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Cet immense rassemblements de patriotes, qui est de l’avis de plusieurs observateurs l’une des plus imposantes organisées par les militants Lavalas depuis le kidnapping et l’exil forcé du président Aristide le 29 février 2004, a pris son essor devant l’église Notre-Dame-du-Perpétuel-Secours…
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Impopulaires même parmi leurs comparses et leurs clients d’hier, les membres du gouvernement de facto s’étaient bien gardé d’organiser une quelconque cérémonie dans la capitale après la traditionnelle et «obligatoire», semble-t-il, visite à l’Arcahaie, berceau de la création du ‘bleu et rouge’ haïtien le 18 mai 1803. C’est dans cette dernière ville en effet que Boniface Alexandre procédait à la laborieuse lecture de son insipide discours face à une assistance clairsemée, convoquée et amenée sur place pour la circonstance (voir Actualité). De retour le même jour à Port-au-Prince, sa «verve» se serait tarie. Il y avait de quoi, car sur place ce sont plus de cent mille manifestants -des estimations conservatrices ont dénombré environ 70 mille- partis d’abord du Bélair, qui ont gagné les rues en ce jour, non pas pour célébrer la Journée du bicolore haïtien, mais pour en profiter pour réclamer que leur drapeau flotte à nouveau dans toute sa dignité avec la fin de l’occupation étrangère et le retour à l’ordre constitutionnel avec le retour du président constitutionnel Jean-Bertrand Aristide. Cet immense rassemblements de patriotes, qui est de l’avis de plusieurs observateurs l’une des plus imposantes organisées par les militants Lavalas depuis le kidnapping et l’exil forcé du président Aristide le 29 février 2004, a pris son essor devant l’église Notre-Dame-du-Perpétuel-Secours, où la traditionnelle cérémonie vodou a été célébrée avant la mise en marche. À noter que, malgré les photos de leurs propres reporters montrant une foule qui se perdait à l’horizon, l’agence Associated Press (AP), reprise évidemment par ses médias abonnés, a trouvé moyen d’estimer le nombre à cinq mille manifestants. De plus, pour comble, AP a dit que c’était «la plus grande» organisée depuis. La plus grande parmi les précédentes, certainement, qui ont toujours compté dès le tout début au moins dix mille manifestants. Et au fur et à mesure de sa progression d’autres militants en provenance de différents quartiers populaires, Cité Soleil, La Saline, Solino, Grand-Ravine, etc., s’y joignaient sans cesse, dénonçant encore et toujours l’occupation militaire du pays. La manifestation a emprunté l’autoroute de Delmas, la route de Nazon et l’avenue John Brown, avant de revenir au Bélair. Accompagnés tout au long du parcours de patrouilles de la Minustah, qui ne se défilaient pas à l’improviste cette fois pour laisser libre cours aux policiers pour tuer, les manifestants ont pu regagner sans trop d’incidents leur point de départ. Ils ont continuellement scandé des slogans hostiles aux autorités de facto, réclamant la libération de tous les prisonniers politiques incarcérés illégalement, la fin des persécutions politiques et de la répression dans les quartiers populaires, et encore et encore le retour physique du président Aristide comme seule condition pour la tenue d’élections. Agitant des drapeaux et des photos du président Aristide, ils ont déambulé au rythme de la musique populaire rara qui donnait encore plus de force à leurs protestations, et surtout déclaré vouloir prouver au monde entier leur détermination à lutter contre l’occupation et à recouvrer leur souveraineté et leur drapeau souillés par les bottes de l’impérialisme. L’ex-député Lavalas du Cap-Haïtien, James Desrosin a en cette occasion dénoncé les leaders politiques de l’ancienne opposition au président Aristide, dont l’intransigeance, l’ambition et l’avidité ont conduit le pays à l’occupation étrangère. «Nous venons apporter notre solidarité aux masses populaires qui mènent une bataille en faveur du respect de la Constitution du pays et de la souveraineté populaire. Nous disons: il faut que le président Aristide revienne au pays pour finir son mandat. Il faut que les prisonniers politiques soient libérés. Il faut que la répression et l’intimidation cessent dans les quartiers populaires. Car seul le retour du président Aristide peut favoriser un véritable dialogue national et l’organisation de bonnes élections» a clamé Desrosin. Pour sa part, le curé de la paroisse Sainte-Claire, le père Gérard Jean-Juste, présent lui aussi, a salué le courage du peuple haïtien en cette période difficile, rappelant en l’occurrence les durs sacrifices consentis par nos ancêtres pour nous léguer cette patrie. «Le 18 mai charrie beaucoup de souvenirs; nos ancêtres se sont unis pour nous laisser ce drapeau. Un drapeau qui symbolise la liberté et la fraternité» a déclaré le père Jean