28 Septembre, 2005

September 28, 2005

28 Septamn, 2005
Vol. 23 No. 29

Et comme pour couronner le tout, c’était au tour de la secrétaire d’Etat Condoleezza Rice de visiter Haïti ce mardi 27 septembre.
Ils sont 32 candidats à la présidence sur un total de 54 inscrits que le Conseil électoral provisoire (CEP) a décidé de retenir après analyse de leurs dossiers, selon la liste publiée par le CEP le vendredi 23 septembre. La campagne électorale ainsi nommée devrait débuter le 8 octobre et les deux tours des législatives et de la présidentielle sont prévues pour le 20 novembre 2005 et le 3 janvier 2006, tandis que le scrutin pour les collectivités territoriales étant fixé au 11 décembre, l’organisme électoral a indiqué aux candidats non qualifiés qu’ils ne pourront faire appel qu’auprès de la Cour de cassation.

Alors que les candidats écartés affûtent déjà leurs armes pour contester cette décision, ceux qui ont réussi l’examen d’entrée se préparent pour la vraie bataille qu’ils doivent se livrer ou plutôt celle qui leur apportera la préférence de la «communauté internationale». Dans ce groupe on retrouve donc: Serge Gilles de la Fusion, l’ex-sénateur Paul Denis de l’OPL, les ex-militaires Himler Rébu du GREH ; Dany Toussaint du MODEREH ; l’ancien rebelle Guy Philippe du FRN; l’ex-magistrat Evans Paul de l’Alyans; Judie C. Roy du REPAREN ; l’industriel Charles H. Baker, indépendant; l’ancien duvaliériste tortionnaire Franck Romain du PAKAPALA; Perpillan Frantz du PDCH (branche Marie-France Claude); Samir G. Mourra du MPH; l’ex-président René Préval de Escamp/Korega/PLB; Leslie François Manigat du RDNP; Chavannes Jeune de l’UNCRH; Hubert De Ronceray du GFCD; Luc Mésadieu du MOCHRENA, Reynold Georges de l’ALLAH et Marc Bazin de l’Union pour Haïti (MIDH/Fanmi Lavalas).

Remarquons que la désignation de ce dernier comme candidat à la présidence pour le parti Fanmi Lavalas ainsi que la candidature de Louis Gérald Gilles étaient contestées par les militants de base de l’organisation politique Fanmi Lavalas. Justement, des partisans de Fanmi Lavalas à Cité Soleil et au Bélair ont expliqué avoir rejeté la candidature de Marc Bazin parce que les prescrits de la charte fondamentale de Fanmi Lavalas excluent toute alliance entre le parti et d’autres formations politique. Tandis que celle de l’ex-parlementaire Louis Gérald Gilles a été rejetée parce que ce dernier s’était auto-proclamé candidat à la présidence pour Fanmi Lavalas sans l’aval des dirigeants du parti.

Quant aux candidats exclus, ils sont au nombre de 22 à avoir déposé leurs pièces au BED de l’Ouest. Parmi ces candidats non qualifiés se retrouvent notamment Louis Gérald Gilles pour Fanmi Lavalas, Turneb Delpé du PNDPH, l’ancien Premier ministre Jean-Marie Cherestal du PONT et l’industriel haïtiano-américain Dumarsais Siméus de Tèt ansanm. Trois de ces candidats évincés de la « course», Turneb Delpé, Jean-Marie Chérestal et Dumarsais Siméus ont protesté contre la décision du CEP et se préparaient à contester cette «injustice» devant la Cour de cassation.

De son côté, le candidat du PONT, Jean-Marie Chérestal, qui a appelé le CEP à revenir sur sa décision, a soutenu que l’arrivée tardive de son attestation de décharge comme ex-Premier ministre n’est rien d’autre qu’un prétexte pour rejeter sa candidature.

Le responsable du PNDP Turneb Delpé, dont la candidature a été également rejetée, a indiqué avoir soumis tous les dossiers exigés par le CEP pour la validation de son inscription. Turneb Delpé qui a fait savoir qu’il va aller devant les instances compétentes pour que justice lui soit rendue, a demandé au CEP de rectifier son erreur.

