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Notre Premier ministre, Yvon Neptune. Il continue la grève de la faim. Combien de temps pourra-t-il survivre, nous ne savons pas. C’est donc l’occasion de demander à chacun qui peut faire quelque chose de ne pas hésiter, parce que c’est une question de vie ou de mort. Nous devons lui sauver la vie.
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Au début de ce mois de mai, dans le programme «Democracy now», la journaliste Amy Goodman diffusait sur les ondes d’une chaîne publique aux Etats-Unis une interview exclusive du président constitutionnel d’Haïti Jean-Bertrand Aristide, réalisée avec ce dernier en Afrique du Sud. Nous vous présentons la traduction de la transcription, qui a été faite de cet entretien en quelque sorte assez exhaustif sur les événements, depuis le kidnapping du 29 février 2004 jusqu’aux conditions de l’incarcération illégale de «notre Premier ministre Yvon Neptune». Le texte se passe d’introduction et nous l’offrons à nos lecteurs, comme promis la semaine dernière. Il est d’autant plus important en ce moment même, où certains s’érigent en «intermédiaires» auto-proclamés, alors que le peuple haïtien, lui, fort de maintes expériences, et qui a déjà connu et connaît dans sa chair la sanguinaire répression, ne recule point sur les principes, réclamant le retour à l’ordre constitutionnel et du président qu’il a élu: Jean-Bertrand Aristide.
Amy Goodman: Le président Aristide a finalement obtenu asile en Afrique du Sud où il vit à présent. Je l’ai rejoint hier pour la première interview radiodiffusée à l’échelle nationale dans ce pays (USA) depuis qu’il est en Afrique du Sud. J’ai commencé par l’interroger sur la situation du Premier ministre renversé Yvon Neptune.
Jean-Bertrand Aristide: C’est très triste ce que nous avons appris au sujet de notre Premier ministre, Yvon Neptune. Il continue la grève de la faim. Combien de temps pourra-t-il survivre, nous ne savons pas. C’est donc l’occasion de demander à chacun qui peut faire quelque chose de ne pas hésiter, parce que c’est une question de vie ou de mort. Nous devons lui sauver la vie.
A. Goodman: Pouvez-vous nous dire ce que vous pensez qui peut être fait?
J. B. Aristide: Je pense que c’est - la mobilisation à travers le monde, si je peux m’exprimer ainsi, au sens où il nous faut beaucoup, beaucoup de voix pour se mettre à l’unisson des voix en Haïti. Le peuple haïtien veut la vie et non la mort. Il veut la paix et non la violence. Il veut la démocratie et non la répression. Ainsi le Premier ministre Yvon Neptune et So Ann et des centaines d’autres qui sont en prison, il leur faut à tous cette mobilisation. Quel que soit celui qui peut dire quelque chose, faire quelque chose, s’il vous plait faites-le, parce que le peuple haïtien en ce moment même attend votre aide.
A. Goodman: La semaine dernière le chef de la division des droits humains de la mission de paix de l’ONU, Thierry Fagart, a dit que le traitement fait à Neptune est illégal. Le secrétaire général en exercice de l’Organisation des États américains a déclaré que le cas comportait de sérieuses implications morales et politiques pour le gouvernement haïtien et pour la communauté internationale, et cependant le gouvernement haïtien a accusé Neptune d’être le maître d’œuvre du présumé massacre de membres de l’opposition au cours des dernières semaines de votre présidence. Que pouvez-vous y répondre?
