14 Septembre, 2005

September 14, 2005

14 Septamn, 2005
Vol. 23 No. 27

Heriveaux (à droite) et Gilles accompagnés d’une dizaine de complices se sont rendus au CEP, disant vouloir inscrire Jean-Juste toujours emprisonné. Après de bruyantes palabres, Ils se sont vu répondre que l’article 115 du décret-loi électoral spécifie que c’est le candidat qui doit se présenter en personne…

Une quarantaine de partis et de regroupements de partis politiques sur un total de 67 inscrits parmi 73 formations politiques dites «légalement reconnues» sont agréés pour participer aux «élections», selon une liste dite définitive publiée par le Conseil électoral provisoire (CEP) le 9 septembre; les dates des 20 novembre et 3 janvier 2006 ont finalement été retenues pour les deux tours des législatives et de la présidentielle, tandis que les municipales et locales sont fixées au 11 décembre 2005.

Vingt-deux formations n’auront donc pas été agréées pour être dans la course électorale, à défaut de trouver ou de pouvoir rémunérer sans doute pour ce faire, les signatures de cinq mille membres.

Il vaut la peine d’énumérer les «agréés», dont le nombre donne une saveur unique à ces pseudo-élections en marche. Ils se présentent comme suit:

    1 - Action Démocratique (AD), comprenant plusieurs partis, dont le MKN de l’ancien ministre duvaliériste de la Santé et président d’un précédent CEP, Volvick Rémy Joseph;
    2. Action Démocratique pour Bâtir Haïti (ADEBAH) de Camille Leblanc (démissionnaire), de René Julien et du duvaliériste bien connu Rony Gilot;
    3. Alliance Démocratique (ALYANS), regroupant le KID de Evans Paul, le PPRH de Claude Roumain et le PLD de Christophe Charles;
    4. Alliance pour la Libération et l’Avancement d’Haïti (ALAH) de Reynold Georges;
    5. Camp Patriotique et de l’Alliance Haïtienne (PACAPALAH) de l’ex-colonel, ex-maire de la capitale et tortionnaire duvaliériste Franck Romain.
    6. Fanmi Lavalas, du président constitutionnel Jean-Bertrand Aristide, ayant pour éventuel candidat à la présidence le père Gérard Jean-Juste, encore incarcéré par le régime de facto;
    7. Front Civico-Politique Haïtien (FRONCIPH) avec Charles Poisset Romain, ancien ministre et membre du CEP de 1987, comme candidat à la présidence;
    8. Front pour la Reconstruction Nationale (FRN), de l’ancien commissaire de police et chef de l’insurrection armée contre le régime constitutionnel, Guy Philippe, candidat lui aussi à la présidence;
    9. Grand Front Centre Droit (GFCD) du néo-duvaliériste Hubert De Ronceray;
    10. Grand Rassemblement pour l’Évolution d’Haïti (GREH) de l’ex-colonel Himmler Rébu;
    11- Fusion des Sociaux Démocrates Haïtiens (FUSION), avec pour candidat à la présidence l’ancien sénateur Serge Gilles;
    12- Latibonit an Aksyon (LAA.A), de l’ancien officier de l’Armée dissoute, et commissaire divisionnaire de la PNH Youri Latortue, candidat au Sénat dans l’Artibonite;
    13- Mobilisation pour le Progrès d’Haïti (MPH) de l’homme d’affaires et membre du groupe paramilitaire des «Ninja» durant le coup d’État 1991-1994, Samir Moura;
    14- Mouvement Chrétien pour une Nouvelle Haïti (MOCHRENA), du pasteur Luc Mésadieu;
    15- Mouvement Démocratique Réformateur Haïtien (MODEREH) des ex-sénateurs Dany Toussaint et Prince Pierre Sonson;
    16- Mouvement National Patriotique du 28 Novembre (MNP-28), de Déjean Bélizaire, ancien sénateur;
    17- Mouvement National pour la Prospérité d’Haïti (MNPH);
    18- Mouvement pour l’Avancement, le Développement et l’Innovation de la Démocratie en Haïti (MADIDH);
    19- Mouvement pour l’Instauration de la Démocratie en Haïti (MIDH) de l’ancien Premier ministre putschiste Marc Bazin;
    20- Mouvement pour la Reconstruction Nationale (MRN) de feu René Théodore dirigé actuellement par Jean Hénold Buteau;
    21- Mouvement Union Patriotique (MUP), ayant pour candidat à la présidence Gérard Gourgue et réunissant Jean Auguste Mésyeux et son tortionnaire officiellement condamné pour tel, l’ex-général-président Prosper Avril;
    22- Organisation du Peuple en Lutte (OPL) ayant pour candidat à la présidence l’ancien sénateur Paul Denis qui a supplanté le coordonnateur général du parti Edgard Leblanc pour l’investiture;
    23- Organisation pour l’Avancement Haïti et des Haïtiens (OLAHH);
    24- Parti Agricole Industriel National (PAIN) de feu Louis Déjoie II;
    25- Alliance Démocratique pour la Réconciliation Nationale (ADRENA) dirigée par MM. Henri Robert Sterlin et Max Adam;
    26- Parti de l’Unité Nationale (PUN);
    27- Parti Démocrate Chrétien Haïtien (PDCH), branche dirigée par Mme Marie France Claude, l’une des filles de feu le pasteur Sylvio C. Claude, fondateur du parti.
    28- Parti des Industriels Travailleurs Commerçants et Agents de Développement d’Haïti (PITACH);
    29- Parti Effort et Solidarité pour Construire une Alternative Populaire (ESCAMP) représenté par les anciens députés Joseph Jasmin et Kelly Bastien;
    30- Parti Libéral Haïtien (PLH) de l’homme d’affaires Madsen;
    31- Parti Mouvement Indépendant pour la Réconciliation Nationale (MIRN);
    32- Parti National Démocratique Progressiste d’Haïti (PNDPH) de Turneb Delpé, ancien sénateur, candidat à la présidence;
    33- Parti Plate-forme Justice pour la Paix et le Développement National (JPDN), de l’ex-bâtonnier Rigaud Duplan et ex-ministre des Finances du gouvernement de facto de 1991;
    34- Parti pour l’Évolution Nationale Haïtienne (PENH) de l’ancien propagandiste duvaliériste Jean Auguste Bellerice;
    35- Parti regroupement Patriotique pour le Renouveau National (REPAREN) de Mme Judy C. Roy;
    36- Parti Social Rénové (PSR) de l’ancien gouverneur de la Banque Centrale durant la période du coup d’Etat de 1991, Bonivert Claude;
    37- Parti Union Nationale pour la Reconstruction d’Haïti (UNCRH) du pasteur Chavannes Jeune, ex-conseiller d’Etat en 1990;
    38- Pati Konbit pou Bati Ayiti (KOMBA), dirigé par l’ancien secrétaire d’État au Sport de René Préval, Evans Lescouflair et de Chavannes Jean-Baptiste, auparavant membre de la direction de l’OPL;
    39- Pati Louvri Baryè (PLB) de feu le ministre, sénateur et ambassadeur Lavalas Renaud Bernardin;
    40- Pou Nou Tout (PONT) de l’ancien Premier ministre Lavalas Jean-Marie Chérestal et de l’ancien député Lavalas, Axène Joseph;
    41- Rassemblement des Citoyens Patriotiques (RCP);
    42- Rassemblement des Démocrates Nationaux Progressistes (RDNP) de Leslie Manigat;
    43- Tet Ansanm de Gérard Blot.
    44- Union des Nationalistes Progressistes Haïtiens (UNITE) dont l’un des dirigeants est l’ancien ministre duvaliériste Edouard Francisque;
    45- Union pour la Réconciliation Nationale (URN), parti de feu le duvaliériste Roger Lafontant dirigé par Evans Nicolas.

