29 Juin, 2005

June 29, 2005

Jen 29, 2005
Vol. 23 No. 16

Deux femmes, dont l’une en présence de son enfant, ont été ainsi brutalement frappées à proximité de l’église...

Sur demande de la Conférence épiscopale d’Haïti (CEH), le gouvernement de facto a déclaré ce 27 juin jour férié, «consacré à la prière pour la paix en faveur du pays». Cette journée coïncidait, -et c’était justement le motif officiel de cet appel à la prière, avec la fête de Notre Dame du Perpétuel Secours. A l’occasion de cette célébration, le président de facto et le Premier ministre de facto, Boniface Alexandre et Gérard Latortue se sont rendus au Bélair à la cérémonie religieuse à l’église du Perpétuel Secours.

Très tôt dans la matinée, avant l’arrivée des autorités de facto, un important dispositif de sécurité a été établi autour du quartier. Toutes les unités spécialisées de la Police nationale, appuyées par quatre cents Casques bleus de la Minustah étaient mobilisées à cet effet. Des blindés de l’ONU étaient postés dans toutes les rues conduisant au Bélair. Malgré tout, des tirs nourris à l’arme automatique ont été entendus durant plusieurs heures, et les policiers et les Casques bleus, au lieu de tenter de dénicher les tireurs, s’en sont pris aux passants. Deux femmes, dont l’une en présence de son enfant, ont été ainsi brutalement frappées à proximité de l’église tandis que d’autres passants subissaient des fouilles en règle, en étant forcés de se mettre à plat ventre. Trois autres ont été blessées et plusieurs appréhendées.

Contrairement à l’accoutumée, cette fête patronale s’est déroulée au Bélair sans la participation de la population ni de pèlerins en provenance d’autres lieux. Les portes des maisons étaient closes, les rues vides et les rares passants qui s’y trouvaient se dépêchaient de rentrer chez eux. Mais des photos du président Aristide étaient affichées sur tous les murs, même à l’intérieur de l’église.

Pour ce qui a trait à la cérémonie religieuse, il y a eu deux messes. La première célébrée par l’archevêque co-adjuteur, Mgr Serge Miot, qui a réuni des assistants tandis que la seconde célébrée par le nonce apostolique Mario Giordana pour Alexandre et Latortue et leurs complices s’est déroulée dans une église pratiquement déserte. A l’issue de la cérémonie, la fanfare du Palais national a exécuté, de manière expéditive, l’hymne national. Les autorités de facto ont rapidement repris le chemin du retour au milieu des tirs. Le responsable du cabinet de Boniface Alexandre, Michel Brunache a eu ce commentaire «victorieux»: «Quand les bandits ont appris que le président et le Premier ministre et le gouvernement en général devaient assister à une messe à l’église du Perpétuel Secours, ils ont essayé par tous les moyens d’empêcher que cela se produise. Mais la loi est de notre côté, nous n’avons pas reculé devant les bandits (...) Finalement, cela s’est passé sans incident, sans aucune casse.» Cela dépend pour qui, car les riverains ne sauraient en dire autant.

De leur côté, les habitants du Bélair ont affirmé n’avoir pas participé exceptionnellement à cette fête à cause de la répression systématique exercée contre eux par Latortue, la Minustah et la PNH. L’un des habitants a fait remarquer à ce propos: «Boniface Alexandre et Gérard Latortue ne seront jamais nos amis. Ils sont venus au Bélair par absence de scrupule. Ils n’ont aucune honte. Et pour preuve qu’ils veulent nous exclure, personne parmi la population ne pouvait se permettre d’aller assister à la messe alors qu’ils se trouvaient dans l’église. Quand Aristide était là, c’était tout autrement, Aristide prenait la parole parmi la masse. Il n’avait pas peur du peuple.»

Ironie du sort, cette journée de «prière et de paix» aura servi à Latortue à faire matraquer les gens du Bélair déjà soumis régulièrement aux abus de la soldatesque. S’il fallait illustrer la vieille allégorie du sabre et du goupillon, on n’aurait pas su créer un exemple aussi vivant avec cette visite des charognards sur les lieux de leurs crimes. Et ce ne sont pas ses simagrées de sainte Nitouche qui lui épargneront le mépris des classes populaires qui reprendront les rues pour réclamer le retour à l’ordre constitutionnel.