24 Août, 2005

August 24, 2005

24 Out, 2005
Vol. 23 No. 24


De gauche à droite Damian Onsés Cardona et le colonel marocain Elouafi Boulbars. Boulbars s’est félicité des résultats obtenus dans la collaboration entre ses casques bleus et les agents des unités spécialisées de la Police Nationale (PNH)
Présentant le bilan de ses opérations menées du 11 au 15 août, le porte-parole militaire de la Minustah, le colonel marocain Elouafi Moulbars, s’est félicité des résultats obtenus dans la collaboration entre ses Casques bleus et les agents des unités spécialisées de la Police nationale (PNH). «Nous travaillons et obtenons de très bons résultats» disait Boulbars qui a fait état de l’arrestation pendant cette période de 24 «bandits» et la saisie de cinq armes à feu. Cependant, Boulbars a fait part en même temps de onze assassinats et douze kidnappings depuis le début du mois d’août.

Parmi ces crimes, il y a l’assassinat le 8 août du jeune musicien Jean-Pierre Rivière; le 11 août, du policier Dona Branchedor, kidnappé peu avant, a été exécuté par ses ravisseurs; deux jours après, d’un autre policier du nom de Junior Daniel Decilus à Fontamara 27; le lendemain, une infirmière, Yasmina Pyronneau, décédée à l’Hôpital adventiste de Diquini des suites de blessures par balles.

Le 19 août, c’est un ressortissant canadien, Dennis Thérien, âgé d’une cinquantaine d’années, qui était tué par des bandits à Drouillard près de Cité Soleil. La victime, qui se rendait à son travail à Prometal S.A, a été abattue au volant de sa voiture alors qu’il tentait d’échapper à un enlèvement. Le même jour dans la même zone, Rubens Pamphile a été aussi tué.

Mais c’est à Martissant que se sont produits les événements les plus sanglants des derniers jours, et ce ne sont point malheureusement pas le fait de bandits ordinaires. D’abord, le 20 août, deux personnes ont été tuées par balles et plusieurs autres blessées au cours d’un match de football, quand des hommes en habits noirs, armés et encagoulés, s’identifiant comme des policiers, sont intervenus sous prétexte d’effectuer une fouille et ont commencé à tirer. Le lendemain 21 août des tirs continus à l’arme automatique ont paralysé la zone, contraignant les habitants à rester enfermés chez eux. D’après Lionel Mondestin, un résidant du secteur, le nombre de victimes dépasserait la vingtaine, et il disait: «Hier dimanche (21 août) vers trois heures, les Casques bleus de la Minustah et les agents de la Police nationale ont encerclé la zone de Grand-Ravine, et pendant ce temps un groupe d’individus coiffés de mouchoirs et armés de machettes ont fait la chasse aux bandits. Je n’ai aucun problème à ce que la police procède à l’arrestation des gens qui se font appeler bandits. C’est à la justice de juger ces gens. Mais la police et la Minustah n’auraient pas dû accompagner des civils armés dans le but d’opérer des exécutions sommaires cet après-midi. Ce n’est pas possible, c’est anormal. Ce fait devrait interpeller la conscience des habitants…»

C’est en fait une opération sur le modèle de celle menée précédemment au Bélair, comme nous l’indiquions dans notre édition de la semaine dernière («Lynchages à la ‘rwandaise’: PNH et Minustah assurent la logistique»). Il semble donc que la Minustah aurait décidé d’avoir désormais recours systématiquement à des sicaires pour effectuer la sale besogne et se couvrir. En effet, ses crimes commencent à alerter l’opinion publique internationale sur son implication. Ainsi, le grand quotidien londonien The Independent notait dans son édition du 29 juillet note: «Les preuves s’accumulent que les Casques bleus ont tiré et tué des civils sans armes, y compris des enfants, au cours d’un récent raid en Haïti. Les Nations unies se disent prêts à enquêter sur les allégations d’ ‘usage non nécessaire de force’.» The Independent rapporte aussi avoir pris connaissance du témoignage vidéo filmé lors du massacre perpétré le 6 juillet dernier à Cité Soleil par la Minustah. Ajouté à cela, l’annonce de la tenue du Tribunal international sur Haïti les 23 et 24 septembre prochains à Washington doivent au plus haut point inquiéter les dirigeants de l’ONU, y compris le secrétaire général Kofi Annan, qui ont certainement invité leurs complices à trouver des moyens moins compromettants pour se débarrasser des «jetables» et des «chimères» (voir l’article dans ce numéro: «Les ‘jetables’»).