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Jacques Bernard s’est engagé à se remettre à l’œuvre pour la réalisation d‘«élections honnêtes et démocratiques». On ne saurait en douter.
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Un nouveau directeur exécutif pour le Conseil électoral provisoire (CEP), Jacques Bernard, a été installé le 15 octobre par le ministre Paul Gustave Magloire qui remplaçait le Premier ministre de facto Gérard Latortue en voyage aux Etats-Unis et en Europe. L’installation du nouveau « patron » du CEP est survenu 48 heures après que les autorités de facto eurent annoncé à l’issue d’une rencontre avec les représentants des secteurs ayant signé «l’Accord du 4 avril» des «mesures extraordinaires», pour corriger les graves dérives du processus électoral à environ trois mois de l’entrée en fonction des nouveaux «élus», alors que le numérotage des candidats retenus, la liste définitive des candidats à la députation et au Sénat et la date du nouveau report du premier tour des élections législatives et de la présidentielle initialement prévue pour le 20 novembre, se font toujours attendre.En marge d’une rencontre au Palais national avec les représentants de la «société civile» et de l’ancienne opposition le 13 octobre, Gérard Latortue avait fait part de toute une série de dispositions, notamment le recrutement d’un gestionnaire comme directeur exécutif du CEP.
«Cette structure exécutive est nécessaire au niveau de la gestion quotidienne du processus électoral» déclarait-il, tout en prétendant paradoxalement que son gouvernement n’allait pas s’immiscer dans les affaires électorales et sommant les conseillers électoraux de mettre de l’ordre dans le CEP. «Ils doivent rédiger des règlements internes et donner les grandes orientations des élections», dictait-il, sans aucun égard pour les conseillers qui ne semblent point d’ailleurs s’en formaliser.
Entre autres mesures, Latortue également annonçait la création d’une «commission» dite de garantie électorale, telle qu’elle a été réclamée par un groupe de 13 partis politiques réunis dans la «Convention des partis politiques», ainsi que la mise sur pied d’une énième commission chargée d’enquêter sur la nationalité des candidats. «Nous avons créé une commission pour vérifier la nationalité des candidats… Les ressortissants étrangers ne seront pas habilités à intervenir dans la course électorale à titre de candidats ou d’électeurs», clamait-il en brandissant un exemplaire de la Constitution. «Le plus simple qu’on puisse demander à ces personnalités, c’est de venir solennellement jurer qu’elles n’ont jamais pris d’autres nationalités», ajoutait-il. Pourtant, de tels serments ne lui avaient pas été réclamés lors de son installation au pouvoir par Washington en mars 2004.
Pourtant, deux jours auparavant, la Cour de Cassation avait ordonné au CEP de remettre dans la liste des candidats agréés à la présidentielle le nom du citoyen états-unien d’origine haïtienne, Dumarsais Siméus, candidat du parti Tèt ansanm.
La « commission » mise en branle par le gouvernement de facto pour la vérification de la nationalité des candidats est présidée par le ministre de facto de la Justice Henry Dorléans, assisté des ministres des Affaires étrangères Hérard Abraham et de l’Intérieur Paul Gustave Magloire, ainsi que par les chefs de cabinet du président et du chef de gouvernement de facto.
Toutefois, à propos de l’arrêt de la Cour de cassation rendu en faveur de Dumarsais Siméus, le Premier ministre de facto et son ministre de la Justice ont prétendu tous deux que cette décision est irrévocable. «L’arrêt s’impose et c’est fini … Le CEP doit se courber aux injonctions de la Cour de cassation; s’il refuse, nous le forcerons de le faire pour qu’enfin nous puissions nous pencher sur le sort des candidats ayant une autre nationalité.», disait le pince-sans-rire Dorléans. Siméus aura donc fait le nécessaire pour satisfaire tout le monde?
Quant à l’investiture du directeur exécutif Jacques Bernard, ce 15 octobre, elle s’est passée en présence des membres du CEP et des représentants du corps diplomatique. Paul Gustave Magloire a vanté les «qualités» et les «potentialités» du nouveau patron du CEP en raison, disait-il, de son expérience de gestionnaire datant de trente ans. «La résolution des problèmes enregistrés au CEP est en vue avec la nomination de M. Bernard … » Cependant, on se demande pourquoi les autorités de facto ont attendu si longtemps pour jouer la carte de ce fameux gestionnaire depuis le lancement du processus électoral ? Etait-ce pour signifier clairement que les conseillers électoraux ne sont que des pions dans cette mascarade électorale? Mais ce que ne dit pas et ne dira pas Dorléans, c’est que ce Jacques Bernard a été imposé par le Département d’État, et la visite le mois dernier de Condoleeza Rice à Port-au-Prince ne serait pas étrangère à cette nomination imposée. Quoiqu’en dise Gérard Latortue qui prétendait sur les ondes d’une station montréalaise le 17 octobre qu’on lui avait présenté trois dossiers et qu’il avait fait choix de ce Jacques Bernard qui, reconnaissait Latortue, vit à Washington. Sans doute est-il aussi de nationalité nord-américaine? En ce cas il lui sera assez délicat, si ce mot a encore quelque valeur au sein de cette bande de larrons, de contester la candidature de Siméus.
De son côté, ce Jacques Bernard s’est engagé à se remettre à l’œuvre pour la réalisation d‘«élections honnêtes et démocratiques». On ne saurait en douter. Puis, quitte à se montrer ironique, il a cru bon de remercier les autorités de facto d’avoir pensé à lui pour l’accomplissement d’une telle mission, quand on sait très bien que ces dernières n’ont certainement pas eu l’initiative dans cette affaire.
Le chargé d’Affaires des États-Unis Timothy Michael Carney, s’est déclaré confiant et convaincu que le choix du directeur exécutif du CEP permettra d’organiser de bonnes élections, prévoyant déjà une bonne collaboration entre les Etats-Unis et le nouveau responsable de l’institution électorale. Tandis que le représentant spécial du secrétaire général de l’ONU en Haïti Juan Gabriel Valdés a qualifié cette investiture d’«un grand pas franchi par le gouvernement de facto dans la bonne direction».
Et pour ne pas être en reste, le conseiller électoral Louis Gerson Richemé a réfuté les critiques disant que le CEP ne sera plus autonome avec la nomination d’un nouveau directeur exécutif à sa tête, acquiesçant à cette nomination au point de déclarer que l’arrivée d’un nouveau patron au CEP ne pourra que faciliter le travail. Jacques Bernard a donc les coudées franches, apparemment, pour procéder, puisque sa tutelle est si naturellement acceptée…