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De gauche à droite Juan Gabriel Valdés et le Premier ministre de facto, Gérard Latortue, Valdés représentant spécial du secrétaire général des Nations unies, jugeait bon de discourir, en vantant cette «accélération» des décaissements par des résolutions prises lors des conférences de Cayenne en Guyane et à Montréal, au Canada, autour du CCI…
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A l’initiative du Premier ministre de facto, Gérard Latortue et sous l’égide du Comité de coordination de la mise en œuvre du CCI (Cadre de coopération intérimaire) les principaux «concernés»: des ministres de facto, des cadres de l’administration publique, des représentants de la «communauté internationale», de la «société civile» et de la «classe politique», se sont réunis le 27 juillet à l’hôtel Karibe Convention Center à Pétionville, pour évaluer l’application du CCI une année après son élaboration à l’issue de la conférence des bailleurs de fonds internationaux tenue à Washington les 19 et 20 juillet 2004.Les participants ont donc fait le bilan des différents aspects de la première année de mise en œuvre du CCI. Dans son intervention, Hervé Sylvain du bureau du Premier ministre de facto a dressé un bilan, évidemment, global positif, déclarant notamment: «Les bailleurs de fonds qui se sont joints à nous l’année dernière pour élaborer le CCI se sont engagés avec le gouvernement pour apporter les moyens qu’il fallait pour réaliser le CCI qui se donnait pour objectifs spécifiques de restaurer la sécurité, d’assurer une meilleure gouvernance politique pour un meilleur dialogue national, de renforcer la gouvernance économique, de favoriser la relance économique et d’améliorer l’accès aux services de base.». Beaucoup de grands mots, mais moins que rien comme en témoigne la croissance négative. Pourtant, toujours d’après l’enthousiaste et farfelu Sylvain, le Cadre de coopération intérimaire «pose les problèmes, et la façon de les présenter facilite l’identification des solutions à apporter. En outre, tous les aspects devant faciliter l’amélioration des conditions de vie de la population ont été pris en compte». C’est le cas de dire qu’il ne s’écoute même plus parler, il se regarde parler alors qu’il pourrait plutôt regarder autour de lui l’étendue du désastre.
Hervey Sylvain a fait état du décaissement, jusqu’au mois de mars 2005, de 382.180 dollars sur les 1,37 milliards promis au pays dans le contexte du CCI, précisant toutefois que le bilan des fonds décaissés durant les mois d’avril, de mai et de juin n’est pas encore disponible. Une comptabilité à l’image de ce CCI, pourrait-on faire observer. Mais Sylvain salivait quand même sur les éventuels décaissements futurs, indiquant qu’au rythme actuel le pays peut espérer jusqu’à 500 millions de dollars d’ici la fin du mois d’août qui représenteraient un pourcentage avoisinant les 50% du montant total. Pourtant dans son article dans le Miami Herald du 23 juillet, le Premier ministre de facto Gérard Latortue disait avoir déjà reçu 700 millions de dollars. Tout est donc mélangé, ou bien les dirigeants de facto donnent chacun le chiffre qui lui passe par la tête, pour entretenir la confusion sur la nature exacte ou l’usage des fonds en question.
Le comble c’est que c’est sur ces spéculations que Juan Gabriel Valdés, représentant spécial du secrétaire général des Nations unies, jugeait bon de discourir, en vantant cette «accélération» des décaissements par des résolutions prises lors des conférences de Cayenne en Guyane et à Montréal, au Canada, autour du CCI. Valdés disait: «Aux conférences de Cayenne et de Montréal la communauté internationale a réitéré son appui au gouvernement et au processus démocratique engagé. Il a été décidé d’accélérer le mouvement des décaissements dans le procédures de l’aide internationale afin d’appuyer rapidement un certain nombre de projets», soulignant en outre, sans rire, que «l’année 2005 est en définitive une année de grands enjeux pour Haïti».
Mais pour le vice-recteur de l’Université d’Etat (UEH), l’économiste Fritz Deshommes qui participait à la réunion, le CCI est un véritable échec, « les millions débloqués jusqu’ici n’ont aucun impact visible sur l’amélioration des conditions de vie de la population».
Et à son tour, l’ONG internationale OXFAM-Grande Bretagne a produit un document dans lequel elle a relevé de nombreuses failles dans le plan du CCI. Oxfam a dit constater un clivage entre les secteurs sociaux et le gouvernement de facto alors que le processus du CCI est censé être caractérisé par sa nature inclusive et participative. «On affirme que la réconciliation nationale ainsi que le développement local, la décentralisation et une éventuelle diminution de la pauvreté dépendent d’une large inclusion de tous les secteurs de la société dans un processus de création de consensus autour d’agendas sociaux» lit-on dans le document qui souligne que les gouvernements haïtiens et la «société civile» haïtienne ne partagent pas une culture de dialogue mais plutôt d’opposition. Oxfam a aussi vu d’un œil très critique que les personnes engagées dans l’élaboration du plan du CCI sont en majeure partie des étrangers et qu’«il n’existe aucun document du CCI en créole, qui est la langue parlée par la majorité des Haïtiens».