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Gousse serait devenu l’engrenage défectueux du moulin, et en se débarrassant de lui la «communauté internationale» pourrait faire fonctionner la machine répressive avec plus ou moins de «souplesse».
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Le couperet serait tombé, l’homme fort du gouvernement de facto, le ministre de la Justice et de la Sécurité publique Bernard Gousse aurait suffisamment servi, et la «communauté internationale» aura décidé que le temps était venu pour qu’il s’efface? Il a eu le loisir de présenter lui-même sa démission tout en la faisant lire à la radio avant de la faire remettre officiellement à son Premier ministre de facto Gérard Latortue. Mais cela n’a pas dû tromper grand-monde. Presque simultanément, dix membres démocrates du Congrès, dans une lettre datée du 10 juin et adressée à la secrétaire d’État Condoleezza Rice, avaient réclamé son renvoi en ces termes: «L’attitude affichée et les actions posées par le ministre Bernard Gousse accroissent l’instabilité en Haïti et rendront la situation volatile même après les élections», et ils ajoutaient: «Le gouvernement en place est un régime pantin des Etats-Unis et son échec sera celui des Etats-Unis.» Les signataires: William Delahunt et Michaël Capuno du Massachussetts, Major Owens de New York, Julian Carson de l’Indiana, Sherrod Brown et Dennis Kucini de l’Ohio, Neil Abercrombie de Hawaï, Dany Davis de l’Illinois et Zoe Lofgren de Californie invitaient ainsi la communauté internationale à assurer le contrôle de l’appareil judiciaire pour éviter que Haïti reste un Etat en faillite où les Marines pourraient éventuellement intervenir à nouveau, En d’autres termes Gousse serait devenu l’engrenage défectueux du moulin, et en se débarrassant de lui la «communauté internationale» pourrait faire fonctionner la machine répressive avec plus ou moins de «souplesse». D’ailleurs il ne serait pas bien difficile de faire porter le chapeau à ce fort en gueule et de faire semblant de donner un coup de barre à la gestion de facto. Il y a aussi le sort de l’ex-Premier ministre constitutionnel Yvon Neptune, arrêté et incarcéré illégalement depuis un an sous une accusation farfelue et dont le dossier ne va nulle part, et qui continue à alerter l’opinion qui se pose des questions à savoir quelle sorte d’État de droit cette «communauté internationale» est en train de parrainer? À ce sujet, si nous revenons à l’interview, à laquelle nous faisions référence la semaine dernière, que donnait Juan Gabriel Valdés au quotidien Le Matin le 4 décembre dernier, il disait déjà: «... Et il n’est pas acceptable que l’État mette en prison des personnes sans charge! S’il y a un processus judiciaire, alors ce processus doit avancer. S’il n’y en a pas, alors il faut mettre ces gens en liberté» (Le Matin, 4-12-04). Cela faisait déjà six mois que Neptune, Privert, Sò Ann, Mayette, etc. croupissaient en prison sans avoir comparu, et cela fait aussi six mois depuis que Valdés a eu cette entrevue, et tout ce monde est toujours gardé en prison, avec quelques simulacres d’instruction judiciaire... Pour sa part, Gousse aura voulu «expliquer» les raisons de sa démission dans sa lettre à Latortue, écrivant: «Je vous remercie de m’avoir permis de servir au sein de votre gouvernement. Je suis fier d’avoir apporté ma contribution citoyenne au lendemain de l’effondrement d’une dictature», ajoutant avec une audace effrontée qu’il entendait «rester fidèle aux principes pour lesquels je continuerai de combattre, ceux d’un pouvoir judiciaire véritablement indépendant». De bien grands mots mais creux, à défaut de correspondre à de grandes actions. Évidemment, tout le personnel du cirque s’est lancé pour faire son numéro de nationaliste à rabais en pestant contre les parlementaires nord-américains, qu’ils ont feint de croire comme les vrais décideurs dans le renvoi de Gousse. «Il s’agit d’une gifle à la justice haïtienne... Cet affront est une chose mais la faiblesse de notre Etat en est une autre», s’est écrié le bouffon Constantin Mayard Paul. «C’est un Etat en dégénérence que l’on a et ce qui paraît le plus grave est que rien n’est fait au niveau du pouvoir exécutif pour donner un souffle à la justice haïtienne», a renchéri son compère, Anibal Coffy. Les autres vendus à l’impérialisme, les Hubert Deronceray, Victor Benoît et Serge Gilles, etc. se sont mis aussi à parler d’«atteinte à la souveraineté nationale», et Paul Denis de l’OPL de déclarer: «Demander le limogeage d’un ministre de la Justice et souhaiter que la communauté internationale prenne en main le système judiciaire haïtien, c’est trop et c’est assez osé.» Rappelons que tout ce gang se faisait grassement rétribuer par l’IRI (Institut républicain international) pour travailler ensemble à la déstabilisation du gouvernement constitutionnel. L’autre, le chef du KID, Evans Paul, se contentait de qualifier d’«injuste» la position des parlementaires, «de l’ingérence maladroite», découvrait-il! De son côté, le président de la Chambre de commerce et d’industrie (CCIH) Réginald Boulos a commencé par jouer le jeu «nationaliste»: «Je pense que la lettre, disait-il, des congressmen américains est une atteinte à la souveraineté nationale d’Haïti, c’est un scandale...», tout en redevenant «pragmatique», en souhaitant que le gouvernement de facto maintienne les changements envisagés dans l’équipe de sécurité. D’autres pour leur part ont préféré justifier le départ de Gousse, sans trop faire de cinéma comme les précédents. Ainsi, Osner Févry du PDCH, a rappelé que même le président et le Premier ministre de facto se plaignaient que leur principal conseiller en matière de justice était davantage intéressé à une justice revancharde, en raison du nombre élevé de prisonniers politiques qu’il a fait emprisonner sans aucune charge. «Me Gousse devrait avoir quitté le gouvernement longtemps déjà», a-t-il lâché, estimant que c’est un fiasco total où les responsables de la Justice ont interféré comme jamais auparavant, en intimant notamment des ordres aux doyens. Toutes ces déclarations qui ne tirent pas à conséquence, car aucun de ces protagonistes ne serait prêt à jurer que Bernard Gousse serait irremplaçable pour eux, surtout qu’il laisse la place vacante qui pourrait être disponible pour l’un de leurs complices respectifs. Quant à Boulos, il doit bien être satisfait de son côté, étant donné que même comme membre du Groupe des «184», Gousse avait cru pouvoir agir à sa guise sans se rapporter. Mais l’essentiel pour tout ce monde, c’est de donner un nouveau visage au gouvernement de facto, en faisant passer le congédié comme «le plus grand méchant» de la horde. En fait, le départ de Gousse offre une voie de sortie, bien mince et conjoncturelle, pour la «communauté internationale» et pour tenter de blanchir son toujours souriant boy Gérard Latortue.
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