Tandis que l’homme d’affaires du Texas, Dumarsais Siméus, a qualifié de «petite épine placée sur la route de la victoire» le rejet de sa candidature. «Je suis haïtien, né de parents haïtiens, je n’ai jamais renoncé à ma nationalité», a-t-il affirmé à l’occasion d’un point de presse. Entouré de ses avocats et de son principal allié Gérard Blot de Tèt Ansanm, Dumarsais Siméus a lancé un appel à la mobilisation «non-violente» de ses «partisans».

Les autres non plus n’abandonnent pas la partie. Un autre prétendant évincé, l’indépendant Jacques Ronald Belot, a estimé que par cette sélection de candidats le CEP se prépare déjà à imposer un président au peuple haïtien. C’est maintenant qu’il s’en rend compte?

Réagissant à ces protestations, le conseiller Pierre Richard Duchemin a déclaré que la liste des candidats retenus résulte d’un travail méticuleux et objectif. Le responsable des registres électoraux, qui a par ailleurs fait remarquer que les candidats non qualifiés disposent eux d’un délai de 3 jours pour toute contestation, en a profité pour annoncer que le CEP a décidé de prolonger à nouveau la période d’inscription des électeurs jusqu’au 30 septembre, en prétextant que c’est l’ultime décision prise par l’organisme électoral en faveur des électeurs retardataires. «La carte sera en vigueur dans toutes les activités de la société et de la vie nationale … Après les scrutins, la carte d’identité nationale sera payable», a-t-il prévenu pour tenter de convaincre les retardataires ou les réfractaires.

Pourtant, rien que pour le mois de septembre et face au manque d’enthousiasme manifesté par les «électeurs», le CEP a déjà prorogé par trois fois les inscriptions des électeurs qui, initialement, devaient prendre fin le 20 août dernier selon le calendrier électoral. D’ailleurs, jusqu’à date, environ 2 millions d’électeurs auraient été inscrits sur un total de 4.5 millions prévus. De ces 2 millions de cartes d’identification nationale (CIN) fabriquées par une firme au Mexique, le CEP n’en a reçu jusqu’ici que 20 mille. Ce premier lot de cartes a été remis au CEP le 22 septembre par le représentant du secrétaire général de l’OEA en Haïti, Denneth Modeste, qui s’est enorgueilli de la «participation» de son organisation aux «élctions/sélections». «Avec l’arrivée de ce stock, une nouvelle ère s’ouvre à Haïti où les citoyens et citoyennes pourront obtenir un document universel, sûr, durable, de standard international», a-t-il proclamé, à un moment où les paysans des zones rurales sont dans l’impossibilité de se faire enregistrer, alors même qu’ils le voudraient.

Abondant dans le même sens que son collègue Pierre Richard Duchemin, le responsable des opérations électorales, Patrick Féquière, a déclaré que les 32 candidats à la présidence retenus par le CEP résultent d’un travail «minutieux». Patrick Féquière qui a confirmé que tous ceux dont les noms ne figurent pas sur la liste définitive peuvent contester cette décision, en se mettant en règle avec les exigences de l’organisme électoral sans énumérer celles-ci, s’est entre autre inscrit en faux face aux informations selon lesquelles des pressions ont été exercées sur le CEP pour qu’il accepte certains candidats qui n’auraient pas rempli toutes les formalités. Notons que selon la direction des opérations électorales, 316 candidats au Sénat ont été inscrits et 1123 candidats à la députation à travers les 10 départements géographiques du pays.

