1 Juin, 2005

June 1, 2005

Jen 1, 2005
Vol. 23 No. 12
Élections: «Un vœu pieux»!

De gauche à droite : Max Mathurin, Gérard Latortue et Rosemond Pradel «chacun tire le drap de son côté… Lorsque dans une cuisine il y a trop de cuisiniers la nourriture risque de ne pas réussir.
Le processus électoral progresse à pas de tortue alors que le Conseil électoral provisoire (CEP) et la communauté internationale prétendent maintenir le cap sur des élections générales pour le dernier trimestre de l’année. En effet, les responsables ont annoncé que jusqu’ici, seulement 40.000 électeurs ont déjà retiré leurs cartes d’identification nationale dans les rares centres d’inscription installés dans le pays. Malgré les déclarations du secrétaire général du CEP, Rosemond Pradel, affirmant que les centres d’inscription électoraux allaient être déployés dans toutes les communes et sections communales d’ici la fin du mois de juin, on comprend mal qu’à ce rythme, les plus de quatre millions d’électeurs potentiels pourront s’inscrire à temps.

D’ailleurs, le responsable des opérations électorales du CEP, Patrick Féquière, lui-même, ne s’en cache pas, et avouait: «Le nombre réduit de citoyens qui se sont inscrits depuis le lancement des opérations constitue une preuve flagrante que les prochaines joutes ne seront pas possibles à la date prévue. Ceux qui laissent croire que l’organisation des élections est possible à cette date savent qu’il s’agit d’un vœu pieux (…) La réalisation des élections risque de n’être possible qu’en 2007 si des mesures ne sont pas prises pour apporter des corrections.»
Le responsable des opérations électorales du CEP, Patrick Féquière, lui-même, ne s’en cache pas, et avouait: «Le nombre réduit de citoyens qui se sont inscrits depuis le lancement des opérations constitue une preuve flagrante que les prochaines joutes ne seront pas possibles à la date prévue.

Venant du chef des opérations électorales du CEP, ces déclarations, «autocritiques» pourrait-on dire, sont tout à fait révélatrices. Rosemond Pradel, quant à lui, essayait de se rassurer ou de ne pas inquiéter les bailleurs de fonds électoraux, sans doute, en évoquant «un ensemble de secteurs et d’agences internationales qui sont impliquées dans cette affaire, mais il n’y a pas effectivement une coordination. En ce sens, je crois qu’il y a une proposition du Canada qui va prochainement présenter un expert pour faire ce travail de coordination. Cela pourrait faciliter la circulation et la gestion des informations». Mais l’expert «blanc» saura-t-il indiquer à l’indigène Pradel comment forcer les citoyens à aller s’inscrire?

Le représentant de l’Union européenne Marcel Van Opstal déclarait bien le 17 mai à l’instar de Rosemond Pradel que «l’heure n’est plus aux tergiversations… Il est parfois dommage que toutes ces entités donnent l’impression d’être fragmentées alors qu’elles ont un objectif commun. Il est temps de se mettre au travail d’une manière correcte, dans un esprit institutionnel pour le bien de l’Etat». Rien de bien précis comme solution, là non plus. Le Premier ministre de facto Gérard Latortue s’y mettait aussi, appelant toutes les instances internationales impliquées aux côtés du CEP à épouser un objectif unitaire pour empêcher que «chacun tire le drap de son côté… Lorsque dans une cuisine il y a trop de cuisiniers la nourriture risque de ne pas réussir. C’est ce drame qui traverse peut-être aujourd’hui le CEP. Trop de gens veulent prétendument venir à la rescousse du CEP, alors que chacun poursuit son propre objectif. Je crois que le CEP doit trouver un moyen pour intégrer toutes ces organisations dans le cadre d’une responsabilité unique et sous un commandement unique». Latortue pour sa part peut bien parler de «trop de cuisiniers», alors que dans son propre gouvernement de facto il ne serait qu’un marmiton.

Toutes ces palabres, ces déclarations velléitaires ne répondent pas pourtant aux préoccupations et constatations du conseiller Patrick Féquière pour qui, dans l’état actuel des choses, «l’organisation des élections cette année est un vœu pieux». Et la communauté internationale ne saurait ne pas l’avoir constaté elle-même…

Ce qu’un militant Lavalas du quartier populaire de Fort-National, Jean Alfred résumait d’ailleurs ainsi: «Les gens ne sont pas prêts à aller aux élections ici. Ils ont besoin de manger et attendent des soins. Les candidats doivent d’abord nous apporter la paix du ventre avant de mériter nos votes. Il sera difficile de convaincre les électeurs des quartiers pauvres de Port-au-Prince de se rendre aux urnes», sans parler de l’exigence prioritaire du peuple haïtien qui reste fidèle à un principe: le retour à l’ordre constitutionnel avec le retour du président Aristide.