20 Julliet, 2005

July 20, 2005

20 Jiyé, 2005
Vol. 23 No. 19

En dépit du massacre du 6 juillet, à l’appel des militants Lavalas, plus de cinq mille personnes ont investi les rues de Cité Soleil le 14 juillet pour dénoncer le projet des occupants, soutenu par un escadron de la mort au sein de la police, pour éliminer les masses.
Le 6 juillet, la Minustah et la police nationale menaient une opération sanglante dans le quartier populaire de Bois-Neuf à Cité Soleil, où une soixantaine de personnes, parmi elles des femmes et des enfants, ont été abattues, ainsi que le militant Lavalas Emmanuel Wilmé tué chez lui. Depuis ces tueries, la presse dite «indépendante» et certaines organisations qui prétendent défendre les droits de l’homme ont gardé un silence complice, y compris Amnesty International et Human Rights Watch. Ces tueries ont ainsi passé pour un simple fait divers pour ces médias et ces organisations qui se montrent plutôt actives en d’autres lieux.

Cependant, le Comité des avocats pour le respect des libertés individuelles (Carli) a dénoncé pour sa part dans une note de presse le 11 juillet l’utilisation abusive de la force par les autorités pour résoudre le problème de la violence dans le pays, déclarant notamment: «Au cours de l’opération menée par la Police nationale et la Minustah contre Dread Wilmé, le 6 juillet à Cité Soleil, plusieurs membres de la population civile ont été tuées et des dizaines de maisons de familles pauvres vivant dans ce bidonville criblées de balles … De nombreuses femmes, mères de plusieurs enfants, ont exprimé sur des chaînes de télévision leur désarroi, leurs inquiétudes puisqu’elles sont obligées de rester à Cité Soleil faute d’alternative… Il est important de mener la lutte contre la violence, la criminalité, le banditisme et le kidnapping, mais l’usage abusif de la force aveugle est à écarter.»

Une organisation nord-américaine, «Labor Human Rights», dont une délégation se trouvait dans le pays au moment du massacre, a présenté un rapport sur les événements indiquant que de nombreuses maisons, une église et une école ont été atteintes lors de l’assaut des Casques bleus et des policiers. L’organisme a mis l’accent sur le fait que des habitants qui tentaient de fuir la zone ont été abattus, parmi lesquels une femme et ses deux enfants et que d’autres ont été tués à l’intérieur de leurs maisons. Labor Human Rights qualifie de révoltante et condamnable cette manière de conduire des opérations pour mettre fin à la violence.

D’un autre côté, les membres de la macouto-bourgeoisie se sont réjouis de la barbarie déployée par la Minustah. Le néo-duvaliériste Hubert De Ronceray qui dirige le Grand front centre droit (GFCD), a déclaré à ce sujet: «La police nationale et la Minustah auraient dû il y a longtemps intervenir dans cette zone pour maîtriser les bandits (…) C’est dommage que Dread Wilmé ait été tué pendant l’opération, car s’il était capturé vivant il aurait livré ses complices, ses lieutenants et tous ses disciples et la police aurait fait d’une pierre plusieurs coups (…) Je pense que cette opération est incomplète parce que Dread Wilmé est certes mort mais beaucoup d’autres peuvent le remplacer. Il a déjà été remplacé.» Deronceray ne croyait pas si bien dire car, lors des funérailles symboliques de Wilmé, le samedi 9 juillet, les militants Lavalas ont juré de poursuivre la mobilisation pour la désoccupation du pays et le retour à l’ordre constitutionnel.

Quant à Paul Denis de l’OPL, il a félicité la Minustah et la Police nationale, arguant sur les ondes de Radio Kiskeya: «L’opération qui a conduit à la mort de Dread Wilmé était une bonne initiative… L’arrestation de Wilmé aurait été préférable mais comme il était impossible de l’appréhender, disons que c’est une bonne chose ainsi. Il serait important que la Minustah et la Police nationale poursuivent leurs actions contre les foyers où se cachent les bandits.» Peu importe donc pour Denis que des dizaines d’innocents soient tués dans la foulée, tandis que nombre de bandits qui n’ont pas besoin, eux, de «se cacher», peuvent à loisir exposer leur cynisme.

Mais en dépit du massacre du 6 juillet, à l’appel des militants Lavalas, plus de cinq mille personnes ont investi les rues de Cité Soleil le 14 juillet pour dénoncer le projet des occupants, soutenu par un escadron de la mort au sein de la police, pour éliminer les masses. Les manifestants ont fustigé le gouvernement de facto sanguinaire Alexandre/Latortue et exigé le retour du président constitutionnel Jean-Bertrand Aristide. La manifestation a pris fin dans le quartier de Bois-Neuf où Wilmé a été assassiné par la Minustah.

Soulignons qu’avant le début du mouvement et depuis l’aube, les chars d’assaut des Casques bleus s’étaient postés à l’entrée du bidonville en vue d’intimider les éventuels participants à la manifestation, annoncée la veille par la Cellule de réflexion des militants de base de la zone. Les soldats ont tiré, tuant dans la foulée trois enfants âgés respectivement de 9, 5 et 4 ans. L’église catholique Immaculée a été endommagée. Les fusillades ont duré sans arrêt plusieurs heures jusqu’à neuf heures trente dans la matinée. Elles auraient pu s’étendre davantage pour empêcher la manifestation, n’était-ce la réaction des habitants qui, bien que ne possédant pas d’armes à feu, ont riposté en lançant des pierres et des bouteilles en direction des blindés. Devant la détermination de la population, ces derniers se sont retirés de la zone et le mouvement a démarré par la suite.

Le lendemain, à l’occasion de l’anniversaire de naissance du président Aristide, plusieurs centaines de militants et partisans Lavalas du Bélair ont gagné les rues de ce quartier populaire pour manifester leur attachement à Aristide. Ils ont entonné une chanson improvisée: «Tu (Aristide) es jusqu’en Afrique du Sud, mais nous sommes viscéralement attachés à toi. Nous ne t’oublierons jamais. Nous nous mobilisons chaque jour pour ton retour dans le pays.»