Au total, 45 partis et regroupements de partis politiques avec quasiment autant de candidats à la présidence, sont donc retenus pour ce qui, on en conviendra, constituera plutôt une «mascarade électorale», à un moment où les inscriptions des électeurs piétinent par manque d’inscrits et aussi par manque de bureaux d’inscription, à quelques jours de la fin des inscriptions fixée au 15 septembre prochain, sans compter que les cartes d’identification ne sont même pas encore disponibles pour ceux déjà inscrits. Pour l’instant la liste «définitive» s’arrêterait là, mais il est toujours possible que d’autres dates soient encore repoussées ou renvoyées, comme cela a été le cas depuis le début. Quant au nombre de partis et de candidats en lice, comme le lecteur pourra s’en rendre compte, il est pour le moins affolant, et il faudrait plutôt parler d’une audition de seconds rôles pour un mauvais scénario. En outre, à part Fanmi Lavalas qui a la faveur des masses populaires et de l’immense majorité, les autres partis et regroupements n’ont aucun programme et, à part leurs noms ou leurs sigles, la différence n’est point perceptible. Et pis encore, dans le cas présent, Fanmi Lavalas n’a pas été inscrit avec l’adhésion de sa direction, car ce sont les opportunistes Louis Gérald Gilles, Yvon Feuillé et Rudy Hériveaux qui ont décidé d’eux-mêmes de le faire pour faire partie de cette cohorte d’affairistes électoraux. Ce trio voudrait pour ce faire inscrire le père Gérard Jean-Juste comme tête de liste sous la bannière Lavalas et il s’y affairait ce mardi 13 septembre.

Cela a donné lieu à un épisode mémorable, digne des meilleures comédies. Ainsi Pour Heriveaux et Gilles accompagnés d’une dizaine de complices se sont rendus au CEP, disant vouloir inscrire Jean-Juste toujours emprisonné. Après de bruyantes palabres, Ils se sont vu répondre que l’article 115 du décret-loi électoral spécifie que c’est le candidat qui doit se présenter en personne. Mais Gilles, jamais à court d’une trouvaille, répondait à un journaliste que «le décret n’est pas au-dessus de la Constitution». D’un côté comme de l’autre ils se sont affrontés avec la «Constitution» dont on ne voit point la pertinence sous ce régime illégal qui ne s’en embarrasse point.

