13 Julliet, 2005

July 13, 2005

13 Jiyé, 2005
Vol. 23 No. 18
Visite du secrétaire général
L’OEA revient sur les lieux du crime?

Si nous continuons d’ouvrir des bureaux comme nous sommes en train de le faire (...) nous pourrions très bien arriver à des chiffres tout à fait raisonnables. Ces dernières semaines, le nombre de bureaux ouverts a beaucoup augmenté de même que le nombre d’électeurs enregistrés» a déclaré Insulza, qui a même pris le temps de participer à l’inauguration d’un centre d’enregistrement au siège de la Téléco...

Le nouveau secrétaire général de l’OEA, José Miguel Insulza, est venu faire son tour en Haïti du mardi 5 au jeudi 7 juillet dans le but, comme le disait un communiqué du bureau d’information de la Mission spéciale de l’OEA, «d’apporter son soutien à la transition démocratique et à la réalisation d’élections honnêtes et crédibles durant le dernier trimestre de cette année». «Il faut joindre l’action à la parole. Je serai là-bas, d’abord pour observer la situation personnellement et ensuite, pour apporter mon soutien au travail de la Mission spéciale de l’OEA, particulièrement dans le cadre de sa contribution technique au processus d’enregistrement des électeurs», affirmait Insulza quelques heures avant son arrivée à Port-au-Prince.

Accompagné donc du nouveau secrétaire général adjoint de l’Organisation, Albert Ramdin, de son chef de cabinet Ricardo Dominguez et de la directrice du Bureau pour la promotion de la démocratie Jacqueline Deslauriers, le numéro 1 de l’OEA a eu des entretiens avec le président de facto Boniface Alexandre et le Premier ministre de facto Gérard Latortue, avec des représentants des partis politiques, de la «société civile» et de la communauté internationale, dont le chef civil de la Minustah Juan Gabriel Valdés. En fait, avec tout son monde, sauf avec les véritables électeurs qui ne semblent point intéressés par cette sorte de soutien.

Mais Insulza joue son rôle, et il a eu de longs échanges avec les membres du Conseil électoral provisoire (CEP), sans cependant cacher sa préoccupation concernant le climat de violence à peine trois mois de la date du scrutin. Et là, on a eu du nouveau, car, d’après lui, les élections auront quand même lieu, même si le calendrier établi devra être modifié, suivant ce qu’il avait appris de Boniface Alexandre à qui il l’avait sûrement soufflé. «Le président de la République, déclarait-il, nous a dit que la seule date absolument intouchable est celle du 7 février 2006, pour la transmission du pouvoir; le reste peut être aménagé, adapté. Nous trouvons cela effectivement une bonne idée. Nous ne laisserons pas que la situation de sécurité soit un obstacle à la tenue de ces élections» a donc décrété le secrétaire général de l’OEA, qui assume donc ainsi les «propos» que lui aurait tenus Boniface Alexandre.

Mais jusqu’à présent les électeurs potentiels montrent, dans une énorme majorité encore, beaucoup de réticence à aller s’inscrire pour obtenir la fameuse «carte digitalisée» qui devrait leur donner accès aux urnes ou sinon de permettre à d’«autres» de voter à leur place. Pour l’instant on s’échine surtout à dénombrer les «inscrits», dont le nombre varie d’une estimation dérisoire à une autre. Déjà même les dirigeants du CEP ne savent pas trop à combien s’élève le nombre de personnes en âge de voter, cela va de 4 millions à 5 millions. Ce qui représente une marge d’erreur de 15 à 20 % à tout le moins. Quant aux «déjà» inscrits, certains disent 60 mille, d’autres 160 mille, d’autres encore 150 mille, etc., et pour «simplifier», on parle de «moins de 7% déjà inscrits sur 4,5 millions d’électeurs».

