22 Juin, 2005

Jun 22, 2005

22 Jen, 2005
Vol. 23 No. 15
«Code de conduite» ou jeu de patience...?

Mais «code de conduite» ou pas, la «communauté internationale» a ses propres priorités, parmi lesquelles les élections ne viennent pas au premier rang.

En présence du corps diplomatique, du Premier ministre de facto Gérard Latortue, des membres du Conseil des sages et des responsables du Conseil électoral provisoire (CEP), dix-sept formations politiques, pas moins, ont procédé le mardi 14 juin au Karibe Convention Center à la signature d’un «code de bonne conduite électorale», destiné à favoriser «un climat de fair-play et de convivialité» en vue des prochaines - et éventuelles, ajouterions-nous - élections.

«Nous nous engageons à utiliser la voie légale et pacifique d’accès au pouvoir d’Etat et à bannir l’utilisation des armes, l’agression physique, la calomnie, la corruption, et les discours basés sur la discrimination (religieuse, ethnique, sexuelle...) comme instruments de lutte pour le pouvoir» stipule (ironiquement?) le premier article de ce document, élaboré, par la direction de le toujours présent Institut supérieur de formation politique et sociale (ISPOS), et dont la promotion est assurée en grande partie par le gouvernement de Norvège, représenté à la cérémonie par son vice-ministre des Affaires étrangères Vidar Helgesen.

«Le code de conduite électorale est l’expression d’une prise de conscience nationale sur les solutions à apporter aux principaux problèmes du pays par l’organisation d’élections honnêtes, crédibles et démocratiques. Ce document consensuel détermine la volonté des dirigeants des partis politiques d’accepter les conditions susceptibles de permettre au Conseil électoral provisoire (CEP) d’organiser de bonnes élections à la fin de cette année» a déclaré pour sa part Gérard Latortue, qui a affirmé que des dispositions seront prises pour que ces élections se réalisent dans des «conditions de sécurité acceptables» pour que «le transfert du pouvoir puisse se faire normalement le 7 février 2006».


Plusieurs des leaders politiques présents à cette cérémonie ont préféré jouer le jeu, et évidemment exprimé à l’unisson leur «bienveillante» détermination à respecter leur signature qui ne vaut pourtant pas bien cher. Ils n’ont aucun programme, pas d’électeurs pour ces éventuelles élections, et voilà qu’on pense les dispenser de la seule occupation qui leur reste: s’injurier mutuellement. Se retrouvaient aussi parmi eux, deux imposteurs, d’ex-parlementaires Lavalas qui prétendraient toujours représenter le Parti Fanmi Lavalas: Gérard Gilles et Rudy Hériveaux qui n’ont par ailleurs reçu aucun mandat de ce Parti pour ce faire.

De son côté, le directeur exécutif de l’ISPOS, Garaudy Laguerre, le maître d’œuvre en somme de ce solennel document, se gratifiait du travail accompli, tout en indiquant que «le code de conduite électorale est ouvert aux autres partis soucieux d’apporter leur contribution à l’harmonisation du climat politique... La signature de ce code n’est qu’un pas devant l’immensité des défis à relever». Le vice-ministre des Affaires étrangères de la Norvège s’est aussi avancé pour débiter lui aussi son laïus de circonstance, estimant que «la signature de ce pacte démontre, s’il en était besoin, que les leaders politiques haïtiens sont prêts à assumer leurs responsabilités à l’occasion des élections». Il est venu de la Norvège uniquement pour découvrir cela?

Il ne restait plus qu’au chef civil de la Minustah, représentant du secrétaire général de l’ONU, l’oracle Juan Gabriel Valdés, à prophétiser en ces termes: «Ou bien ces élections se tiennent et Haïti sortira de sa situation de trouble. Ou bien elles échouent et Haïti continuera à sombrer dans le chaos.» Valdés a parlé!, pour émettre son diagnostic comme précédemment il le faisait en établissant que «vu son expérience sous Pinochet, il ne voyait pas de persécutions politiques en Haïti». Il faut dire qu’en bon opportuniste, il ne lui aura pas pris beaucoup d’efforts pour chausser les souliers de Pinochet et pour porter ses lunettes, d’autant plus que de sa «hauteur» il ne lui est pas difficile de juger ce qui est bon pour les Haïtiens, à qui il concède cependant une intelligence perverse et une joie morbide (Voir dans notre précédente édition l’article: «Quelle est la priorité de la Minustah?») Et s’il devait choisir, il opterait probablement pour la seconde possibilité, surtout qu’il paraît en savoir un peu plus quant à la tenue de ces élections.

Et en effet, car les inscriptions pour l’obtention de la carte digitalisée devraient s’achever le 30 juillet et, depuis l’ouverture des bureaux il y a deux mois, il n’y a eu que 65 mille inscriptions sur au moins quatre millions d’électeurs potentiels. Et la première étape de ces fameuses élections est fixée pour le mois d’octobre pour les Collectivités territoriales, c’est-à-dire dans trois mois, suivie des législatives en novembre et la présidentielle en décembre.

Mais plusieurs des leaders politiques présents à cette cérémonie ont préféré jouer le jeu, et évidemment exprimé à l’unisson leur «bienveillante» détermination à respecter leur signature qui ne vaut pourtant pas bien cher. Ils n’ont aucun programme, pas d’électeurs pour ces éventuelles élections, et voilà qu’on pense les dispenser de la seule occupation qui leur reste: s’injurier mutuellement. Se retrouvaient aussi parmi eux, deux imposteurs, d’ex-parlementaires Lavalas qui prétendraient toujours représenter le Parti Fanmi Lavalas: Gérard Gilles et Rudy Hériveaux qui n’ont par ailleurs reçu aucun mandat de ce Parti pour ce faire.

Mais «code de conduite» ou pas, la «communauté internationale» a ses propres priorités, parmi lesquelles les élections ne viennent pas au premier rang. D’ailleurs, des lobbyistes utilisés par certains groupes de l’establishment à Washington se chargent bien de «suggérer» les intentions de Washington. Ainsi Marc Schneider du Bureau de Washington de l’International Crisis Group (IGC), dans un rapport daté du 31 mai cité par Inter Presse Service (IPS), presse plutôt pour un contrôle plus étendu et plus étroit de la PNH et une augmentation des forces de la Minustah: «’Nous pensons que le temps s’épuise pour une quelconque transition à empêcher ce pays de devenir un état en faillite permanente’, de dire Schneider, qui insiste pour que le Conseil de sécurité étende les forces et le mandat de la MINUSTAH, ... particulièrement pour que cette dernière assume le contrôle des cinq mille membres de la Police nationale haïtienne (PNH) et ajoute trois mille moniteurs internationaux de police aux 1300 policiers civils de la Civpol déjà sur place’» (M. Schneider: «Spoiling Security in Haiti», cité par IPS, 17-06-05).

Et son alter ego Jocelyn McCalla va même plus loin, déclarant: «Ce n’est pas seulement la force de police qui doit être prise en charge, c’est tout le gouvernement. L’ICG recommande une plus grande prise en charge du gouvernement, tandis que ce qu’il faut, c’est une tutelle de l’ONU et un délai pour réaliser les élections» (id.). La signature du «code de conduite électorale» suffira-t-elle à faire patienter alors les nombreux candidats?