19 Octobre, 2005

October 19, 2005

19 Oktòb, 2005
Vol. 23 No. 32


Le porte-parole de la PNH Frantz Lerebours : la Police nationale (PNH) appuyée par les Casques bleus a procédé à l’élimination physique de plusieurs personnes et à l’arrestation de plus d’une centaine…
Plus d’une année après leur arrivée dans le pays, les forces d’occupation de la Minustah, cette dite Mission de stabilité des Nations unies pour Haïti, n’en finit pas de réprimer la population des quartiers populaires et d’aider à remplir les cachots du gouvernement de facto.

Encore, dans les dix premiers jours de ce mois d’octobre, la Police nationale (PNH) appuyée par les Casques bleus a procédé à l’élimination physique de plusieurs personnes et à l’arrestation de plus d’une centaine, comme ne se gênait point pour le claironner le porte-parole de la PNH Frantz Lerebours à l’occasion d’un point de presse le 12 octobre. Ces opérations répressives sont toujours inscrites, dans le cadre de la lutte contre le «banditisme» et la «criminalité», et Lerebours s’en est réjoui, non seulement de l’action de ses agents mais aussi de la contribution des Casques bleus de l’ONU pour «améliorer le climat de sécurité». Pour donner de la vraisemblance à ses dires, et écarter tout soupçon concernant l’objectif réel de ces opérations qui visent essentiellement à anéantir la résistance populaire, Lerebours s’est principalement étendu sur les arrestations de criminels de droit commun, tels que celles trois individus et de la saisie de «plusieurs armes à feu», ajoutant pour être plus crédible l’interpellation d’un présumé «bras droit» du militant du Bélair Peterson Lerose dit «Dents Serrées» en compagnie de sa concubine à Miragoâne. Rappelons cependant qu’il y a environ quinze jours, Peterson Larose a été lâchement abattu.

Et c’est toujours dans les quartiers populaires que s’effectuent ces «nettoyages», et pas moins que deux cents soldats de la Minustah, un hélicoptère et une dizaine de chars blindés avaient été mobilisées, toujours au nom du maintien de la paix. Et le colonel marocain Elouafi Boulbars disait: «Pour être objectif et réaliste, la formule de zéro violence n’existe nulle part dans le monde. Cela ne veut pas dire que nous sommes satisfaits de la situation sécuritaire actuelle. Nous travaillons dur, nous faisons notre possible pour y appliquer la loi. Entre autres, nos forces sont actives au travail dans la prévention…, on engage des opérations de recherche et de poursuite notamment au Bélair et autour de Cité Soleil(…) 110 militaires jordaniens sont déjà en Haïti pour préparer l’arrivée du reste du contingent spécialisé dans des combats en zone urbaine. Les militaires jordaniens qui doivent atteindre un nombre de 750, ont toutes les prédispositions et tous les équipements pour aller à Cité Soleil.» C’est donc la guerre qui est déclarée à la population de Cité Soleil.

Pourtant, «le climat de sécurité» ne s’améliore point, car les kidnappings et les assassinats en dehors des quartiers populaires se multiplient dans la région métropolitaine et dans les villes de province. Parmi les nombreux cas, il y a celui du meurtre du propriétaire de «Murray Auto parts», Honoré Archange, abattu ce 12 octobre à Delmas 19 par des individus qui essayaient de le kidnapper. Peu de temps auparavant, la propriétaire de Stephia Hôtels avait été tuée dans la même zone.

Même les «garants de l’ordre public» ne sont pas épargnés par la recrudescence du banditisme. En effet, et chose curieuse, ses supérieurs refusaient de dévoiler le nom d’un policier récemment enlevé à Port-au-Prince, ni même les circonstances de ce «kidnapping». A Jacmel, c’est un coopérant français, arrivé au pays il y a à peine un mois et professeur à l’université Notre-Dame qui a reçu une balle à la tête quand deux individus armés l’ont interpellé chez lui le mercredi 11 octobre. Et ce ne sont là que très peu d’exemples de ce climat, et personne ne se sent plus en sécurité parce que la PNH et la Minustah effectuent des raids meurtriers dans les quartiers populaires. Et la petite bourgeoisie commence à se rendre compte que cette Minustah n’est point là pour assurer leur sécurité, mais pour durer sur place sans date de départ pour mater la résistance populaire. Car Minustah ou pas, ils se rendent compte que leurs déplacements sont devenus de plus en plus périlleux. Certains pour se rendre à l’aéroport international prennent même la précaution de former un cortège d’accompagnement pour augmenter leurs chances d’arriver sains et saufs à destination.

Mais pour cet imbécile heureux de Gérard Latortue, clown volontaire et bouffon bien conscient, tout baigne dans l’huile, car pour lui, «il y a toujours des prophètes de malheur, car c’est la déficience des structures hôtelières plutôt que l’insécurité qui l’empêchent d’inviter les touristes à venir se balader dans le pays», comme il le clamait le 17 octobre dans une interview téléphonique à un animateur d’une station de radio montréalaise qui lui servait la soupe. Pour lui, «on peut aller n’importe où, et il suffit d’éviter Cité Soleil». Latortue reprenait la vieille rengaine voulant que Port-au-Prince est comme toutes ces grandes villes, Paris, Montréal, Londres, etc. où «à la nuit tombée, il y a certains quartiers qu’il faut éviter». Pour corroborer ses dires, il s’esclaffait: «J’ai passé ma vie à voyager à travers le monde…» Mais jusqu’à présent il ne semble pas avoir beaucoup voyagé à travers Port-au-Prince.

Mais tout ce cirque n’arrive pas à masquer la réalité de la répression. Et le journaliste bien connu Kevin Pina, réalisateur du documentaire Haiti, the Untold Story (jouée récemment à Montréal et en tournée dans plusieurs grandes villes canadiennes, comme Toronto, Vancouver, etc.) et qui réside d’ailleurs en Haïti, lors d’une interview percutante le lundi 17 octobre à la station anglophone de Radio Canada (CBC), disait au sujet de la répression en Haïti que «c’est actuellement le plus grand cover-up de l’hémisphère »… Et à la journaliste éberluée qui l’interviewait, Pina lui rappelait les massacres perpétrés par la Minustah et la PNH, et de la complicité agissante du gouvernement canadien dans ces crimes. «Mon opinion, disait-il encore, c’est que l’ONU ferme les yeux (…) Ils ont besoin de ces élections, c’est l’unique façon pour eux de justifier le coup d’État, et de justifier les crimes qu’ils commettent…»