12 Octobre, 2005

October 12, 2005

12 Oktòb, 2005
Vol. 23 No. 31

De gauche à droite les conseillers Louis Gerson Richmé, Rosemond Pradel et Pierre Duchemin. le Premier ministre de facto Gérard Latortue a annoncé que des mesures allaient être prises pour redresser la machine électorale, entre autres la nomination d’un gestionnaire pour diriger le CEP, dont les neuf membres joueront le rôle de membres d’un conseil d’administration. A ce stade, les conseillers ne seront plus que des simples figurants.
Le premier tour des élections législatives et de la présidentielle prévu le pour 20 novembre, a été reporté au 15 décembre, à l’issue d’un conseil des ministres de facto extraordinaire tenu le 10 octobre. Cette décision survient au plus fort d’une vaste controverse autour de la liste des candidats retenus pour les prochaines «élections/sélections», publiée par le Conseil électoral provisoire (CEP), pendant que la campagne électorale a officiellement démarré le 8 octobre et les candidats déjà en tournée…

Justement, de nombreux candidats fustigent le CEP pour son incompétence et son incapacité à organiser leurs «élections». Ils accusent l’organisme de «partialité» dans la publication de la liste des «qualifiés» et de bien d’autres choses. À tel point que le CEP a été contraint de convoquer les responsables des partis pour une évaluation des listes déjà publiées. D’ailleurs, un des conseillers électoraux, Louis Gerson Richemé, avait reconnu publiquement que l’une des listes des candidats pour les législatives n’avait pas reçu l’aval du Conseil. Toutefois, on se demande comment une telle liste a été mise en circulation?

Entre-temps, treize partis, dont l’OPL, le MRN, le MDN, le PNDPH, le RDNP, Fanmi Lavalas «nouvelle mouture», le KID, le PDCH, et le GREH réunis au sein d’une «Convention des partis politiques haïtiens», ont exigé la formation d’une «commission» pour garantir la tenue des «élections». Constituée dans le but de promouvoir supposément la démocratie et de défendre collectivement les intérêts des partis, la «Convention des partis politiques haïtiens» s’est déclarée préoccupée face à la confusion qui entoure le processus électoral six mois après le lancement des opérations d’inscription des électeurs alors que jusqu’à date, très peu d’inscrits ont en main la fameuse «carte d’identification nationale» -CIN- (voir notre article au sujet de cette carte dans ce numéro). Carte dont la distribution demeure incertaine puisque la filiale mexicaine «Digimarc» de la firme nord-américaine, chargée de produire les «CIN», serait incapable de les fournir à temps. Dans une note récente de la compagnie canadienne «Goliath», celle-ci se dit prête à voler au secours de Digimarc, qui éprouverait d’énormes difficultés à imprimer 500 mille cartes par semaine. De telles incapacités ne font qu’expliquer les retards flagrants accumulés dans la livraison des «CIN» depuis le lancement des inscriptions des électeurs, le 25 avril dernier. A moins qu’il s’agisse d’un simple montage orchestré par les deux compagnies. Car en fait, sur sa note de relations publiques datée du 16 août dernier, Digimarc qui venait d’obtenir ce contrat de 1,5 million de dollars «octroyé par le Secrétariat général de l’OEA», vantait plus que largement son expérience dans le domaine, avec à son actif entre autres la fabrication des «deux tiers des permis de conduire aux Etats-Unis et des cartes d’identité (ID) pour plus de 20 pays…» Qu’à présent cette compagnie depuis près de deux mois ne serait parvenue qu’à livrer à peine 200 mille sur les 4 millions de cartes d’identification nationale destinées à Haïti ne peut que paraître assez étonnant.

S’il n’en était que de cela. Mais il y a mieux ou pire. Et ce sont les signataires de la «Convention des partis politiques» qui, à présent, se sentant près du «but», n’en peuvent plus et qui se sont mis à dénoncer les conflits récurrents au sein du CEP, l’absence de transparence, le mauvais fonctionnement de la machine électorale et la légèreté avec laquelle le CEP a traité le dossier des candidats; et ont proposé une formule consistant en la formation d’un «comité d’appui» au Conseil électoral provisoire, en remplacement de celui créé récemment par le gouvernement de facto, sous prétexte d’épauler techniquement les conseillers électoraux. Selon les partis signataires, le «comité d’appui» ne saurait être au-dessus du CEP et ne peut comprendre que des «techniciens» ayant une expérience réelle sur les questions électorales et en matière de gestion. «Un des principaux problèmes actuellement est l’absence de confiance dans le processus électoral … Cela nous inquiète tous», a déclaré le président de la «Convention» Victor Benoît de la Fusion des sociaux démocrates, pour étayer les propositions de ce nouveau regroupement politique. Il y a de quoi pour lui d’être inquiet, car les conflits ne font que se multiplier au fur et à mesure que se rapproche, pourrions-nous dire, la date fatidique du choix du gagnant à la «sélection».