Mais Insulza n’est point découragé pour autant. «Je pense que la date d’octobre pour les élections peut être respectée. Mais il faudra pour cela que les inscriptions puissent se poursuivre, non pas jusqu’en août mais jusqu’en septembre. Si nous continuons d’ouvrir des bureaux comme nous sommes en train de le faire (...) nous pourrions très bien arriver à des chiffres tout à fait raisonnables. Ces dernières semaines, le nombre de bureaux ouverts a beaucoup augmenté de même que le nombre d’électeurs enregistrés» a déclaré Insulza, qui a même pris le temps de participer à l’inauguration d’un centre d’enregistrement au siège de la Téléco, ajoutant: «L’OEA peut être raisonnablement optimiste...» «Optimiste», il peut bien l’être, car son scénario semble déjà bien au point, il ne lui reste plus qu’à tourner le film, surtout que pour le nombre d’acteurs, comme il le dit si bien, il finira bien par atteindre «un nombre raisonnable», qui pourrait correspondre à 200 ou 300 mille, ainsi que le rapportait le journal San Francisco Bay View du 29 juin dernier qui citait un diplomate disant que «la communauté internationale est prête à accepter une élection mobilisant seulement 200 à 300 mille électeurs...» Cela devrait suffire en effet, et les médias de la «communauté internationale» n’auront plus qu’à attendre le moment de la journée où une «longue file» sinon la multitude «se pressera» aux urnes pour filmer et photographier la réussite de José Miguel Insulza et de ses élections.

D’ailleurs, de ces élections l’OEA en a fait son bébé, et c’est même elle, à la toute fin du mois de mai dernier, qui octroyait à la firme états-unienne Cogent Inc., «en tant qu’un élément du renforcement de la démocratie en Haïti», le contrat de 2,5 millions de dollars pour fabriquer les fameuses cartes électorales ou «carte d’identité nationale», un système qui doit servir à «enregistrer 4,5 millions d’électeurs» pour les prochaines élections de cette année. D’après ce contrat, suivant une dépêche de AP du 31 mai, «Cogent installera et fera la maintenance de l’équipement tout comme elle assumera l’entraînement des opérateurs». Notons que la Cogent est une compagnie spécialisée dans les systèmes d’empreintes digitales et que de fait, son équipement pour les élections en Haïti est destiné à enregistrer les empreintes et à créer une banque de données... Banque de données qui ne sera donc pas au service de l’État haïtien, il va sans dire, et d’abord à la disposition de l’Occupation. Une carte «à tout faire».

Au fait, le secrétaire général de l’OEA peut, autant qu’il le souhaite, exprimer sa satisfaction, puisque finalement ce n’est guère la mobilisation populaire qui déterminera l’avenir de ces élections/sélections, mais la manipulation du système informatique. La population n’est point dupe, car en restant chez elle pour ne pas retirer la carte électorale, elle exprime ainsi clairement sa volonté de ne pas faire le jeu des occupants, qui veulent imposer des dirigeants totalement acquis à leur dessein. Mais, même si tout paraît bien ficelé, José Miguel Insulza a quand même émis des réserves, au cas où..., déclarant: «Nous pensons que dans le cadre flexible que nous envisageons, le seul élément qui ne serait certainement pas acceptable serait que des groupes minoritaires veuillent empêcher que ces élections puissent se tenir avant la date du mois de février 2006.» Cependant c’est plutôt la grande majorité qui se refuse à se prêter à sa combine!

Il est bon de rappeler, par ailleurs, le rôle qu’avait joué l’OEA à l’occasion des élections de mai et novembre 2000, lorsque le responsable de sa «commission d’observation électorale», Orlando Marville, avait dans un premier temps vanté leur bon déroulement pour se rétracter ensuite après la victoire écrasante du parti Fanmi Lavalas du président Aristide. C’est cette situation qui allait déclencher cette longue crise politique qui dure encore, que les multiples missions de «bons offices» de cette même OEA, et pour cause, n’ont jamais pu juguler. En fait José Miguel Insulza ne fait que revenir une fois de plus sur les lieux du crime et, sans remords ni repentir, et encore moins de repentance, dans la continuité de ses prédécesseurs, tels que l’ex-secrétaire général de l’Organisation, César Gaviria et l’ex-secrétaire adjoint le Nord-Américain Luigi Einaudi.