|
 |
 |
Les participants haïtiens ont marché le 24 septembre aux côtés de 300.000 personnes contre l’occupation de l’Irak par les Etats-Unis, pour réclamer principalement la fin de l’occupation d’Haïti et de la Palestine…
|
 |
Même les Haïtiens, qui ont appris la nouvelle, ont été choqués et horrifiés de voir la vidéo où Fredi Romélus, assis à côté des corps baignant dans le sang dans sa modeste maison, dans le bidonville de Cité Soleil à Port-au-Prince, expliquant comment sa femme de 22 ans, Sonia Romélus et leurs deux enfants, Stanley et Nelson, ont été tués par les troupes d’occupation des Nations unies, la Minustah. «Ils ont encerclé notre maison ce matin et j’ai couru dehors pensant que ma femme et mes enfants étaient derrière moi, a-t-il dit, ils ne pouvaient pas sortir et les Blancs (ONU) ont tiré sur la maison.»Cité Soleil, ce bidonville qui lutte pour le retour de la démocratie et reste fidèle au président Jean-Bertrand Aristide. Le même coup de feu qui a tué Sonia a également fauché la vie de Nelson. Tandis que Stanley, âgé de 4 ans, a été tué d’une balle à la tête. Les Casques bleus ont prétendu qu’ils avaient uniquement tiré sur des « bandits » qui avaient ouvert le feu en premier lieu contre leurs troupes. Ce témoignage, filmé quelques heures après que les troupes de l’ONU eurent fusillé près de 60 personnes à Cité Soleil le 6 juillet 2005, faisait partie des preuves présentées à la session d’ouverture du Tribunal international sur Haïti, tenu à Washington le 23 septembre 2005. D’autres sessions dans des villes comme Miami, New York, Montréal et Boston, où il y a des communautés haïtiennes importantes, ont été planifiées. Le juge officiant, Ben Dupuy, a expliqué à la Cour que le Tribunal poursuit deux objectifs principaux: «D’abord, il entendra les rapports sur les violations des droits humains en Haïti, avec une attention particulière sur les responsabilités individuelles, dans ces violations au regard des lois internationales. A cette fin le Tribunal examinera les rapports établis sur les crimes, tortures, détentions illégales et d’autres violations sérieuses, aussi bien que sur les événements qui ont conduit au renversement du gouvernement élu d’Haïti en février 2004. Le second objectif du Tribunal international sur Haïti consistera à dresser un casier judiciaire qui sera remis au procureur de la Cour pénale internationale (IPC) de la Haye.» Les Etats-Unis ne reconnaissent pas la juridiction de l’IPC, mais les pays qui font partie de la force des Nations unies en Haïti y ont adhéré. Ira Kurzban, un avocat de Miami qui représente le gouvernement constitutionnel, a fait état de la disparition du système judiciaire en Haïti. Il a fait remarquer que les Etats-Unis eux-mêmes reconnaissent ce «fait» en refusant de déporter en Haïti Emmanuel «Toto» Constant, le dirigeant de l’escadron de la mort FRAPH, sous prétexte que la Justice haïtienne ne peut pas lui garantir un jugement équitable. Lovinsky Pierre-Antoine, coordonnateur de la Fondation 30 septembre, a témoigné de la complicité des Etats-Unis dans le sabotage systématique du processus démocratique en Haïti en relatant sa propre expérience concernant la façon dont il a pu s’échapper d’Haïti. Thomas Griffin, un avocat de droits civils et migratoires à Philadelphie, qui a travaillé pendant dix ans comme officier stagiaire et agent fédéral, a témoigné de ses investigations sur les droits civils en Haïti durant le mois de novembre 2004. Il a interrogé des personnes souffrant de blessures par balle à la tête qui avaient peur de se rendre à l’hôpital parce qu’ils allaient se faire repérer et achever par les sbires du régime de facto. Griffin a déclaré avoir investigué 60 corps calcinés Il a soutenu que le fait que du papier-monnaie mal imprimé ait été utilisé pour attiser le feu, prouve clairement l’implication de l’actuel gouvernement de facto dans ces actes, compte tenu du fait que seul le gouvernement a accès à ce type de matériel. Kevin Pina, un journaliste nord-américain qui a vécu plusieurs années en Haïti, a expliqué comment il a pu obtenir la vidéo de Fredi Romélus et comment il a été arrêté par la police qui s’apprêtait à dissimuler des armes dans la maison du père Gérard Jean-Juste, bien qu’il essayait simplement d’exercer sa profession de journaliste. Jeb Sprague, Yves Engler et Seth Donnely ont également témoigné. Fraîchement arrivé d’un voyage dans le Moyen-Orient, Ramsey Clark, un activiste anti-guerre, fondateur de l’International Action Center et ancien ministre de la Justice des Etats-Unis, s’est adressé aussi au Tribunal. Il a accepté de diriger une commission d’enquête en Haïti, prévue pour le début du mois d’octobre. Le capitaine Lawrence