Mais, malgré les doutes qui planent sur le processus, les candidats à la présidence parmi lesquels Lesly Manigat du RDNP, Luc Mésadieu du Mochrenah, Dany Toussaint du Modereh, Charles Henry Baker de Konba, de Chavannes Jean Baptiste, Evans Paul d’Alliance, Samir Mourra du Mph, Marc Bazin de l’Union pour Haïti, Rigaud Duplan de la Plate-forme Justice et Paix, ont débuté leur campagne dans plusieurs régions ce 8 octobre. Et ce, même si le tirage au sort pour l’attribution de numéros aux partis, qui devait avoir lieu la veille, a été reporté sine die.

De même que se poursuit la cabale autour de la question de la double nationalité de plusieurs candidats, déclenchée à la suite du rejet de la candidature de Dumarsais Siméus pour cette même raison. Ce dernier ne s’est pas non plus tenu pour battu, car il estime n’être pas le seul à devoir être éliminé pour cette violation flagrante de la Constitution, s’il faut respecter celle-ci, que tous soient soumis à la même règle, même si tout ce monde, y compris l’existence même du gouvernement de facto, fonctionne allègrement en pleine inconstitutionnalité depuis le coup d’État du 29 février 2004. Ainsi il a attiré l’attention sur le cas de Samir Mourra du MPH, qui a la double nationalité et de sérieux soupçons planent sur le candidat de la Fusion, Serge Gilles, qui s’en défend.

De son côté, l’avocat de Siméus, Guerdy Lissade, a dénoncé la «mystérieuse disparition» des originaux des pièces de son client soumis au CEP et «les arguments avancés par le CEP (qui) ne tiennent pas et nous allons faire valoir nos droits par-devant la Cour de Cassation», a-t-il dit, pointant du doigt les autorités de facto dans ces manœuvres taxées d’«irrégularités». En effet, selon Lissade, malgré la double nationalité de Siméus, la Cour de cassation avait rendu un arrêt disant que «la décision du CEP qui avait refusé la candidature de M. Siméus, est annulé et avait ordonné au CEP de remettre le nom de M. Siméus sur la liste des candidats».

Quant au report du premier tour de la présidentielle et des législatives, décidé ce lundi 10 octobre, le Premier ministre de facto Gérard Latortue a expliqué que cela est dû à des «problèmes techniques». «Nous avons des problèmes, nous avons accumulé des retards considérables dans la mise en place de la logistique et dans la finalisation des listes de candidats», a-t-il prétendu. Il a annoncé que des mesures allaient être prises pour redresser la machine électorale, entre autres la nomination d’un gestionnaire pour diriger le CEP, dont les neuf membres joueront le rôle de membres d’un conseil d’administration. A ce stade, les conseillers ne seront plus que des simples figurants. C’est donc pour la quatrième fois que le gouvernement de facto fait changer la date de ses élections.

Des révocations sont même en cours ou déjà prononcées, telles que celles de Duchatelier et Raphaël Faustin. D’après le correspondant de Radio Quisqueya, sur place ce mardi 11 octobre, «M. Duchatelier est bel et bien révoqué, mais pour Raphaël Faustin cela n’est pas encore confirmé». Toujours selon ce correspondant ; «le CEP est au point mort, il n’y a aucune activité».

Cependant, malgré tout, le porte-parole de la Minustah Damian Onses Cardona se montre optimiste et a vanté l’inscription de plus de trois millions de personnes. «C’est un succès», a-t-il lancé. Un chiffre qui contraste avec la position du CEP, qui va de prorogation en prorogation des inscriptions pour tenter de faire «le plein» d’électeurs!

Et le processus qui continue à reculer à chaque pas dans un sens ou dans l’autre.