Mais en fin de compte, Gilles et consorts ont décidé d’aller chercher un mandat auprès de Jean-Juste qui les aura autorisé à déposer sa candidature, suivant le document qu’a exhibé son avocat Legendre Mérjuste. On n’en a pas fini d’en voir avec ces trois fieffés opportunistes qui, d’ailleurs, tentaient de corrompre des éléments de la base de Fanmi Lavalas, comme nous le rapportions la semaine dernière, à la réunion tenue alors à la Fondation Aristide. Pour se faire plus crédibles, Ils agitaient l’idée d’une manifestation pour le 13 septembre prétendument pour procéder à l’inscription du père Jean-Juste. Mais comme par coïncidence, aussitôt la police, évidemment sur ordre du gouvernement de facto a interdit toute manif jusqu’au 19 de ce mois.

Gilles, Hériveaux et Feuillé, les trois compères tentent un forcing, car à une réunion encore le samedi 10 septembre, ils ont été pris à parti par des membres des cellules de base de Fanmi Lavalas qui n’acceptent pas de voir le trio se foutre carrément des massacres, des prisonniers politiques Lavalas et du président Aristide, tout cela pour en arriver à se placer dans ces élections. En fait leur action représente carrément une tentative déguisée de liquider l’Organisation politique Fanmi Lavalas, dont ils prétendent se réclamer, mais comme marche-pied, bien sûr.

Mais il était déjà près de 5 heures de l’après-midi, ce mardi 13 septembre que, malgré son mandat, Gilles et consorts, dont aussi Desgranges et Dismey César n’étaient pas arrivés à leurs fins, car le Bureau électoral les référait, on ne sait pas encore clairement pourquoi, au contentieux du Conseil électoral provisoire (CEP). Un véritable embrouillamini dont les tenants et aboutissants restent à éclaircir. On ne comprend pas non plus pourquoi le père Jean-Juste aurait accepté de donner mandat à ces trois zouaves. Il est vrai, paraît-il, que Jean-Juste, étrangement, n’aura pas spécifié dans son mandat à quelle fonction il se portait candidat! La date limite est le 15 septembre.

Et il est bon de rappeler, encore une fois, que de son exil en Afrique du Sud, le président constitutionnel et dirigeant de Fanmi Lavalas Jean-Bertrand Aristide, dans sa note de soutien du 31 août dernier au père Jean-Juste incarcéré, rappelait certaines conditions pour la tenue des élections honnêtes et démocratiques, en se référant explicitement à l’Afrique du Sud où, stipulait-il, des élections véritablement honnêtes et démocratiques «n’auraient pu être tenues en 1994 si Nelson Mandela, Thabo Mbeki, Oliver Tambo et d’autres avaient été encore en prison ou en exil… », et réclamait la fin de la répression dans les quartiers populaires... Ces conditions ne sont point remplies en Haïti, et alors qu’adviendrait même la libération de Gérard Jean-Juste par les autorités de facto pour faciliter la tâche de leurs complices, Gilles, Feuillé et Hériveaux, qui voudraient pouvoir attirer sous l’emblème Lavalas les masses populaires, quelles garanties de sécurité auraient les exilés qui oseraient s’aventurer dans le pays face à la répression?

Quant aux élections en tant que telles, comme se les proposent la «communauté internationale» et ses hommes de main indigènes, la confusion semble être entretenue à dessein. Tandis que dans son édition du 12 septembre le quotidien Le Nouvelliste annonçait que la date d’échéance des inscriptions était prolonger, encore une fois, jusqu’au 15 octobre, en ce mardi 13 septembre, dans une note lue sur les ondes de Radio Métropole, le directeur du CEP Raphaël Faustin précisait que «contrairement à la note parue dans Le Nouvelliste», tel n’est point le cas.

On en est là, et dans cette apparente confusion, les opportunistes s’activent à leur travail de sape. Pourtant d’autres signaux indiquent assez clairement que la communauté internationale et ses satrapes du gouvernement de facto n’ont aucunement l’intention de ralentir la répression. N’est-ce pas la Minustah qui s’est chargée elle-même d’empêcher la manifestation populaire qui devait se dérouler ce même mardi 13 septembre, en avançant comme raison la note émise par la Direction générale de la Police nationale. Depuis quand la Minustah reçoit-elle ses ordres de la PNH ? Et les soldats de la Minustah ne se sont pas gênés pour faire feu à volonté pour dissuader toute tentative de manifestation. La répression est toujours à l’ordre du jour, et les parties de foot et autres cajoleries auxquelles s’emploient les membres de la Mission envers la population des bidonvilles ne sont que de la poudre aux yeux, car le moment venu, ils troquent rapidement le ballon pour le fusil, comme on vient de le voir…