J. B. Aristide: Il est clair que c’est illégal ce qu’ils essaient de vendre. Quand nous écoutons des voix dire, comme je viens de le dire, que c’est illégal, quand ils croient que peut-être ceux qui refusent de le libérer commenceraient à faire quelque chose, mais nous ne les voyons pas bouger, c'est pourquoi j’en appelle à une mobilisation générale, une mobilisation pacifique pour les amener finalement à commencer à se pencher sur cette situation. Vous arrêtez quelqu’un, comme ils l’ont fait avec le ministre Privert, So Ann et tant d’autres - ils sont des centaines à être incarcérés - il n’y a pas de base, pas de base légale pour cela. Mais ils les mettent en prison parce qu’ils ont du pouvoir, les armes, l’appui des États-Unis, de la France, du Canada, de quelques autres. Et ils continuent leur chemin, sur la même voie que l’année dernière quand ils m’ont kidnappé; c’était illégal. De la même façon ils maintiennent notre Premier ministre en prison, même si ce dernier est sur le point de mourir, c’est illégal. Mais ils ne se préoccupent pas de cela. Je pense donc vraiment que c’est une question de vie ou de mort. Il nous faut beaucoup de voix pour rendre publique la vérité et voir si finalement ils arriveront à se soucier afin qu’il ne meure pas.
A. Goodman: Le secrétaire général en exercice de l’OEA a proposé la formation d’une commission comprenant un juriste haïtien, un juriste international et un expert médico-légal international pour rompre l’impasse dans le cas de Neptune. Approuveriez-vous cela?
J. B. Aristide: Oui, parce que nous recherchons qu’on se préoccupe de sa situation pour lui apporter l’aide afin de lui sauver la vie. Mais combien de temps? Combien de temps? C’est là la question. Combien de temps? Au moment où nous sommes en train de parler là, qui sait combien de temps il lui reste à vivre? En conséquence tout ce que nous pouvons faire, nous devrions le faire, ne pas attendre cette initiative, que nous ne rejetons pas, mais y apporter ce que nous pouvons. Je pense que c’est vraiment crucial.
A. Goodman: L’enquêteur des Nations unies, Louis Joinet, a dit à l’Agence Reuters croire que le massacre en question pour lequel Yvon Neptune est accusé était en réalité une confrontation entre des forces pro et anti-Aristide. Que répondez-vous au sujet de ce présumé massacre à Saint-Marc?
J. B. Aristide: Bien, comme je l’ai déjà dit, ils ne font que mentir, en essayant de mettre l’emphase sur ce prétendu massacre que nous ne pouvons voir nulle part, parce qu’il n’existe pas. Et ils continuent à le garder en prison, et maintenant il est sur le point de mourir, de sorte que pour comprendre ce qui se passe dans le cas de Yvon Neptune, je pense qu’il est aussi nécessaire de le mettre dans le contexte global. Celui-ci est clair. Le peuple haïtien a voté pour la démocratie, et puis l’année dernière ils ont retiré le président élu, de façon illégale, évidemment. Ils n’ont jamais tenu l’enquête pour prouver que ce qu’ils avaient fait était légal, puisqu’ils ne peuvent pas le prouver. C’est illégal. Et ils continuent à violer nos lois, le droit international, pour garder l’ONU en Haïti. Même l’ONU en Haïti est en quelque sorte impliquée dans les violations des droits humains quand ils apportent leur appui à la police qui tue des gens ou quand ils ne protègent pas la vie de tout citoyen en particulier. Bien que nous sachions clairement ce que dit la Déclaration universelle des droits de l’Homme, mais nous ne voyons personne à travers l’ONU qui va dans cette direction. Ainsi des centaines de gens sont en prison. Ils ont déjà tué plus de 10 000 personnes. Et tant d’autres qui doivent se cacher ou en exil. C’est pourquoi je disais que mettre la situation d’Yvon Neptune dans le contexte global aide les gens à comprendre que ce qui se passe maintenant, c’est avec l’utilisation des armes, en imposant la violence contre la démocratie, contre les principes, contre la loi, ainsi il nous faut beaucoup de gens qui mettent leurs voix ensemble et fassent cette mobilisation, une mobilisation pacifique, pour voir si finalement ceux qui doivent faire quelque chose le feront, par exemple, en libérant notre Premier ministre, So Ann, les centaines d’innocents qui sont en prison, etc.
«Les manifestations du peuple haïtien…doivent être écoutées»
A. Goodman: Président Aristide, au cours de l’une de vos rares conférences de presse en Afrique du Sud, quel message avez-vous alors voulu lancer au monde?
