traditionnelle n’a pipé mot lors des deux coups d’Etat contre Aristide en 1991 et 2004. On a gardé silence quand Préval a vendu la Minoterie sans l’approbation du Parlement. Pourtant le coup d’Etat n’est pas prescrit dans la Constitution, ni la vente d’une entreprise publique par un président.

Il ne peut y avoir des élections démocratiques, libres et honnêtes quand des milliers de prisonniers politiques Lavalas croupissent derrière les barreaux à travers le pays; quand la répression ne cesse de sévir dans les quartiers populaires; quand un président élu démocratiquement vit en exil. Des élections correctes sont impossibles avec des troupes d’occupation dans le pays. Ces derniers n’ont pas hésité à appuyer des assassins armés de machettes, des escadrons de la mort de la police lors des massacres à Cité Soleil, Bélair, Solino, Grand-Ravine, etc. De fait, nous sommes étonné d’entendre un responsable de l’ONU en Haïti, Thierry Faggart, dénoncer le gouvernement et surtout la police pour les vagues de massacres et d’exécutions sommaires enregistrés dans le pays. L’occupant dénonce la responsabilité de la police seulement dans ces massacres, alors que la Minustah était présente au moment où ces atrocités avaient lieu, accompagnant les escadrons de la mort. Il semble que l’occupant éprouve des appréhensions sur le travail du Tribunal international pour traduire les responsables de la Minustha impliqués dans ces massacres devant la Cour pénale internationale de La Haye.

Face au pourrissement de la situation socio-politique et économique du pays, le Parti populaire national (PPN), lance un appel aux patriotes, aux vrais démocrates, aux organisations de base, à toute la population, et leur demande de boycotter les élections/sélections que s’apprêtent à organiser l’occupant et les autorités de facto. Nous ne participerons pas à ces élections, et quand les choses tourneront mal, nous n’aurons pas non plus à nous reprocher d’avoir choisi cette situation en votant. Il est temps aujourd’hui que les secteurs progressistes, les organisations populaires de base qui n’ont pas trahi les masses, s’organisent davantage pour faire échec à la dictature qui s’installe et au plan du FMI/Banque mondiale en gestation. Les candidats se font entre eux une concurrence sévère afin d’obtenir la faveur de l’occupant. Ceux qui auront obtenu cette faveur vont poursuivre la répression, enfoncer le pays davantage dans la misère, bref appliquer le projet de l’occupant.

A bas les opportunistes au sein du mouvement populaire!
A bas le gouvernement de facto Alexandre/Latortue!
A bas l’occupation!
A bas les élections/sélections!
Luttons pour obtenir un autre 1804!
Liberté ou la mort!

Pour le bureau politique du PPN
Georges Honorat
Port-au-Prince, 19 octobre 2005