Au niveau national, des sources proches du gouvernement de facto Alexandre/Latortue indiquent que les dates retenues pour la tenue des «élections» pourraient être changées du fait que le CEP est dans l’impossibilité de respecter ces dates. Selon ces mêmes sources, la possibilité d’un tel changement et également celle du renvoi de 3 conseillers électoraux ont été discutées lors d’un récent conseil des ministres. Elles ont aussi fait remarquer que plusieurs des membres du CEP sont issus de partis politiques engagés dans la course électorale. D’ailleurs, le Premier ministre de facto Gérard Latortue a déclaré que le CEP ne donne nullement la garantie de sa capacité d’organiser de «bonnes élections». De retour au pays après avoir participé à l’Assemblée générale de l’ONU, Gérard Latortue, qui a également fait part des inquiétudes de la «communauté internationale» sur la marche du processus électoral, a également dénoncé le comportement de certains conseillers électoraux qui, selon lui, croient toujours pouvoir régler leurs conflits par voie de presse. «Comment comprendre que des membres d’un Conseil électoral provisoire n’arrivent pas à s’entendre, préférant recourir régulièrement à la presse pour se dénoncer les uns les autres», a-t-il souligné. Il a aussi dit qu’il allait rencontrer les conseillers électoraux pour les porter à mieux se comporter.

En outre, un dirigeant de la Fusion des sociaux démocrates (Fusion), Victor Benoît, a lui aussi exprimé des doutes quant à la capacité du CEP, notamment à respecter les dates publiées pour la tenue des élections législatives, présidentielles et locales. Toutefois, il a rejeté l’idée de renvoyer le CEP, estimant qu’une telle décision ne ferait que remettre le processus électoral à la case de départ.

Pour sa part, la Commission épiscopale nationale Justice et Paix a dénoncé l’exclusion des citoyens des sections communales et déploré que rien n’ait été prévu dans le décret électoral en faveur des citoyens qui ne savent pas lire et écrire pour leur permettre de remplir leur devoir civique convenablement. Dans une note de presse, Justice et Paix a fustigé les conseillers électoraux qui ont choisi d’utiliser la haute technologie pour l’enregistrement des citoyens, tandis que même les grandes villes ne sont pas à l’abri d’un rationnement drastique en énergie électrique voire les sections communales. L’organisation s’est également déclaré indignée que seulement 10% des paysans aient pu se faire inscrire à quelques jours de la fermeture des opérations d’enregistrement des électeurs.

Voulant réagir sur les déclarations du chef du gouvernement de facto, selon lesquelles le CEP ne donne aucune garantie de sa capacité à organiser de «bonnes élections», son secrétaire général Rosemond Pradel a minimisé ces propos, tout en affirmant reconnaître les faiblesses de l’institution. «Il n’y a rien qui puisse justifier de telles déclarations», a déploré le conseiller, qui a déclaré ne pas comprendre le sens de la prise de position de Gérard Latortue. Il a annoncé que le CEP œuvre à rendre fonctionnelles certaines structures qui ne le sont pas encore dont les BED, et les BEC, à quelques mois des opérations de vote.

Au niveau international, c’est pratiquement la même chose quant aux doutes émis sur la capacité du CEP à réaliser de «bonnes élections».

En effet, le secrétaire général adjoint de l’OEA, Albert Ramdin, a prôné le dialogue et la réconciliation pour «l’aboutissement effectif du processus électoral en Haïti». Le numéro 2 de l’OEA était attendu à Port-au-Prince pour une visite dite «d’évaluation du processus électoral».

Quelques jours plus tôt, le chancelier dominicain Carlos Morales Troncoso avait soutenu devant l’Assemblée générale de l’ONU, à New York, l’organisation d’un dialogue national inclusif et la présence aux prochaines élections d’un « pool » d’observateurs composés de leaders internationaux tels que les présidents brésilien Luis Inacio Lula Da Silva, mexicain Vicente Fox et dominicain Leonel Fernandez, ainsi que trois ex-chefs d’Etat tels que Jimmy Carter, Bill Clinton des Etats-Unis et Nelson Mandela de l’Afrique du Sud. Le chef de la diplomatie dominicaine a fait comprendre que l’engagement de ces dernières personnalités pourrait apporter la «légitimité» aux prochaines «élections/sélections».

Et comme pour couronner le tout, c’était au tour de la secrétaire d’Etat Condoleezza Rice de visiter Haïti ce mardi 27 septembre.

