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Le jeune journaliste Yves Engler, co-fondateur de Action Montréal pour Haïti, qui a régulièrement suivi la situation en Haïti et écrit là-dessus, s’approchait de Pierre Pettigrew, et tout en lui versant sur les mains un liquide rouge, lui lançait en français et en anglais: «Pettigrew lies, Haitians die: Pettigrew menteur, les Haïtiens meurent»
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Comme annoncé, la «Conférence internationale de Montréal sur Haïti» s’est tenue dans ladite ville, au Canada, à l’hôtel Queen Elizabeth, en plein centre-ville, les jeudi 16 et vendredi 17 juin. La délégation du gouvernement de facto était conduite par le ministre de facto des Affaires étrangères, l’ex-général Hérard Abraham et la Minustah était aussi présente avec son chef Juan Gabriel Valdés. Leur hôte, le ministre des Affaires extérieures canadien Pierre Pettigrew ouvrait les «débats» en accueillant son monde en ces termes: «Par cette conférence, le Canada illustre une fois de plus sa résolution à continuer de jouer un rôle de premier plan dans la reconstruction d’Haïti ... En juillet 2004, les bailleurs de fonds réunis à Washington se sont engagés à contribuer pour 1,3 milliard de dollars américains à la mise en œuvre du cadre de coopération intérimaire. Il nous faut déterminer combien a été débloqué jusqu’à présent; identifier les segments du cadre qui ont été mis en œuvre, et surtout, ceux qui ne l’ont pas été. Le Canada est en avance avec plus de 100 millions sur 180 repartis sur deux ans...En matière de sécurité, beaucoup reste encore à faire malgré les efforts soutenus de la Minustah et de la Police nationale d’Haïti. La récente vague d’enlèvements à Port-au-Prince est particulièrement préoccupante. Ce climat de violence doit changer en prévision des élections de l’automne.» Était-ce uniquement pour écouter cela, entendre vanter les contributions passées du Canada, dont on sait qu’elles servent surtout à payer les ressortissants, fonctionnaires et policiers canadiens en Haïti, que tous ces gens avaient fait le déplacement?Certainement pas, car à la suite de la conférence de Washington en juillet 2004 où le Cadre de coopération intérimaire (CCI) avait été officialisé, il y a eu par la suite la réunion de Cayenne du 18 mars dernier, sous le patronage de la France, pour presser prétendument les principaux pays «donateurs» et les organismes internationaux de financement de respecter les engagements qu’ils avaient pris à Washington. Curieusement cette conférence de Montréal s’inscrivait à la même enseigne. Et au lieu d’aboutir à quelque chose de précis sur la matérialisation de ces «promesses», les protagonistes semblaient s’être donné le mot pour parler d’élections et d’insécurité ou de «projets» réels ou imaginaires. Il vaut la peine, pour illustrer cela, d’écouter ce qu’avait à dire l’ex-général Hérard Abraham, qui co-présidait supposément la conférence avec Pierre Pettigrew: «Depuis les réunions de Washington et de Cayenne, récitait Abraham, le rétablissement d’un climat de sécurité sur toute l’étendue du territoire et désormais la lutte contre le kidnapping représentent les principaux objectifs des actions du gouvernement, à côté bien sûr de la réussite de la prochaine rentrée scolaire, la résolution du problème de l’énergie électrique et la création d’emplois rémunérateurs susceptibles d’alléger les souffrances des populations des zones les plus défavorisées.» Au fait, pour le combat contre l’insécurité qui est pour Abraham la répression des quartiers populaires, il sait bien que ses co-conférenciers sont prêts à collaborer à cent pour cent avec lui, mais quant à ses vagues projets d’«emplois rémunérateurs, de résolution du problème d’énergie», etc., car on a fait comme si on ne l’avait pas entendu. Et en effet, au terme de la conférence les bailleurs de fonds ont simplement fait la promesse de réallouer une somme de 30 millions de dollars pour l’exécution des projets à caractère social «identifiés par la délégation haïtienne». À tout le moins, c’est plutôt la question des élections qui est revenue sur le plancher, avec la ministre canadienne de la Coopération internationale, Ailleen Carroll, qui a annoncé que le Canada a consenti de verser 20,5 millions de dollars en faveur du processus électoral haïtien. «Cette somme servira à soutenir l’organisation et la tenue des élections dont 3,5 millions de dollars pour soutenir les efforts d’une mission internationale d’observation des élections en Haïti avec la participation d’Elections