J. B. Aristide: Le message était très simple et très clair à mon avis. Nous avons dit que nous devons revenir à l’ordre constitutionnel, et pour cela nous avons quatre étapes. La première est que les milliers de lavalassiens qui sont en prison et en exil doivent être libres de rentrer au pays. Deuxièmement, la répression qui a déjà tué plus de 10 000 personnes doit immédiatement cesser. Troisièmement, alors il doit y avoir un dialogue national. Et finalement, de libres, honnêtes et démocratiques élections doivent être organisées dans un environnement où l’immense majorité du peuple haïtien ne soit ni exclue ni réprimée, comme cela a été le cas jusqu’à nos jours. C’était cela le message.
A. Goodman: Président Aristide, vous avez aussi dit que la violence politique en Haïti est un holocauste Noir. Est-ce que ce sont là vos mots, et qui pensez-vous qui est en train de la perpétrer?
J. B. Aristide: Oui, comme je l’ai dit, les manifestations pacifiques continuelles pour réclamer mon retour et la restauration de l’ordre constitutionnel doivent être écoutées, et le racisme ne devrait pas poursuivre un holocauste des Noirs en Haïti, où des descendants africains ont proclamé leur indépendance il y a 200 ans. C’est clair et net. Quand il y a eu le commerce transatlantique des esclaves, ce sont des millions de personnes que nous avons perdues. Pour certains ce nombre est proche des 12 à 13, même 15 millions de personnes qui ont été transportées de l’Afrique vers l’Amérique, les Caraïbes, etc. Pour d’autres (…), mais en tout cas, nous savons que plus de 13% de ces gens mouraient durant la traversée. Ce qui signifie que nous avons perdu des millions de vies humaines. Si de ce jour-là à aujourd’hui nous continuons à perdre des gens, il est évident qu’il s’agit d’un holocauste noir. À présent ceux qui m’ont kidnappé et qui continuent à soutenir ces criminels tandis qu’ils sont en train de tuer des innocents, tandis qu’ils gardent Yvon Neptune dans cet état, il est évident qu’ils poursuivent l’holocauste des Noirs. Les États-Unis, la France, le Canada et tant d’autres devraient faire quelque chose pour réparer, si possible, ce qu’ils ont fait. Parce que ce qu’ils on fait est un crime. De la même façon que l’esclavage est un crime contre l’humanité, de même ce qu’ils font aujourd’hui contre le peuple haïtien, c’est aussi un crime. Et tout cela nous pouvons l’inscrire dans le processus de la poursuite d’un holocauste des Noirs en Haïti.
«Leur coup est un échec»
A. Goodman: Que s’est-il passé au cours du coup d’État de l’année dernière et quel a été le rôle des Etats-Unis?.
J. B. Aristide: Ils formaient la force la plus importante dans le coup d’État. De même aujourd’hui, s’ils veulent renverser cette décision, ils le feront. Ils sont la superpuissance dans le monde, nous le savons bien. De notre côté, nous avons toujours dit non à la violence, oui à la paix; non à la violence, oui à la démocratie. Nous avons voté pour la démocratie. Nous avions en marche un processus démocratique. Ils l’ont stoppé en utilisant la violence. Et à présent c’est un échec. C’est un échec puisque après une année, si vous avez dépensé autant d’argent, si vous avez armé des trafiquants de drogue, des criminels, des condamnés, d’ex-soldats à la frontière de la République dominicaine et d’Haïti, et de là vers Haïti, où ils ont créé tant de problèmes, tué tant de gens, et jusqu’à cette date ils continuent à faire ce travail comme s’ils n’avaient pas déjà été condamnés par le système judiciaire, etc. Les États-Unis ont clairement une responsabilité majeure pour partir de cette violence vers la paix, de cette violence vers un processus démocratique. Et je pense, comme je l’ai dit, dès qu’ils le voudront, ils le pourront, car ils ont la possibilité de le faire. Leur coup est un échec.
