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De gauche à droite Evans Paul et Dumarsais Mécène Siméus. Paul fut élu maire de Port-au-Prince à l’occasion des élections démocratiques du 16 décembre 1990 sous la bannière du Front national pour le changement et la démocratie (FNCD). De graves accusations de malversations furent portées sur sa gestion, car son successeur à la mairie ne put trouver même une machine à écrire à son départ des lieux.
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La période d’inscription des candidats aux législatives et à la présidentielle était fixée du 1er au 15 septembre suivant le calendrier établi par le Conseil électoral provisoire (CEP). Ils étaient finalement cinquante-quatre (54) rien que pour la présidence qui n’offre qu’un seul et unique siège. Il était pratiquement minuit, le 15 septembre, lorsque le dernier prétendant au «trône» de président de la République, l’ex-sénateur Louis Gérald Gilles, comme un maraudeur, est venu déposer sa candidature au nom de l’Organisation politique Fanmi Lavalas, a-t-il prétendu. La veille, cependant, le leader du Mouvement pour l’instauration de la démocratie en Haïti (MIDH), Marc Louis Bazin, qui s’est acoquiné avec les deux complices de Gilles, l’ex-sénateur Yvon Feuillé et l’ex-député Rudy Hériveaux, déposait lui aussi ses pièces de candidature à la présidence sous le nom du même parti Fanmi Lavalas, dans le cadre d’une «alliance».Ces épisodes et d’autres, à des degrés divers, n’auront pas fait défaut tout au long de ce «processus électoral» qui d’ailleurs n’en finit pas, puisque ce mardi 20 septembre, encore, on apprenait que le CEP venait de décider d’une nouvelle prolongation pour l’inscription des électeurs qui doit s’étendre à présent jusqu’au 25 septembre au lieu du 20. Quant aux très nombreux candidats, on aura droit à ce sujet sans doute à d’autres rebondissements, car l’organisme électoral devra statuer sur leur cas, après étude de leurs pièces. En attendant, on peut toujours jeter un coup d’œil sur cette faune, en esquissant le profil de certains d’entre eux. On pourra toujours trouver des différences de parcours entre eux, mais si concernant l’Irak, quelqu’un a pu qualifier de «politiciens de location» ces individus «recrutés» par Washington pour ouvrir la voie vers la «démocratie à l’Irakienne», on n’aura pas tort de parler actuellement en Haïti de «politiciens à vendre», dont voici quelques échantillons:
Evans Paul: il se présente à la présidence au nom d’un regroupement dénommé Alliance démocratique (Alyans), constitué de son propre parti, le KID, du PPRH de Claude Roumain et du PLD de Christophe Charles. Paul fut élu maire de Port-au-Prince à l’occasion des élections démocratiques du 16 décembre 1990 sous la bannière du Front national pour le changement et la démocratie (FNCD). De graves accusations de malversations furent portées sur sa gestion, car son successeur à la mairie ne put trouver même une machine à écrire à son départ des lieux. Il fit partie des prisonniers de La Toussaint, aux côtés de Jean Auguste Mesyeux, Patrick Lochard et Marineau Etienne, torturés en novembre 1989 par le général-président Prosper Avril. Durant la période du mouvement subversif déclenché contre le président constitutionnel Jean-Bertrand Aristide, son parti, le KID, fit partie de la Convergence démocratique et de la Plate-forme démocratique subventionnées par l’Institut républicain international (IRI) et regroupant des formations politiques et des organisations dites de la «société civile» pour déstabiliser le gouvernement constitutionnel jusqu’au coup d’État de février 2004. Evans Paul se propose de ramener l’armée dissoute et de porter les forces de police à 50 mille membres. Quant à l’aspect économique et son programme social, ils restent dans les généralités et plutôt assez nébuleux, et l’on devine sans peine que cette force répressive dont il compte se doter servira amplement à faire taire les revendications sociales.
Gérard Gourgue: Avocat de profession, Gourgue part à la conquête du fauteuil présidentiel dans une coalition entre les partis PADEMH de Claire Lydie Parent, la CATH de Jean Auguste Mesyeux et le CREDO de l’ex-général président Prosper Avril, sous l’appellation de Mouvement Union patriotique (MUP). Il faut faire remarquer que bourreau et victime (Avril et Mesyeux) se partagent cette alliance. Gérard Gourgue pour sa part fut un défenseur des droits humains durant la dictature de Jean-Claude Duvalier. A la chute de ce dernier en février 1986, il fut nommé au Conseil national de gouvernement (CNG) dirigé par les généraux Henry Namphy et Williams Régala pour assurer la transition. Il dût démissionner de ce poste. Il fut le plus sérieux prétendant au poste de président de la République à l’occasion des élections du 29 novembre 1987 qui avaient pris fin par un massacre effectué par les sbires du CNG en question. Depuis lors, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts pour Gérard Gourgue qui devait jouer, à la demande des dirigeants de la Convergence démocratique, le ridicule rôle de président parallèle face au président constitutionnel Jean-Bertrand Aristide. Le 7 février 2001, alors que ce dernier recevait son investiture au Palais national, Gourgue de son côté était intronisé au siège de l’OPL au cours d’une comédie d’investiture, qui provoquait la risée de tout le pays. Avec l’avènement du gouvernement de facto Alexandre/Latortue, après le kidnapping du président Aristide, il était nommé ambassadeur d’Haïti auprès de l’Unesco à Paris.
