20 Julliet, 2005

July 20, 2005

20 Jiyé, 2005
Vol. 23 No. 19
Élections: La machine cale?

On pouvait croire que la visite, il y a une dizaine de jours, du secrétaire général de l’OEA José Miguel Insulza aurait revigoré ledit processus électoral, surtout après les grandes proclamations de celui-ci à cet effet…

On pouvait croire que la visite, il y a une dizaine de jours, du secrétaire général de l’OEA José Miguel Insulza aurait revigoré ledit processus électoral, surtout après les grandes proclamations de celui-ci à cet effet (voir dans notre précédente édition, «L’OEA revient sur les lieux du crime?»). Insulza se prêtait même alors à l’inauguration d’un centre d’inscription, avec tout le tralala nécessaire, comme de couper le ruban et, encore un peu on aurait débouché le champagne!

Suivait l’annonce en fanfare par les membres du Conseil électoral (CEP) de l’ouverture de nouveaux et multiples centres d’inscription d’électeurs à travers le pays. Mais, comme nous avons pu le voir la semaine dernière, la vraie question, ce n’est pas le nombre de centres, c’est surtout les électeurs potentiels qui sont loin d’affluer.

Et non seulement cela, il y a plus grave. En effet, sur un total de 73 partis politiques dits «légalement reconnus», seulement trois: l’Adebah, le FNR, et le PNDT se sont déjà inscrits le 13 juillet au siège central du CEP. Pourtant le temps court, car en annonçant le 7 juillet le lancement officiel des opérations d’inscription à l’intention des partis, le CEP indiquait que cette opération s’étendrait du 11 au 20 juillet. Bon nombre de leaders de ces partis politiques traditionnels en étaient encore à gesticuler sur leur incapacité à se conformer au «décret électoral», allant jusqu’à réclamer un «sursis» en attendant que leurs «membres» retirent leurs «cartes d’identification nationale».

Au fait, près de trois mois après le lancement le 25 avril dernier des inscriptions, aucun des rares inscrits n’est encore en possession de cette fameuse carte d’identification électorale prévue par le décret électoral pour remplacer la carte d’identité nationale.

Pourtant, selon l’article 120 du décret électoral «innové», il est fait obligation aux partis désireux de participer aux élections de déposer, lors de leurs inscriptions auprès du CEP, une liste comportant au moins cinq mille membres avec les numéros de carte d’identification nationale de ceux-ci. Ce décret impose également d’autres exigences, ainsi il est fait obligation aux formations politiques de présenter une liste de quarante mille membres. Si ce n’est pas encore la confusion, voulue ou pas, c’est tout comme. Car comment réclamer aux leaders des partis les numéros des cartes si les citoyens inscrits ne les ont même pas encore reçues!

Mais pour le conseiller électoral Patrick Féquière, les leaders politiques ne seraient pas bien imbus des dispositifs du «décret électoral innové». C’est là encore le monde à l’envers: si les «leaders» (même sans troupes), les premiers concernés par les activités électorales sont ignorants des prescrits du décret électoral, qu’en sera-t-il pour les électeurs?

Féquière se croyait pourtant obligé de se justifier pour le retard dans la livraison de la carte à ceux déjà inscrits, et a fait état de problèmes techniques et économiques, révélant soudainement que la livraison de ces cartes ne pouvait se faire qu’après l’inscription d’un million d’électeurs. Autrement dit: mission impossible. Car, comme nous l’avons vu la semaine dernière (id.), au bout de plus de trois mois on est encore bien loin du compte. Le 13 juillet, le porte-parole du CEP Rosemond Pradel ne convainquait personne en venant raconter l’inscription d’«environ cinq cent mille» citoyens, de retour d’une tournée dans plusieurs villes de province. On ne voit pas comment un tel exploit aurait pu être réalisé alors que la veille, Énergie FM en dénombrait 350 mille et l’Agence France Presse (AFP) «un peu plus de 180 mille». Qui dit vrai? En attendant les cartes ne sont point encore disponibles.

Pour sa part, le responsable du registre électoral au CEP, Pierre Richard Duchemin ne se montre point optimiste, et n’écarte pas la possibilité de la poursuite des opérations d’inscription au-delà du délai fixé. «Vu le retard accumulé, nous sommes en train de travailler systématiquement pour augmenter la cadence d’enregistrement. Pour mettre la pression sur la campagne d’éducation civique, sur la sensibilisation de la population, sur l’implication des partis politiques, sur l’implication de la société civile, pour faire en sorte qu’on ne se retrouve pas en fin du processus d’enregistrement avec un embouteillage, comme ça se passe souvent dans notre pays…»

Inquiétude partagée, semble-t-il par le Premier ministre de facto, Gérard Latortue, qui, face à la catastrophe, avouait: «Je ne me fais pas d’illusion, je suis un gouvernement de facto. Il faut donc des élections pour que des dirigeants légitimes et constitutionnels puissent avoir le contrôle du pays», et il en appelait à tous les secteurs notamment à intégrer le processus électoral.

Mais ses complices, en l’occurrence les leaders qui participent à ce processus, ne lui sont pas d’un grand secours, et se montrent encore plus préoccupés. Ainsi, Paul Denis, le braillard de l’OPL, estimait que le CEP avait trompé les partis politiques pour avoir présenté ce modèle de carte comme étant celui qui pouvait mener à de bonnes élections. «On s’est rendu compte que ce n’est pas le cas», a-t-il lâché. Le KID d’Evans Paul et le Padem de Claire Lydie Parent ont aussi marqué leur pessimisme sur la capacité du CEP à arriver au terme de sa mission. Cette dernière, Lydie Parent, a même fait part d’une question pour le moins curieux: l’exclusion des travailleurs manuels des inscriptions, sous prétexte que les empreintes de ces derniers ne peuvent être prises vu qu’ils utilisent leurs doigts pour leur travail. Lydie Parent devrait faire breveter sa découverte.

Comme on peut le voir, le processus devant conduire à ces élections/sélections s’avère, du début à la fin, un véritable imbroglio. On est à la veille de l’échéance des inscriptions fixée au 31 juillet, et même en continuant à gonfler les chiffres, on est bien loin du «million» d’inscrits, et les partis politiques, alors même qu’ils prétendraient avoir les 40 mille membres, sont dans l’impossibilité de produire les numéros des cartes de cinq mille d’entre eux, etc. Et comme nous le disions la semaine dernière (id.), Insulza aurait bien voulu revitaliser le processus qu’il en doutait lui-même. Ainsi, prenait-il la précaution, de rapporter ce que lui aurait dit le président de facto Boniface Alexandre, qu’en dépit de tout retard, «la seule date véritablement intouchable, c’est le 7 février 2006», voulant dire l’investiture d’un président «constitutionnel». Il semble s’avérer que c’était faire preuve d’optimisme, et là encore le secrétaire général de l’OEA avait prévu la parade, en cherchant un bouc émissaire pour cet échec annoncé. …«Le seul élément, disait-il alors, qui ne serait certainement pas acceptable serait que des groupes minoritaires veuillent empêcher que ces élections puissent se tenir avant la date du mois de février 2006.» De là à lancer la chasse contre ces «minoritaires», qui se trouvent être la majorité, il n’est pas difficile de faire le lien avec la reprise de la campagne de presse contre le président Aristide qui, malgré son exil jusqu’en Afrique du Sud est accusé de tous les crimes et combines de ces messieurs du régime de facto et de leurs complices de la macouto-bourgeoisie qui ont même imaginé à travers leur propre média (Le Matin) que des mercenaires sud-africains se trouvaient en République dominicaine en mission de déstabilisation du régime de facto.