12 Octobre, 2005

October 12, 2005

12 Oktòb, 2005
Vol. 23 No. 31


Visite de la délégation à Grand-Ravine le 7 octobre 2005, pendant une operation Minustah/PNH
Comme annoncé le 23 septembre, date d’ouverture de la première session du Tribunal international sur Haïti, une Commission internationale d’enquête est arrivée le 6 octobre en Haïti, où elle a séjourné pendant six jours.

Cette Commission est venue au pays dans le cadre des investigations sur les crimes commis avant et après le 29 février 2004. Elle était mandatée par le Tribunal international sur Haïti et dirigée par Ramsey Clark, ancien ministre de la Justice des Etats-Unis sous la présidence de Lyndon B. Johnson. Ses autres membres étaient: Thomas Griffin, avocat des droits civils à Philadelphie aux Etats-Unis (M. Griffin avait mené des investigations dans le pays en novembre 2004 sur les violations des droits humains par le gouvernement de facto); John Parker, un militant de «International Action Center», une organisation progressiste qui appuie la lutte des peuples partout dans le monde; Larry Rockwood, ancien capitaine de l’armée US et activiste des droits humains (en 1994 M. Rockwood était en Haïti dans le cadre de ce qu’on appelait alors l’opération de rétablissement de la démocratie en Haïti. A cette époque, il était capitaine, et fut jugé en Cour martiale pour avoir pris l’initiative de s’enquérir des conditions d’incarcération des prisonniers au Pénitencier national. Mis au courant des mauvais traitements infligés aux prisonniers, dont la majorité était des partisans et sympathisants Lavalas, M. Rockwood fut rappelé aux Etats-Unis par la hiérarchie militaire qui lui reprochait son action et fut finalement expulsé de l’armée); Dave Welsh, un syndicaliste basé à San Francisco aux Etats-Unis; Katherine Kean, cinéaste bien connue (dont plusieurs documentaires sur Haïti, notamment Rezistans; et Kim Ives, journaliste à Haïti-Progrès et dirigeant de «Haiti Support Network», une organisation progressiste nord-américaine de New-York qui appuie le Parti populaire national (PPN).

La délégation a rencontré une trentaine de victimes qui ont survécu aux massacres perpétrés dans les zones telles que Bélair, Nazon, Cité Soleil, Grand-Ravine dans l’aire métropolitaine et dans le Plateau Central. Ainsi la Commission a pu recueillir des preuves et des témoignages de première main des massacres commis par la Police nationale, la Minustah, les Forces armées nord-américaines et françaises suite au coup d’Etat du 29 février 2004.

La Commission internationale d’enquête a également rencontré le directeur général de la Police nationale Mario Andresol, un représentant de la Minustah, le major Charles Teasdale, coordonnateur de l’équipe du colonel Michel Duhamel, ces deux derniers de nationalité canadienne. Les responsables de la Civpol ont décliné à la dernière minute l’invitation de la délégation. Quant à l’ambassade des Etats-Unis, elle a refusé catégoriquement de rencontrer celle-ci. En fait, cette arrogance renforce la conviction que les Etats-Unis sont impliqués dans tout ce qui se passe dans le pays.

Avant de quitter le pays, le mardi 11 octobre, la Commission internationale a présenté une conférence de presse à l’hôtel Le Plaza à Port-au-Prince autour du rôle du Tribunal international sur Haïti. Elle en a profité pour partager avec la presse les informations recueillies auprès du chef de la police haïtienne et du représentant de la Minustah.

Rappelons que la première session du Tribunal international s’est tenue le 23 septembre à Washington, aux Etats-Unis. D’autres sessions suivront dans d’autres villes nord-américaines telles que New-York, Miami, Boston, etc. et à Montréal au Canada. A l’issue de sa première séance, le Tribunal avait mis en accusation vingt et un individus dont des anciens et nouveaux responsables de la Police nationale et de la Minustah, des membres des armées nord-américaine, française et canadienne, ainsi que les ex-rebelles de Guy Philippe qui faisaient régner la terreur avant et après le 29 février 2004. Un Jury de quinze membres avait prononcé le 23 septembre la culpabilité de trois de ces accusés.

Les preuves accumulées par la délégation au cours de sa mission dans le pays seront transmises au Tribunal Pénal International à la Haye aux Pays-Bas, en vue des poursuites légales contre ceux qui ont ordonné et/ou participé aux massacres en Haïti.