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Au cours du sit-in du 27 mai, les manifestants ont investi en dépit du dispositif de sécurité établi par la police, l’enceinte du ministère du Commerce rebaptisé par eux «ministère de la vie chère»
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Depuis plus d’un mois, plusieurs ONG, comme le Papda (Plaidoyer pour un développement alternatif), Pohdh, Unnoh, des organisations féministes telles que Sofa, Korefanm, persistent à travers des sit-in tenus chaque vendredi devant les locaux du ministère du Commerce à réclamer aux autorités de facto la baisse des prix des produits pétroliers qui conditionnent les prix des transports et des autres produits.Ce mouvement hebdomadaire a débuté à la fin du mois d’avril en soutien apparemment aux syndicats des chauffeurs qui protestaient contre la hausse exagérée du prix des carburants. Les sit-in convoqués par ces organisations se transforment cependant systématiquement en manifestations anti-gouvernementales, avec les protestataires qui en profitent pour dénoncer la bourgeoisie. Ainsi, disait un des manifestants: «Il est anormal qu’un seul et même groupe ait le monopole de toutes les richesses du pays. Une situation qui accentue le phénomène de l’exclusion et crée des frustrations au sein de la classe défavorisée.» Le 19 mai dernier, un représentant de la Pohdh, Jean Charly Evrard, est intervenu au cours d’une conférence de presse sur la réaction des secteurs bourgeois face à ces mobilisations contre la cherté de la vie, déclarant: «Certains intellectuels et des progressistes au sein des secteurs bourgeois ont réagi avec agressivité contre la mobilisation des secteurs populaires. Ainsi cette guenille de Nancy Rock qui, y faisant référence, a parlé de ‘’marxisme poussiéreux’’. Baker (Charles Baker, no 2 du Groupe des «184») quant à lui a traité de ‘’chimères’’ ceux qui lors de la manifestation du Grafneh (Grand front national des étudiants haïtiens) en avaient profité pour crier ‘’à bas la vie chère, à bas l’augmentation des prix des carburants’’. Il y a d’autre part, Réginald Boulos qui aimerait transformer Haïti en une société anonyme…» En effet, ces mobilisations qui finissent au bout du compte par dénoncer la bourgeoisie patripoche n’ont pas eu l’heure de plaire au chef du Groupe des «184», André Apaid, qui s’est donc porté à la défense de sa bourgeoisie le 27 mai sur les ondes de sa station de prédilection, Radio Vision 2000 et, tout en faisant semblant de critiquer le gouvernement de facto qu’il a décisivement contribué à installer, il s’en est pris avec véhémence aux manifestants, et tout en faisant sa profession de foi, leur criait: «Il y a des gens qui reçoivent de l’argent du côté des altermondialistes internationaux, des institutions de l’étranger, donc leur mission c’est de lutter contre l’influence internationale et contre des pays comme le G7, le G8. Et ces gens reçoivent de l’argent et nourrissent un réseau anti-élite économique…» En même temps Apaid semble oublier à quel point il avait distribué de l’argent en provenance de l’étranger à certains groupes pour déstabiliser le gouvernement constitutionnel Lavalas. Par contre, des organismes comme la Sofa et Enfofanm, qui faisaient à l’époque partie de son mouvement, auraient dû y penser bien avant, car que pouvaient-ils attendre d’un gouvernement de facto mis en place par Washington et par cette bourgeoisie qu’ils conspuent à présent? Au cours du sit-in du 27 mai, les manifestants ont investi en dépit du dispositif de sécurité établi par la police, l’enceinte du ministère du Commerce rebaptisé par eux «ministère de la vie chère» où ils ont exposé sur le sol les produits de première nécessité avec leurs prix. Un tableau d’affichage sur les modifications à la hausse des prix de l’essence durant la période 2000/2005 a été également présenté. Camille Charlmers, responsable du Papda, a convié le gouvernement de facto à faire une gestion rationnelle de l’administration fiscale en améliorant les mécanismes de taxation et en révisant à la baisse les prix des produits pétroliers: «Les masses populaires ne peuvent plus tenir avec le coût exorbitant de la vie», a reconnu Charlmers. Pourtant Latortue et Apaid ne leur avaient-ils pas promis que «48 heures» après le départ d’Aristide tout allait être sous contrôle? Les étudiants de la Faculté des sciences humaines (Fasch) ont présenté des scènes de théâtre de rue pour exprimer leur refus de la situation socio-économique et dénoncer les pratiques du gouvernement et de l’élite économique, qualifiant le gouvernement de facto d’«Etat caméléon ou Etat de commission». L’un d’entre eux a même scandé: «On importe tout en Haïti, même le Premier ministre», faisant référence à Gérard Latortue mis en place par le Département d’État des Etats-Unis. Le coordonnateur de l’Unnoh, Josué Mérilien, a déclaré: «Nous restons convaincus qu’il faut une mobilisation de toute la population pour porter les responsables politiques à soulager la misère du peuple». Mérilien devrait procéder à son autocritique, puisque ne s’était-il pas allié avec ceux contre qui il s’en prend maintenant pour renverser le gouvernement constitutionnel du président Aristide qui voulait justement, malgré toutes les difficultés, soulager la misère du peuple? Entre-temps, les autorités de facto, à la suite de plusieurs réunions avec les associations syndicales, ont revu, plutôt symboliquement, à la baisse les prix des produits pétroliers. Mais d’après Charlmers, les réductions sont insignifiantes face à la misère criante qui sévit. Aussi, a-t-il appelé à la poursuite du mouvement hebdomadaire en vue de contraindre le gouvernement à adopter de nouvelles dispositions. D’autant plus que ces réductions ne se sont pas encore répercutées sur les tarifs des transports publics.
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