Guy Philippe : Il se présente à ces élections sous la bannière de son parti, le Front pour la reconstruction nationale (FRN), ci-devant Front de résistance du Nord des ex-rebelles terroristes qui ont porté les armes contre le régime constitutionnel Lavalas. Formé à l’Académie militaire, Guy Philippe fut intégré à la Police nationale (PNH), pour devenir successivement commissaire de police de Pétionville et directeur départemental de la police du Nord sous le gouvernement de René Préval. Impliqué dans des affaires de drogue, il s’enfuit tour à tour vers l’Equateur, où il avait été en stage auparavant, et la République dominicaine, où il fut interpellé en deux occasions par les autorités de ce dernier pays. Il utilisa le territoire dominicain pour planifier à plusieurs occasions des menées subversives contre des cibles en territoire haïtien, notamment le 28 juillet 2001 contre l’Académie de police où des policiers furent abattus par ses hommes, et le 17 décembre 2001 contre le Palais national. Il fut recruté par la CIA pour prendre la tête du mouvement subversif aux côtés de Louis Jodel Chamblain et de feu Butteur Métayer. Son programme comprend, à lui aussi, bien sûr, le rétablissement de l’Armée, dont les méthodes doivent lui manquer, puisqu’il se proclamait un grand admirateur de l’ex-dictateur chilien Augusto Pinochet.
Dumarsais Mécène Siméus : Il a déclaré sa candidature à la présidence sous la bannière du parti Tèt Ansam de Gérard Blot, dans le cadre d’une alliance de dernière heure. Originaire du Pont Sondé dans le département de l’Artibonite, il vit depuis plus d’une quarantaine d’années aux Etats-Unis. Siméus dirige au Texas une multinationale alimentaire, la Simeus Foods, opérant dans plus de 27 pays. On le présente comme un ami personnel du président des Etats-Unis George W. Bush et comme un grand donateur du Parti républicain. Au moment de déclarer sa candidature, dans sa ville natale le mois dernier, cet Haïtiano-américain a promis, s’il arrivait au pouvoir, de transformer la commune de Carrefour en Las Vegas et Pont Sondé en Los Angeles. Les autres villes attendent encore leur «jumelage» avec une autre ville des États-Unis, mais en attendant c’est plutôt l’inverse, car c’est la Nouvelle-Orléans qui a été transformée en Gonaïves de l’année dernière à pareille époque!
Samir Mourra : L’homme d’affaires Samir Mourra s’engage dans la bataille sous la bannière de son parti Mobilisation pour le progrès d’Haïti (MPH). Ces dernières années, il a vécu aux Etats-Unis. Durant la période du coup d’Etat du 30 septembre 1991, il fit partie du groupe paramilitaire des «Ninjas» qui accompagnait le plus souvent le général Raoul Cédras.
Franck Romain : Il se présente sous la bannière du Camp patriotique et de l’Alliance haïtienne (PACAPALAH). Romain est un ancien colonel des ex-forces armées d’Haïti et un duvaliériste de la première heure. Il fut surtout réputé pour être un tortionnaire invétéré et sans pitié. Jusqu’au départ de Jean-Claude Duvalier le 7 février 1986, il était maire de Port-au-Prince. Franck Romain fut par ailleurs le principal instigateur du massacre perpétré par les «brassards rouges» contre des fidèles de l’église Saint-Jean-Bosco le 11 septembre 1988, à l’occasion d’une messe célébrée par le père Jean-Bertrand Aristide. Il devait par la suite laisser le pays pour se réfugier en République dominicaine et au Honduras. À la faveur du coup de février 2004, il est revenu de la République dominicaine où il séjournait depuis quelque temps.
Marc Louis Bazin: Il se présente aux présidentielles dans le cadre d’une alliance controversée entre son parti Mouvement pour l’instauration de la démocratie en Haïti (MIDH) et un parti dit Fanmi Lavalas, aménagé par les opportunistes Rudy Hériveaux et Yvon Feuillé. Bazin est réputé proche des organismes financiers internationaux. Il a été surnommé à une certaine époque «Mister Clean», pour son zèle à faire appliquer le plan néolibéral en Haïti. A l’occasion des élections historiques du 16 décembre 1990, il fut à la tête de l’ANDP (Alliance nationale pour la démocratie et le progrès), regroupant le MIDH et les partis de Serge Gilles et Déjean Bélizaire, le principal et malheureux adversaire du président Aristide. Après le coup d’Etat du 30 septembre 1991 contre le président Aristide, le commandement militaire assuré par le général Cédras le nomma Premier ministre de facto. Dix ans plus tard, il fut appelé à deux reprises en 2001 et 2003 par le président constitutionnel Jean-Bertrand Aristide pour faire partie du gouvernement Lavalas, successivement comme ministre de la Planification et de la Coopération externe et comme ministre sans portefeuille chargé des Négociations. Cette nomenclature n’est point complète, comme on peut le constater, et nous comptons pouvoir poursuivre à vous présenter autant que possible les autres spécimens de cette galerie de marionnettes, de ces «candidats à vendre», que ne dérangent ni l’occupation du pays et encore moins les massacres des gens des quartiers populaires par la soldatesque étrangère et les sbires locaux…
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