Canada», une mission qui sera composée des Etats-Unis, du Brésil, du Chili, du Mexique, du Panama, de la République dominicaine, de la Jamaïque et du Canada. En fin de compte, tout pour les élections, et une grande partie de cette somme qui restera au Canada pour payer «Élections Canada». Et comme prime de consolation pour le régime de facto, Pettigrew reprenait la même antienne éculée: «Nous faisons appel à tout un chacun pour délier les cordons de la bourse et montrer aux Haïtiens que nous sommes là pour aider.» Aider à les réprimer? Comme on peut le constater, les «promesses» de Washington pour le CCI ne se sont point encore matérialisées pour le régime de facto. Et il est certain que tel n’était pas l’enjeu de cette Conférence qualifiée à juste titre de «Conférence de la honte» par les nombreux manifestants rassemblés durant les deux jours devant l’hôtel Queen Elizabeth pour la dénoncer. Et l’on pouvait remarquer, de la rue, des comparses du régime de facto brandir des caméras pour photographier et identifier des patriotes, suivant les bonnes vieilles méthodes duvaliéristes. Sur l’entrefaite, au dernier jour de cette conférence, dans l’après-midi du vendredi 17 juin, le jeune journaliste Yves Engler, co-fondateur de Action Montréal pour Haïti, qui a régulièrement suivi la situation en Haïti et écrit là-dessus, s’approchait de Pierre Pettigrew, et tout en lui versant sur les mains un liquide rouge, lui lançait en français et en anglais: «Pettigrew lies, Haitians die: Pettigrew menteur, les Haïtiens meurent», et d’un seul cri de nombreux journalistes indépendants reprenaient en cœur ce slogan durant plusieurs minutes. Effroi de Pettigrew qui cependant avait plus de honte que de mal, mais ses quatre gorilles fonçaient sur Engler, le terrassaient et lui pressaient la gorge, mais ce dernier arrivait quand même à continuer à crier: «Pettigrew menteur...». Une douche froide s’abattait sur la salle, et même Radio-Canada qui avait voulu ignorer la manifestation à l’extérieur se trouvait obligée de diffuser des images du ministre avec les mains «ensanglantées» des victimes de la Police nationale haïtienne entraînée par les officiers canadiens dépêchés à cette fin en Haïti. Yves Engler, au plus fort de la répression s’était lui-même rendu en Haïti pour le constater. Radio-Canada aura quand même voulu pour sa part désamorcer le contenu politique du geste d’Engler en le traitant d’«hurluberlu», mais peine perdue, car beaucoup d’autres médias couvraient l’événement du jour, et le quotidien de langue anglaise The Gazette, qui avait couvert la manifestation depuis la veille, y consacrait plus de la moitié d’une page dans sa populaire édition du samedi 18 juin. La photo de Pettigrew avec son veston tâché de «sang» y paraît, avec en légende cette réflexion insipide du même Pettigrew qui dit bêtement pour garder contenance: «Et c’est (cette veste) mon Calvin Klein favori» (du nom du grand couturier). Pourtant il devrait pouvoir s’en procurer facilement un autre complet identique, sinon avec ses 200 mille dollars de salaires combinés, mais en demandant à son conseiller Denis Coderre s’il n’y aurait pas d’autres «commissions» disponibles en marge du scandale des commandites et du patronage qui fait l’objet de l’enquête publique menée actuellement par la commission Gomery sur l’implication des élus et membres du Parti libéral et du gouvernement fédéral canadien. Yves Engler a été emmené à un poste de police devant lequel les manifestants se sont rassemblés pour lui exprimer leur solidarité. Le lendemain, alors qu’Engler devait passer en cour par télévidéo, nos compatriotes ont à nouveau été présents. Il a été relâché en attendant de passer en cour pour «avoir troublé la paix» sur plainte de l’hôtel, alors que les autorités enlevaient la plainte initiale d’«attaque à main armée» par peur du ridicule, et surtout pour tenter de dépolitiser cette action militante et ne pas trop laisser la possibilité à l’opinion publique canadienne de trop en savoir sur ce que font leurs dirigeants en Haïti, qui au nom «des droits humains» sont en train de participer aux massacres des masses défavorisées. Mais ce «sang» symbolique répandu sur les mains et le «Calvin Klein» de Pettigrew a déjà fait le tour du Canada et Québécois et Canadiens commencent à se poser plus de questions sur cette situation qui dégénère alors qu’on promettait que 48 heures après le départ d’Aristide tout allait rentrer dans l’ordre. Mais il semble que la tuerie doive se poursuivre...
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