Juste, qui a remercié les dirigeants de l’African National Congress (ANC) et l’actuel président de l’Afrique du Sud, Thabo MBeki, pour leur engagement en faveur du retour de la démocratie en Haïti. «Nous demandons le retour du président Aristide»! Cependant, même si la manifestation aura pu se dérouler comme prévu, la protection de la Minustah n’aura pas dissuadé des sbires du gouvernement de facto de se placer en embuscade pour effectuer des tirs sur des manifestants. Ainsi, grâce au journaliste Kevin Pina, de nombreuses vies ont pu être épargnées. Quand il remarquait ces policiers en noir embusqués et l’arme sur la détente, Pina braquait sur eux sa caméra. Il devait même, curieusement si on veut, être menacé par un Casque bleu brésilien de la Minustah qui l’a photographié à bout portant après la manifestation tout en lui lançant, comme il l’a rapporté: «Je m’en vais remettre cette photo à la police haïtienne, de façon à ce qu’elle s’occupe de vous.» Curieux, mais pas étonnant, car c’est à leur corps défendant que les chefs de la Minustah offrent une protection aux manifestants, car le scandale de leur complicité passive et active avec la répression commence à faire du bruit (Voir par exemple la brève note du magazine Marianne reproduite dans ces pages). D’autant plus que cette protection n’a point été suffisante, à défaut d’une véritable mise en garde, pour dissuader les bandits en noir de commettre quand même quelques meurtres. Ainsi Samuel Joseph a été criblé de balles alors qu’il venait de laisser la manifestation, près de chez lui, au coin de la rue Saint-Martin et du boulevard Jean-Jacques-Dessalines, à Cité Soleil, pour rentrer chez lui retrouver sa femme et ses deux enfants. Suivant un porte-parole des manifestants, «Effectivement c’est la police qui a tiré sur les gens. Nous n’étions pas à une position où nous pouvions identifier la plaque d’immatriculation du véhicule, mais nous pouvons confirmer qu’il s’agissait de policiers vêtus de noirs et portant des cagoules. Nous les voyons toujours venir assassiner les fils du peuple. Cependant, notre manifestation a été pacifique et la Minustah nous a accompagnés» a indiqué John Joël Joseph. Et ce n’est pas la première fois que les policiers en noir procèdent de cette façon, se faisant plus «discrets» pour ne pas compromettre leurs parrains dans la Minustah. C’est de cette façon qu’avait été abattu Frantz Gauthier, alors qu’il rentrait chez lui à la suite de la grande manifestation du 28 février dernier. Les tueurs du CIMO (Unité spéciale de la police portant des habits noirs), armés par les Etats-Unis, la France et entraînés par le Canada, fonctionnent comme les escadrons de la mort, repérant leurs victimes pour aller les attendre devant chez elles. Ce ne serait pas par hasard, donc, si Gérard Latortue choisissait l’exemple de la Colombie pour dire que malgré le climat d’insécurité des élections peuvent se tenir actuellement en Haïti. On connaît l’action de ces groupes qui ont fait des dizaines de milliers de morts dans ce pays. Deux autres manifestants allaient encore tomber en ce jour-là. La «communauté internationale» ne peut pas cacher le sang d’innocentes victimes qu’elle a sur les mains, sans parvenir toutefois à faire taire le peuple des bidonvilles et les autres véritables démocrates qui exigent le retour de leur gouvernement constitutionnel.
Haïti : La vérité cachée
Si peu après le 29 février 2004, une fois son travail de désinformation terminé, la grande presse a littéralement tourné le dos à Haïti, n’empêche que la vérité de ce qui s’y passe actuellement arrive lentement mais sûrement à faire son chemin. Bien sûr on n’attendra pas qu’elle nous vienne du correspondant du quotidien parisien Le Monde, Jean-Michel Caroït. Et c’est sans doute l’étonnement face au silence actuel de l’intéressé si actif autour du 29 février 2004, qui aura porté l’hebdomadaire français Marianne à s’interroger en ces termes: «Les Etats-Unis et la France sont intervenus en Haïti pour y renverser le président Aristide et rétablir l’ordre et la stabilité. Le bilan? La Commission interaméricaine des droits de l’Homme vient, dans un rapport, de l’établir: la violence s’est encore aggravée en Haïti depuis le départ d’Aristide. Elle a fait 600 morts depuis septembre 2004. ‘La sécurité, note le rapport, s’est considérablement dégradée. Des groupes illégaux, des gangs et d’autres personnes non autorisées ont en leur possession des milliers d’armes. Quant aux droits de l’Homme, ils sont systématiquement violés: ainsi, 90 % des personnes détenues n’ont fait l’objet ni d’un jugement ni d’une condamnation.’ Question: quelle radio ou quelle télévision a fait état d’une telle situation, conséquence d’une intervention américano-française?» («Haïti. La vérité cachée», Marianne, No 420, 7 au 13 mai 2005).
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