Rockwood, l’avocat/enquêteur Tom Griffin, le syndicaliste Dave Welsh et la cinéaste Katharine Kean ont accepté de faire partie de cette commission, de même que quelques personnalités notables de la politique nord-américaine ont montré leur intérêt à ce sujet. A part Ben Dupuy, qui est le secrétaire général du Parti Populaire National (PPN), le Tribunal a été coprésidé par les juges Lionel Jean-Baptiste, un avocat haïtien de Chicago, et Lucie Tondreau, dirigeante de l’Organisation populaire de Miami Veye yo. Le juge enquêteur était Brian Concannon, dirigeant de l’Institut pour la Justice et la Démocratie en Haïti (IJDH) et le procureur en chef Désiree Wayne, un avocat du Colorado, assisté par le journaliste Kim Ives et le syndicaliste Ray Laforest. Sur les 21 personnes inculpées, le juge enquêteur a demandé au Jury de trouver trois fautifs et de référer les autres cas à la commission d’enquête pour de plus amples investigations. Le Jury a donc désigné les trois principaux fautifs qui sont: l’ancien chef de la Police nationale d’Haïti Léon Charles, l’ancien commandant militaire brésilien de la Minustah, le lieutenant-général Augusto Heleno Ribeiro Pereira, et le chef civil de la Minustah, le diplomate chilien Juan Gabriel Valdés. Dans les prochains mois, le Tribunal tiendra des sessions additionnelles à travers les Etats-Unis, et si possible en Haïti. Toutes les sessions présenteront des témoins oculaires et des témoignages d’experts, qui seront consignés par le Tribunal. Quatre bus pour amener des participants étaient partis de Brooklyn et Queens à New York et d’Irvington dans le New-Jersey vers Washington DC où siégeait le Tribunal. Les délégations ont passé la nuit dans une église progressiste. Le matin suivant, les participants haïtiens ont marché le 24 septembre aux côtés de 300.000 personnes contre l’occupation de l’Irak par les Etats-Unis, pour réclamer principalement la fin de l’occupation d’Haïti et de la Palestine, un slogan aussi mentionné sur les pancartes et dans les discours. S’adressant aux dizaines de milliers de personnes massées sur l’Ellipse derrière la Maison-Blanche, Ramsey Clark a appelé à la «mise en accusation de Bush pour les crimes contre la paix, et sa campagne de choc et de terreur contre les civils iraquiens». Clark a aussi fait remarquer que «les Etats-Unis dépensent plus en armes que tout le reste de la planète ensemble». Il a accusé les Etats-Unis d’être directement responsables de la destruction de la démocratie en Haïti. Ben Dupuy, qui a pris la parole après Clark, a exposé comment Bush a envoyé les forces spéciales des Etats-Unis en Haïti pour détruire la démocratie et renverser un président élu démocratiquement, en signalant: «Pourquoi les Etats-Unis craignent-ils Cuba, le Venezuela et Haïti? Ce n’est pas parce qu’ils possèdent des armes de destruction massive, ces soi-disant ADM. C’est parce qu’ils sont démocratiques.» C indy Sheehan, la mère qui maintient avec d’autres mères qui ont perdu leurs fils en Irak, un sit-in depuis un mois à Crawford au Texas, où se trouve le ranch de Bush, a réclamé une rencontre avec le président pour lui demander personnellement pourquoi son fils devait mourir en Iraq. «Nous devons faire notre travail en tant qu’Américains. Si personne d’autre ne les rend responsables, nous le ferons. Nous serons le ‘fléau et le poids’ de ce gouvernement sans contrôle et criminel », a-t-elle déclaré. Le révérend Jesse Jackson, défenseur africain-américain des droits civils, a pris la parole après Sheehan pour déplorer que «la réponse du Parti démocrate a été faible», le parti pour lequel une fois il a été candidat aux élections primaires. Selon Jackson, «le mouvement anti-guerre aux Etats-Unis doit s’élever contre l’occupation de la Palestine et d’Haïti». Durant la manifestation, un officier de police de l’«Exécutive Protection Service», qui surveille la Maison-Blanche, l’édifice du Trésor et d’autres bâtiments importants, qui a remarqué un Nord-Américain blanc marchant avec les Haïtiens, portant un drapeau haïtien, dénonçant le gouvernement de facto et appelant au retour d’Aristide au pouvoir, demanda audit manifestant: «Qu’est ce que vous savez à propos d’Haïti? Comment pouvez-vous supporter un dictateur comme Aristide?» Et ce manifestant de lui répondre: «J’ai habité en Haïti pendant un certain temps. Je sais qu’Aristide est un démocrate, un homme du peuple. A bas macoute, A bas Latortue! Vive Aristide.» Il y avait beaucoup de Nord-Américains à marcher sous le drapeau haïtien. Ceux-ci soutiennent toujours que le mouvement anti-guerre doit également travailler sur la faiblesse de la démocratie en Haïti à cause de l’intervention brutale et continuelle des Etats-Unis.
|