A. Goodman: Président Aristide, vous avez fait référence à votre renversement, le 29 février, comme d’un kidnapping moderne au service d’un coup d’État appuyé par les États-Unis. Pouvez-vous nous dire ce qui s’est passé ce jour-là? Pouvez-vous nous dire si vous maintenez encore cette déclaration?
J. B. Aristide: Ce que j’ai dit je le maintiens, parce que c’est la vérité. Les détails, je les ai déjà consignés dans un livre. La date de la publication je ne peux pas vous la dire, car cela ne dépend pas de moi. Mais le livre a déjà été écrit et quand il sera publié, les gens auront l’occasion de voir ces détails dans le livre.
A. Goodman: Pourquoi un kidnapping, et quel a été le rôle des États-Unis? Alors que vous survoliez l’Atlantique, quand la délégation vous ramenait vous et Mme Aristide dans l’hémisphère occidental, à la Jamaïque, vous avez décrit le No 2 de l’ambassade des États-Unis arrivant chez vous et ensuite vous emmenant à un avion avec des militaires et des agents de sécurité américains. Pouvez-vous élaborer là-dessus?
J. B. Aristide: Bon, je pense que en tant que bonne journaliste, vous avez demandé la même question d’une façon différente. Et je m’excuse de ne pouvoir vous donner ces détails, qui sont déjà écrits dans mon livre. Et comme je l’ai dit, les gens verront le livre et ils auront la réponse.
A. Goodman: Nous disposons de rapports qui sont sortis disant que le gouvernement des États-Unis, - et le gouvernement des États-Unis l’a admis, avait donné des armes à Haïti l’année dernière. Pouvez-vous nous parler de l’histoire de l’embargo et quelle est votre réponse à cela?
J. B. Aristide: Bien, c’est comme ce que nous lisons dans la Déclaration universelle des droits de l’Homme. Ce ne sont que des mots, des mots vides pour certaines personnes. Par exemple, la Déclaration universelle des droits de l’Homme, Article I, dit: «Bonke abantu bazalwa bekhululekile belingana ngesithunzi nangamalungelo», ce qui signifie: «Tous, nous sommes nés libres, égaux, avec dignité, devant la loi, etc.» Mais pour eux je ne pense pas que cela signifie la même chose, car ils font ce qu’ils veulent parce qu’ils sont la superpuissance. Cette même Déclaration universelle des droits de l’Homme établit clairement: «Sonke siyalingana phambi komthetho», «nous sommes tous égaux devant la loi». Mais il semble que non, que ce soit différent pour eux. Quand vous avez des armes, de l’argent, quand vous êtes puissant ou une superpuissance, vous faites ce que vous voulez. Vous vous foutez de la loi, parce que violer la loi, c’est pour ceux qui n’ont pas d’argent ou des armes (…) Ils violent la Déclaration universelle des droits de l’Homme. C’est cela la question.
En conséquence quand ils donnent ces armes-là à ces gens, c’est pour détruire notre démocratie. Nous étions en train de construire un État de droit, et ils donnent des armes à des individus pour empêcher Haïti d’avoir un État de droit. Et c’est comme s’ils nous disaient qu’ils sont supérieurs, et que les Noirs sont inférieurs, donc les Noirs ne peuvent pas avoir de démocratie, alors qu’eux ils sont en train de prêcher la démocratie ou la liberté. Ils disaient que les Noirs ne devraient pas avoir de démocratie. Et quand nous plaçons cela dans une perspective historique, nous pouvons tout à fait comprendre. En 1804, les Noirs, descendants des Africains, luttèrent pour la liberté, et ils sont devenus libres. De ce jour à maintenant nous continuons à payer pour rien. Nous devrions être vus comme un exemple, car nous avons combattu pour la liberté et la liberté pour chaque être humain individuellement. Que vous soyez blanc ou noir, riche ou pauvre, nous nous soucions de vous car vous êtes un être humain. Donc liberté pour vous, liberté pour nous, liberté pour nous tous. Mais de leur côté je ne pense pas qu’ils voient les choses de cette façon. Vous êtes Noir, vous ne devriez pas voir, comme une référence, votre liberté. Pendant 200 ans ils n’ont fait que cela, et en 1904 la France a refusé de voir Haïti célébrer les premières cent années de son Indépendance. Ils ont fait pire, alors qu’Haïti se préparait à célébrer 200 ans d’indépendance; c’est une affaire raciste, c’est très clair. Très clair.
