17 Août, 2005

August 17, 2005

17 Out, 2005
Vol. 23 No. 23
«Justice»: Le message d’adieu
de James Foley!

...De gauche à droite Jocelerme Privert et Yvon Neptune. Imaginez un seul instant l’image ternie d’Haïti avec un Chamblain qui sort et un ancien Premier ministre (Yvon Neptune) qui continue à croupir en prison»...

L’ancien numéro 2 du groupe paramilitaire FRAPH (Front pour l’avancement et le progrès d’Haïti), --qui avait massacré et incendié les bidonvilles de 1992 à 1994-- et ex-chef des rebelles qui ont combattu le régime constitutionnel du président Jean-Bertrand Aristide, Louis Jodel Chamblain a été libéré le jeudi 11 août. Condamné par contumace pour son implication dans le massacre de Raboteau en 1994 par les assises tenues en 2000, Chamblain s’était «volontairement» constitué prisonnier l’année dernière après l’exil forcé du président Aristide afin de répondre, avait-il prétendu, aux charges retenues contre lui. Avec la complicité de l’ex-ministre de facto de la Justice Bernard Gousse, une première décision avait été prise en sa faveur, l’innocentant de certains chefs d’accusation, avant d’être totalement blanchi aujourd’hui et mis en liberté.

Cet élargissement cautionné par les autorités gouvernementales de facto, a évidemment provoqué des remous, compte tenu notamment de l’immense bagage en termes de crimes et d’exactions diverses qui sont reprochés à ce terroriste notoire, notamment pendant la période du coup d’Etat de 1991, lorsqu’il agissait au nom du Fraph.

L’ambassadeur des Etats-Unis, James B. Foley, à la veille de laisser prématurément son poste, a tenu aussi à fustiger l’appareil judiciaire, qu’il a qualifié au passage de dysfonctionnel, pour s’être payé le luxe de relâcher Louis Jodel Chamblain alors qu’il maintient en prison le Premier ministre constitutionnel Yvon Neptune. «Des événements récents sont venus une nouvelle fois marquer cette crise du système judiciaire, notamment le relâchement de M. Chamblain qui est un scandale pour le pays et son image dans le monde. Je ne peux pas entrer dans les détails de ce cas précis ou du cas de l’année dernière quand il était innocenté pour la première fois, mais nous savons que c’est un monsieur qui a été jugé coupable à plusieurs reprises pour des crimes horribles. Imaginez un seul instant l’image ternie d’Haïti avec un Chamblain qui sort et un ancien Premier ministre (Yvon Neptune) qui continue à croupir en prison», s’est exclamé James Foley dans son dernier discours avant de laisser Port-au-Prince le vendredi 12 août.

L’ambassadeur des Etats-Unis, James B. Foley, à la veille de laisser prématurément son poste, a tenu aussi à fustiger l’appareil judiciaire, qu’il a qualifié au passage de dysfonctionnel, pour s’être payé le luxe de relâcher Louis Jodel Chamblain alors qu’il maintient en prison le Premier ministre constitutionnel Yvon Neptune.

De plus, il a considéré comme une violation des droits humains l’incarcération prolongée du Premier ministre Neptune, dont il a salué le rôle joué dans la «transition» politique après le kidnapping d’Aristide. «Il ne s’agit pas d’une justice spéciale pour un citoyen spécial; ce n’est pas le cas. C’est un cas de violation de droits humains. C’est ainsi que mon pays va désormais traiter ce problème. Ceux qui sont responsables de ce cas judiciaire sont à notre sens impliqués dans un cas de violation de droits de l’homme et si cela se poursuit, ils ne seront pas les bienvenus dans mon pays» a-t-il dit, menaçant, en faisant remarquer qu’aucune preuve de l’implication réelle de Neptune n’a jusqu’ici été avancée en ce qui a trait au «massacre de La Scierie», alors que sa détention dure depuis quatorze mois. James Foley se donne le beau rôle, alors que l’on sait bien qu’en tant que proconsul, il n’aurait qu’à claquer des doigts pour faire libérer Neptune par ses vassaux, les Latortue et compagnie. En passant, n’est-ce pas que Gérard Latortue voyage régulièrement aux Etats-Unis, où d’ailleurs il a sa résidence à Boca Raton, en Floride, et il ne semble pas qu’il soit le moins du monde inquiété par les propos de Foley?

Ce discours concernant la parodie de justice qui a conduit à la libération de Chamblain et la détention arbitraire prolongée ne sont pas à négliger non plus, même s’ils sont marqués du sceau de l’hypocrisie. Incidemment, comment peut-il se targuer de parler de droits humains et de justice, alors Emmanuel «Toto» Constant, le numéro 1 du Fraph, malgré les plaintes portées contre lui pour les crimes innombrables perpétrés pendant la période du coup d’Etat de 1991, et qui agissait de pair avec son collègue Chamblain, jouit de sa pleine liberté aux Etats-Unis mêmes?

Évidemment, cette déclaration n’est pas sans conséquence, et Foley émet ainsi un signal dans un marchandage en cours dans les coulisses de la politicaillerie en vue de la participation du secteur Lavalas aux élections contre la libération de Yvon Neptune. D’ailleurs Ronald Saint-Jean, chef d’un organisme pour la défense des prisonniers politiques, en annonçant, comme nous le rapportions le mois dernier, que la libération du «prisonnier politique» Chamblain allait être suivie de celles du père Gérard Jean-Juste, d’Yvon Neptune, d’Annette Auguste, de Jocelerme Privert, d’Amanus Mayette, comme s’il s’agissait d’un échange. La libération d’un criminel contre celle de quatre innocents! Et de plus ces derniers devront sûrement donner des gages pour bénéficier de ce «privilège»?