|
 |
 |
Port-au-Prince 8 août : De longues files de personnes déambulaient donc à pied sur plusieurs artères de la capitale pour se rendre au travail…
|
 |
La grève générale lancée le 8 août à l’échelle nationale par l’Association des propriétaires et chauffeurs d’Haïti (APCH), pour exiger du gouvernement de facto une réduction des prix des produits pétroliers, a été très amplement suivie par les chauffeurs à travers le pays. De longues files de personnes déambulaient donc à pied sur plusieurs artères de la capitale pour se rendre au travail. L’annonce faite le 29 juillet par le gouvernement de facto d’une nouvelle augmentation des prix des produits pétroliers pour la troisième fois, en moins de six mois, et sans aucun avis, a soulevé des protestations générales, d’autant plus exacerbées que les usagers n’avaient pas encore fini de protester contre la hausse antérieure. Le gouvernement de facto n’a fait aucune considération, puisque tout en augmentant fort substantiellement les prix des différents grades de gazoline: de 143 à 161 gourdes, de 136 à 156 gourdes, le diesel qui sert surtout au transport en commun a quand même été majoré de 94 gourdes le gallon à 103 gourdes. Rappelons que toutes ses hausses viennent s’ajouter aux précédentes. Bien entendu, on invoquera la hausse considérable du pétrole sur le marché international, mais ce n’est point une raison de s’en laver les mains, au moment où la population connaît une des pires situations économiques. L’Association des propriétaires et chauffeurs d’Haïti (APCH), a donc lancé un mot d’ordre de grève générale ce lundi 8 août sur tout le territoire pour exiger une baisse des produits pétroliers. Le porte-parole de l’APCH, Jean Winsgton Bazile a indiqué: «Il s’agit d’une grève d’avertissement où nous sollicitons la collaboration de la population. Notre prochaine étape sera de stationner toutes nos camionnettes devant les locaux du ministère du Commerce et le Palais national. Car nous ne pouvons continuer à fonctionner dans ces conditions intenables.» Son camarade Changeux Méhu, président de l’APCH, s’est déclaré déterminé à maintenir le mouvement tant que ces revendications ne seront pas satisfaites. «Nous sommes déterminés et nous ne pouvons pas continuer à enrichir des dirigeants qui ne tiennent plus compte des conditions de vie précaires des couches les plus défavorisées de la société haïtienne. Il faut que cela change, nous ne pouvons tolérer de tels agissements.» Il a aussi estimé qu’il est temps que la population se réveille en forçant les autorités de facto à prendre des décisions allant dans le sens des intérêts de la nation. De son côté, le responsable du syndicat des propriétaires et chauffeurs de Delmas 33, Cambronne Reynold, qui a manifesté sa satisfaction de voir la grève une réussite totale, a dit espérer que cette journée constituera une mise en garde pour les dirigeants qui s’amusent à augmenter sans considération et sans cesse le prix du carburant. «Irresponsable et irréfléchie», cette hausse des prix du carburant, «cette décision nous place dans une situation extrêmement difficile puisque nous sommes obligés de réviser les tarifs… Cela va contribuer à générer des malentendus entre les passagers et nous», a fait remarquer un chauffeur, qui a invité les autorités de facto à revenir sur cette nouvelle hausse en «subventionnant les combustibles comme l’administration Lavalas avait l’habitude de le faire». Il a aussi attiré l’attention sur un secteur qui est derrière cette décision, compte tenu du pourcentage énorme que ses membres prélèvent sur la vente de chaque gallon de carburant. Depuis l’installation des de facto au pouvoir, ils se sont toujours montrés insensibles aux conditions de vie des classes défavorisées. «Le gouvernement intérimaire ne fait pratiquement rien pour soulager la souffrance de la population» a-t-il lâché. Les passagers ont également exprimé leur mécontentement face à la hausse constante des prix du transport. «On en a assez. Nous ne pouvons pas accepter une telle situation qui augmente notre misère», et dans leur grande majorité ils ont souhaité que le gouvernement prenne des mesures appropriées dans les plus brefs délais, en disant appuyer à 100% cette grève. «Cela me dérange de ne pas pouvoir trouver une camionnette mais je donne mon plein soutien à cette grève» a fait savoir une passagère. Le président de l’Association nationale des distributeurs de produits pétroliers (ANADIPP), Randolph Rameau, a qualifié de «légitime» la grève déclenchée ce lundi par les chauffeurs pour exiger la baisse des prix du pétrole. Randolph Rameau qui a toutefois reconnu les difficultés du gouvernement de facto face à l’augmentation des prix du carburant sur le marché international, a déclaré souhaiter que celui-ci s’entretienne avec les secteurs sociaux pour trouver une solution. Pour sa part, le gouvernement de facto s’est contenté de déclarer que l’augmentation des prix du pétrole sur le marché est due à la hausse sur le marché international. Tandis que le président de facto Boniface Alexandre, qui revenait du Panama où il avait participé au quatrième Sommet des chefs d’Etat des Caraïbes, trouvait bon de dire qu’il n’était pas au courant de cette nouvelle flambée des prix du pétrole, le ministre des Affaires sociales Franck Charles a qualifié «d’anormale» la réaction de la population. Pour lui, il faudra que les protestataires trouvent d’autres moyens pour gérer ce problème, notamment dans la recherche d’autres sources d’énergie. A entendre ce titulaire de facto des Affaires sociales, qui prétend représenter Fanmi Lavalas dans le gouvernement de facto, il suffit de mettre en quarantaine les véhicules, en attendant ses propres «inventions» en matière de sources d’énergie. De son côté, le président de la Chambre de commerce et d’industrie (CCIH), Réginald Boulos, a cru devoir déclarer soutenir la décision des autorités de facto de ne pas subventionner les produits pétroliers. Selon Réginald Boulos, la subvention du carburant entraînerait un déficit budgétaire et une «appréciation» du dollar par rapport à la gourde, ce qui conduirait automatiquement à la réduction du pouvoir d’achat. Paradoxalement, il a prétendu déplorer que le secteur privé n’ait pas été consulté par le gouvernement sur cette augmentation. Pourquoi faire, alors que l’on sait bien que Latortue et sa clique ne font qu’appliquer à la lettre et même avec zèle les consignes du FMI qui rejette toute subvention à des fins sociales, et ce n’est certainement pas Boulos qui s’y opposerait.
|