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Kevin Pina (en haut) aurait donc frappé le juge, si on en croit ce dernier ! Mais pourquoi donc a-t-il fait procéder à l’arrestation de Jean Ristil Jean-Baptiste qui ne faisait que photographier l’arrestation de son collègue Kevin Pina?
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Les journalistes Jean Ristil Jean-Baptiste et Kevin Pina ont été libérés le lundi 12 septembre, trois jours après avoir été arrêtés arbitrairement par des policiers du commissariat de Delmas 33 sur ordre du juge Jean Pérès Paul. Au fait, ces travailleurs de presse ont été interpellés en plein exercice de leur profession, puisqu’ils couvraient une fouille de la police menée au presbytère de l’église Sainte-Claire de Petite Place Cazeau, dont le curé, le père Gérard Jean-Juste, comme nous le savons bien, croupit déjà depuis le 21 juillet dernier dans les geôles du régime de facto.Jean Ristil est un journaliste haïtien travaillant pour Associated Press (AP). Kevin Pina, pour sa part, est un journaliste nord-américain qui réalise des reportages sur Haïti depuis 10 ans à travers un programme quotidien dénommé «Flash Points», produit par la station de radio KPFA de Berkeley, en Californie aux Etats-Unis. L’émission «Flash Points » est également distribuée par le réseau «Pacifica Radio Network» regroupant plusieurs autres stations à travers les Etats-Unis. Pourquoi ces journalistes ont-ils été interpellés? Ces arrestations sont intervenues dans le cadre du dossier du père Gérard Jean-Juste, dont le juge Jean Pérès Paul est chargé. Rappelons que dans le cadre de la chasse aux sorcières enclenchée par le régime de facto contre les partisans et sympathisants Lavalas depuis le kidnapping du 29 février 2004, le père Gérard Jean-Juste, arrêté une première fois en novembre dernier et détenu pendant trois mois pour «atteinte à la sûreté de l’Etat», a été arrêté une seconde fois le 21 juillet dernier à l’église St. Pierre de Pétion-Ville, lors des funérailles du journaliste Jacques Roche. Rappelons également que le gouvernement de facto a fait circuler des rumeurs accusant le père Jean-Juste d’être en possession d’armes appartenant à l’Etat que le gouvernement Aristide/Neptune lui aurait confiées. Kevin Pina relate ainsi son arrestation: «La seule chose que je sais, c’est qu’une personne m’avait appelé pour m’informer que quelque chose se passait à l’église Sainte-Claire, et que la police se rendait à la résidence du père Gérard Jean-Juste pour y déposer des armes. Et je suis allé pour voir de quoi il s’agissait. Quand nous sommes arrivés, je ne savais pas que le juge Pérès Paul et la police étaient là. Je n’ai su que c’était le juge Jean Paul Pérès qu’après mon arrestation. Quand je suis arrivé, je me suis identifié en tant que journaliste. Le juge m’a qualifié de terroriste et de bandit ‘blanc’…» Par la suite, le juge Pérès ordonnait à la police de procéder à l’arrestation de Jean Ristil qui prenait des photos de l’arrestation de Pina. Pourquoi donc le juge voulait-il garder sa fouille secrète, à l’abri des yeux de journalistes curieux? Une station de radio de la macouto-bourgeoisie, Radio Vision 2000, allait bien involontairement indiquer ce que le juge et ses policiers avaient déjà planifié de trouver dans l’église. Ainsi, dans l’édition de nouvelles du lundi 12 septembre, Vision 2000 disait: «Le juge Pérès Paul, responsable du dossier du père Jean-Juste, a procédé à une perquisition à l’église Sainte-Claire de Petite Place Cazeau vendredi denier. Le juge a trouvé sur place un gilet pare-balles et une tenue de camouflage…» Rien que cela? Et c’est sur les ondes de cette même station que le juge Pérès Paul, qui n’a cependant pour sa part pas précisé ce qu’il avait trouvé à l’intérieur de l’église, a tenté maladroitement de justifier l’arrestation des journalistes en déclarant: «Je ne peux rien dire concernant la perquisition puisque l’instruction est secrète. Le cabinet d’instruction s’était transporté sur les lieux pour vérifier une série de choses. Au moment du déroulement de la perquisition, deux individus ont traversé le mur en dépit du fait que les portes étaient fermées … J’ai demandé à un journaliste étranger appelé Kevin de sortir. Il a refusé, et il a dit que je ne pouvais le mettre à la porte. Je ne pouvais pas le mettre à la porte puisqu’il est dans les limites de la loi, d’autant plus qu’il voulait créer l’événement. Il m’a demandé de l’arrêter. Malgré tout, je lui ai intimé l’ordre de sortir. Face à son refus, j’ai demandé aux policiers de le faire sortir. Il a refusé une fois de plus! J’ai ordonné son arrestation parce qu’il m’a frappé… il m’a frappé dans l’exercice de ma fonction. Au moment où j’ai ordonné son arrestation, dans ces tergiversations, il m’a frappé un peu partout. Il y a eu deux arrestations. L’autre est un journaliste de AP .» Kevin Pina aurait donc frappé le juge, si on en croit ce dernier ! Mais pourquoi donc a-t-il fait procéder à l’arrestation de Jean Ristil Jean-Baptiste qui ne faisait que photographier l’arrestation de son collègue Kevin Pina? Par ailleurs on voudrait bien savoir si c’est le juge lui-même qui a déclaré à Vision 2000 qu’un gilet pare-balles et une tenue camouflage avaient été découverts dans l’église, ou s’il s’agit d’un montage de Vision 2000. Il est évident en tout cas qu’il n’en faudrait pas plus pour accuser le père Jean-Juste de «terroriste». Serait-ce la présence des journalistes qui avait empêché le juge de trouver «des armes lourdes» cachées dans l’église? Il parait tout aussi invraisemblable que le journaliste ait pris le risque de frapper un juge «un peu partout dans son corps» en présence même de la police. Pérès Paul n’a d’ailleurs pas daigné montrer ne serait-ce qu’une petite égratignure ou du moins n’a-t-il pas pensé à s’en faire une pour les besoins de la cause! D’ailleurs Pina, que nous avons interviewé, est catégorique sur ce point: «Il a dit que je l’ai frappé, il ment absolument… De toute façon, ce qui est clair, c’est qu’en Haïti la justice n’est pas indépendante de la politique … Nous savons que le juge Pérès travaille en étroite collaboration avec le groupe des ‘184’ . Il a été nommé par l’ancien ministre de la Justice Bernard Gousse pour lui succéder dans une organisation de juges appelée ANAMAH (Association nationale de juges haïtiens), créée par la Fondation internationale de systèmes électoraux (IFES) et l’USAID. » De toute façon, l’arrestation arbitraire et la détention illégale du père Jean-Juste, les tentatives de le faire passer pour un terroriste, ajoutées l’arrestation arbitraire de deux journalistes, sans oublier les centaines de prisonniers politiques qui pourrissent en prison et la note de la police interdisant toute manifestation publique pacifique, prouvent plus que jamais que nous vivons dans une dictature féroce, qui va inévitablement se renforcer avec la tenue des élections/sélections. Évidemment, pas un mot de ces arrestations de ces deux journalistes de la part de leurs confrères des grands médias internationaux, et bien entendu pas un mot à ce sujet de la part de Reporters sans frontières que dirige le capo Robert Ménard.
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