29 Juin, 2005

June 29, 2005

Jen 29, 2005
Vol. 23 No. 16
Police:
La tutelle étend ses tentacules!

Le Conseil de sécurité étende les forces et le mandat de la Minustah, (...) particulièrement pour que cette dernière assume le contrôle des cinq mille membres de la Police nationale haïtienne...»

La Résolution 1608 adoptée le mercredi 22 juin par le Conseil de sécurité des Nations unies (ONU), autorisant entre autres la prorogation jusqu’au 15 février 2006 du mandat de la Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti (Minustah) et le renforcement des effectifs de celle-ci, aura enfin éclipsé l’hypocrisie dans un autre secteur des forces d’occupation, qui tentent en fait souvent de faire croire que leur présence militaire sur le territoire national serait motivée par la nécessité de venir en aide au «pays le plus pauvre de l’hémisphère».

Cependant, il est plus qu’évident qu’à travers cette nouvelle résolution, les occupants s’approprient officiellement du contrôle des forces de police. En effet, dans les points 5 et 8 du document, le Conseil autorise la Minustah à exercer un contrôle illimité sur la Police nationale d’Haïti (PNH), dont les dirigeants devront désormais se contenter d’un simple rôle d’exécutants: «Le Conseil de sécurité prie (...) le Secrétaire général de lui présenter un plan de réforme de la Police nationale haïtienne, élaboré par la Minustah et par les autorités haïtiennes, indiquant les effectifs prévus, les normes, le calendrier d’application et les ressources nécessaires; (...) réaffirme que la Minustah a le pouvoir de soumettre à des contrôles de sécurité et d’agréer les membres actuels de la Police nationale haïtienne et ceux qui sont sur le point d’être recrutés, et demande instamment au gouvernement de transition de veiller à ce qu’aucun policier haïtien ne puisse exercer ses fonctions sans avoir été agréé et à ce que les autorités haïtiennes tiennent compte, à tous les échelons, et sans retard, des conseils et recommandations techniques formulés par la Mission.»

Une manière non équivoque de réduire toute la hiérarchie de la Police nationale (PNH) à un rôle d’intermédiaires entre la Minustah et les agents de police. Et surtout d’établir une situation de fait, de noyauter toute l’institution, telle que le gouvernement en place. Façon aussi d’avoir la haute main dans les conflits opposant les différents secteurs des classes dominantes, pour faire pencher la balance d’un côté ou de l’autre au gré de la conjoncture...

Les conséquences de ces nouvelles dispositions n’ont pas pris beaucoup de temps à se manifester sur le terrain. En effet, des policiers haïtiens affectés au commissariat de l’aéroport international Toussaint-Louverture ont été nettement humiliés le 24 juin par quelques agents de la police civile de la Minustah (Civpol) qui leur ont refusé l’accès à la cafétéria, à l’intérieur de laquelle ces derniers étaient en train d’interroger un présumé kidnappeur, Jerry Narcius. Pourtant, ce sont les policiers haïtiens qui avaient la veille interpellé ce dernier à Thomassin 53, quartier résidentiel situé dans les hauteurs de la capitale, et l’avaient remis aux agents de la Civpol.

En fait, ce n’est point une surprise, Washington par l’intermédiaire du Conseil de sécurité et du copiste Kofi Annan ne fait que franchir une autre étape du plan de tutelle. Cela ne fait que confirmer «l’avis» du lobbyiste Marc Schneider qui «insistait», comme nous le rapportions la semaine dernière, pour que «le Conseil de sécurité étende les forces et le mandat de la Minustah, (...) particulièrement pour que cette dernière assume le contrôle des cinq mille membres de la Police nationale haïtienne...» (Voir la précédente édition d’Haïti-Progrès l’article: «’Code de conduite’ ou jeu de patience... ?») Quant à savoir si le Conseil de sécurité étendra de jure la tutelle de fait qu’il exerce déjà sur le gouvernement de facto, comme à son tour surenchérissait Jocelyn McCalla (id.) de la NCHR (sigle anglais de la mal nommée «Coalition nationale pour les droits des Haïtiens»), cette étape ne lui serait d’aucun apport, puisqu’il est plus profitable de laisser se pavaner ce Quisling de Latortue, pour rectifier le tir à loisir suivant les circonstances tout en lui attribuant ce qui pourrait passer pour des gaffes. En attendant, cela a l’heur d’apporter des éclaircissements, car la Minustah ne pourra pas lancer la pierre, ordonner ou effectuer des massacres, en cachant sa main.