Rice s’est entretenue avec le président de facto Boniface Alexandre, le Premier ministre de facto Gérard Latortue et les responsables du CEP. Après quoi elle a donné une conférence de presse conjointe avec Latortue au Palais national.

Répondant aux questions des journalistes sur le vrai message de Washington aux autorités de facto, Rice a déclaré: «En effet, le message de l’administration Bush, et aussi de la communauté internationale avec qui nous travaillons étroitement, est que … ces élections doivent être libres, honnêtes et doivent inclure tout le monde. La communauté internationale est prête à aider dans la préparation de ces élections, la conduite de ces élections, la sécurité de ces élections avec la police nationale réformée (… ) Le calendrier électoral doit être finalisé afin de prédire quand les élections peuvent se tenir. Toutes les personnes auxquelles j’ai parlé sont d’accord que la passation du pouvoir doit se faire le 7 février. Tout le monde croit que cela est nécessaire afin de garantir la stabilité en Haïti. Mais avant d’en arriver là, vous devez avoir des élections (…) Il y a des problèmes techniques qu’on doit adresser…»

Le message ne serait donc pas dénué d’ambiguïté, puisque ce 7 février 2006 semble dépendre de la résolution de «problèmes techniques» dont la nature n’est point explicitement dévoilée. Seraient-ce des problèmes techniques évoqués en termes de généralités qui ont amené la secrétaire d’Etat du gouvernement Bush à Port-au-Prince? On peut en douter. A part ces questions techniques qui, bien sûr, peuvent faire l’objet de remontrances de la part de Washington à ses supplétifs pour que les élections/sélections ne déraillent pas, Rice devait avoir une mission bien précise pour faire ce déplacement?.

Et tout en évitant de répondre à la question d’un journaliste de Majik Stereo, demandant si le gouvernement nord-américain a des preuves que le président Aristide est impliqué dans le trafic de la drogue, puisque les Etats-Unis détiennent plusieurs de ses proches collaborateurs arrêtés et condamnés, Rice a d’abord tergiversé avant de revenir à la charge pour cracher la haine viscérale que les faucons de Washington vouent au président Aristide: «Concernant la situation ici, j’ai parlé au Premier ministre et au président sur l’importance pour que le système judiciaire accélère certains dossiers importants comme celui de l’ancien Premier ministre Yvon Neptune et celui du père Jean Juste. (…) Ces cas ne devraient pas être gérés de telle façon qu’on puisse interpréter que ce sont des cas motivés politiquement. Alors, il est extrêmement important de traiter ces cas rapidement. A propos de M. Aristide, je suis certaine que s’il y a matière à discussion, la communauté internationale serait prête à coopérer. Mais de mon point de vue, je vois que le peuple haïtien est concentré sur son avenir. Je vois qu’il y a une élection où des candidats de plusieurs tendances sont enregistrés afin d’y participer, y compris le parti Lavalas. » De très nombreux candidats, certainement, mais plutôt une seule tendance! A un journaliste qui lui faisait remarquer qu’il y a beaucoup de protestations des partisans du président Aristide qui demande son retour, Rice a répondu: «En effet la communauté internationale, d’un commun accord, accepte que ce ne sera pas une bonne chose que M. Aristide retourne. Je pense que c’est clair (…) M. Aristide est l’invité des Sud-Africains qui ne supporteront aucune activité qui interférera dans les élections haïtiennes… »

Notons, au passage, que Condoleezza Rice n’a à aucun moment fait référence au président Aristide comme président ou même l’ancien président. Tandis que le Premier ministre Yvon Neptune a eu droit, au moins, d’être traité comme ex-Premier ministre. Il semblerait que Rice ne voulait pas déplaire à certains officiels démocrates du Congrès qui l’accompagnaient, tels que le sénateur Dewine et le représentant Kendrick Meek.

En tout cas, la venue de la chef de la diplomatie de Washington en Haïti confirmerait une chose: il reste encore des pièces du puzzle électoral à coller, et la partie n’est pas finie quant à la sélection du gagnant et des autres qui doivent remplir le Parlement…