«Ceux qui croient aux principes…»
A. Goodman: Pendant votre mandat comme président, il y avait un embargo général sur les armes que vous avaient imposé les États-Unis. Le «Graduate Institute of International Studies», dont le siège se trouve à Genève, a fait paraître un sondage sur les armes individuelles montrant que des milliers de fusils, un million de munitions avaient été livrés aux Haïtiens - le gouvernement haïtien actuel. Que savez-vous de John Bolton en tant que sous-secrétaire pour le contrôle des armes au Département d’État? Que savez-vous de son implication là-dedans, cet homme dont la nomination est actuellement contestée comme ambassadeur des Etats-Unis aux Nations unies?
J. B. Aristide: Bon, je suis heureux que Maxine Waters, membre du Congrès, ait présenté une note dans laquelle elle demande au Sénat d’enquêter sur cette question, alors que M. Bolton détenait cette responsabilité, et en violation de leur propre embargo, d’envoyer davantage d’armes en Haïti pour tuer plus de gens; c’est nettement l’application en sens contraire de ce qu’exige la Déclaration universelle des droits de l’Homme. De notre côté, nous avons fait de notre mieux pour créer un environnement pacifique, pour protéger les droits de chaque citoyen alors que notre police n’avait pas d’armes… Mais nous nous sommes arrangés pour sauver des vies. De leur côté, de toute évidence, en envoyant plus d’armes en Haïti, c’est non seulement une violation de leur propre embargo imposé à Haïti, c’est aussi une façon pour le gouvernement de facto, qui a déjà tué plus de 10 000 personnes en un an, de continuer à tuer davantage. En conséquence il s’avère qu’il est temps de voir ceux qui croient dans les êtres humains; ceux qui croient aux droits humains; ceux qui croient aux principes, à la justice, d’élever leurs voix ensemble pour dire: «Non, ça suffit.» Comment imaginer qu’hier et aujourd’hui à travers le monde, des millions de gens célèbrent la fin de la Seconde Guerre mondiale, qui s’achevait il y a 65 années? C’est grand. En Zoulou, nous dirions, oui, c'est grand. […] Ce qui veut dire que vous irez loin si vous allez de la paix vers la paix. […] Mais de leur côté je ne pense pas qu’ils le voient sous cet angle. C’est une célébration, oui, mais non pas parce qu’ils se soucient des êtres humains. Quand les êtres humains vous tiennent à cœur, vous faites de votre mieux pour ne pas réprimer et ne pas laisser réprimer et ne pas armer non plus pour réprimer. Vous respectez la loi. Si vous avez commis une faute, vous la corrigez. Ils ont commis une erreur il y a de cela une année avec le kidnapping. Au lieu de la rectifier, nous ne les voyons pas aller dans cette direction. Souhaitons pour le moment, par exemple (…) , et qu’en écoutant la voix du peuple haïtien, ils feraient quelque chose pour sauver la vie de notre Premier ministre, non pas parce qu’il est notre Premier ministre, mais parce qu’il est un être humain, illégalement arrêté, incarcéré et presque à l’article de la mort.
A. Goodman: Président Aristide, le prêtre bien connu en Haïti, le Révérend Gérard Jean-Juste, qui a été lui-même emprisonné, mais récemment relâché, a réclamé la démission de hauts fonctionnaires du Département d’État des États-Unis qu’il a accusés d’aider à armer le gouvernement intérimaire en Haïti, y compris l’assistant secrétaire d’État Roger Noriega. Vous joignez-vous à sa demande?
