12 Octobre, 2005

October 12, 2005

12 Oktòb, 2005
Vol. 23 No. 31
«Accouchement» difficile pour
Condoleezza Rice?

Dumarsais Siméus a eu gain de cause et le CEP a effectivement rétabli son nom sur la liste de la trentaine de candidats à la présidence.

Siméus agréé!
La rapide visite en Haïti de la secrétaire d’État Condoleezza Rice le 27 septembre dernier était censée remettre les pendules à l’heure (voir Haïti-Progrès, Vol 23 No 29) et activer les organisateurs des élections, mettre fin aux querelles internes des factions au sein du CEP pour ne pas irriter la représentante par excellence de l’administration Bush. Rice n’avait pas fait dans le détail, car pour elle peu importe le nombre des candidats, l’essentiel c’est que ces élections se fassent. Elle avait laissé comprendre, malgré les prétentions contraires de Gérard Latortue, qu’il n’y avait aucune raison de barrer la route à l’homme d’affaires américano-haïtien, Dumarsais Siméus, sous prétexte de sa double nationalité en dépit du texte constitutionnel qui s’y oppose. Une question qui ne fait ni chaud ni froid à Condoleezza Rice qui s’en balance de la Constitution haïtienne et de tout ce qui pourrait entraver ou retarder les desseins de Washington. Comme de fait, et assez curieusement, ce mardi 11 octobre, l’avocat Guerdy Lissade a annoncé sur les ondes que son client Dumarsais Siméus a eu gain de cause et le CEP a effectivement rétabli son nom sur la liste de la trentaine de candidats à la présidence.

Mais s’il n’en tenait qu’à cela, la secrétaire d’État pourrait se reposer sur ses lauriers et attendre tranquillement la venue le 7 février prochain du «bébé» tant désiré par son président, tout en réalisant du même coup une expérience de fichage de la population (voir notre article sur la carte d’identification biométrique) d’un pays pauvre, prise suivant la tradition dans d’autres domaines, comme cobaye. Mais même si ses protégés sont tout dévoués, cela ne peut, n’a pu et ne pourra faire table rase de tous les impondérables. Et il n’en manque pas et trancher entre les factions n’est pas chose aisée puisqu’il faut se les amadouer, car chacune d’elles a sa fonction pour le grand décideur quelle que soit la suite des événements.

En effet, ce n’était point gagné d’avance en regard des obstacles à la réalisation des diktats ou des désirs du Département d’État: querelles internes entre les représentants des différents secteurs au CEP reflétant la lutte féroce pour le pouvoir entre leurs mandants, une bureaucratie inextricable adoptée par la communauté internationale qui ne veut pas livrer les sous à la merci des conseillers électoraux tenus en laisse comme des escrocs potentiels, incompétence, expérimentation d’un système d’inscription qui tient plus, comme nous le disons plus haut, à une tentative de fichage de certains secteurs de la société. À ce titre, remarquons que ce système qui, d’après le démagogue conseiller Patrick Féquière, devrait mettre fin à l’exclusion, exclut tout au contraire les masses populaires et rurales qui n’ont quasiment pas de bureaux à leur disposition. Sans compter, pour en revenir aux difficultés, l’affluence des candidats (Plus de trente candidats à la présidence, n’est-ce pas un record mondial qui mériterait un prix!) qui rend malaisées aux magouilleurs de la communauté internationale les prévisions des scrutins et la «gestion» des résultats à venir, et à présent la compagnie Digimarc qui n’arrive pas à fournir suffisamment les cartes d’identification qui doivent précisément servir de passeport électoral aux citoyens, tout cela fait de la réalisation de ces élections/sélections un casse-tête pour la chef du Département d’État qui voudrait bien, cependant, obtenir une «réussite» en Haïti pour pallier aux déboires de George W. Bush en Irak et lui refaire tant bien que mal une image devant son électorat, aux Etats-Unis où sa cote dégringole de jour en jour. Quant à la crédibilité dans l’opinion régionale, suffit-il de rappeler en service un ex-dignitaire Lavalas pour rameuter le peuple? Sans doute peut-on ainsi organiser des parades de quelques «centaines» de «naïfs» qui sans doute ne font que montrer un enthousiasme de «circonstance», mais il y a loin de la coupe aux lèvres, et Condoleezza Rice devra pousser encore plus fort si elle veut offrir ce «bébé» à George W. Bush. Car le peuple haïtien en a vu d’autres et ce n’est pas un joujou qui lui fera perdre les pédales…