J. B. Aristide: Je respecte son appel. Seul président élu de mon pays, je ne pouvais m’imaginer qu’un président étranger m’imposerait sa position pour me dire quoi faire pour révoquer untel ou untel; est-ce pourquoi je préfère dire que pour respecter les États-Unis et leurs autorités, je souhaite que leurs autorités commenceront par respecter Haïti, la loi d’Haïti, le peuple haïtien, et aussi par faire quelque chose à présent pour sauver des vies, par exemple la vie de notre Premier ministre parce qu’elles ont leur propre responsabilité dans le coup d’État. Sans le coup nous n’aurions pas eu tant de gens en ce moment même proches de la mort ou en prison ou bien en exil. Étant donné que cela les concerne, qu’elles ont leurs propres responsabilités, peut-être que maintenant elles comprendront que l’heure est venue de corriger l’erreur qu’elles ont commise.
A. Goodman: Président Aristide, les médias continuent à rapporter que vous avez quitté la présidence, que vous êtes parti volontairement. Votre réponse?
J. B. Aristide: C’est faux. Faux. Faux, point. Comme vous pouvez l’imaginer, même les États-Unis, après la résolution qu’ils ont prise l’année dernière pour procéder à cette investigation, ils ne l’ont jamais faite. Et les Nations unies non plus, ainsi que la CARICOM la réclamait; 15 pays l’attendent toujours et de notre côté nous savons qu’ils ne peuvent pas justifier ce qu’ils ont fait, parce que c’est totalement illégal. Supposons maintenant qu’ils veulent agir autrement. Ils le feront s’ils le veulent. Je souhaite de tout cœur qu’ils commencent à s’en rendre compte: (a) ils ont fait une erreur, (b) c’est un échec, (c) trop de personnes ont été tuées, (d) Assoyons-vous, non pas pour dire que nous ne recherchons pas un succès, tout le monde veut avoir un succès, donc ils voudront l’avoir. Nous pouvons le comprendre. Nous sommes des êtres humains. Le problème est: corrigeons l’erreur. Sortons de cet échec pour aller vers un succès collectif en mettant fin à cette tragédie, car le peuple haïtien attend cela. Il gagne les rues quotidiennement de façon pacifique. Bien qu’on l’accuse d’être violent, il continue à prouver qu’il est non violent en réclamant mon retour, la restauration de la démocratie, la libération par le régime de facto des prisonniers, dont notre Premier ministre, So Ann et les autres. Souhaitons que finalement ils verront la lumière au bout du tunnel, car il est temps.
A. Goodman: Président Aristide, l’année dernière le gouvernement des États-Unis, le secrétaire d’État le général Colin Powell, ont dit vouloir vous poursuivre pour corruption. Votre réponse?
J. B. Aristide: Ils mentent, et ça a toujours été leur stratégie, que d’essayer de mentir pour éviter le fond de la question. Le fond de la question, c’est l’erreur qu’ils ont faite, la violation de nos droits, et il s’agit de partir de leur échec pour aller vers la démocratie. Nous avons fait référence précédemment à la Deuxième Guerre mondiale, où nous avons perdu environ 60 millions de personnes, sans oublier celles que nous avons perdues lors de la Première Guerre. En Haïti où nous n’avons pas de guerre mondiale, nous avons déjà perdu plus de 10 000 personnes. Donc ce n’est pas le moment de mentir pour faire diversion; c’est le moment de se concentrer sur cette question qui doit être axé sur l’être humain, sur la vie, sur la démocratie, sur la liberté, sur nos 200 ans d’indépendance. Nous avons le droit de célébrer la liberté. Nous avons le droit de vivre en paix. Nous avons le droit en tant qu’êtres humains de vivre dans un pays libre. C’est cela le point central. Et par-dessus tout, la vie de notre Premier ministre, Yvon Neptune.
«Tout moun se moun»
A. Goodman: Le gouvernement des États-Unis vous a par ailleurs critiqué disant que vous appuyiez les gangs armés, les Chimères, qui attaquaient vos opposants et la presse.
J. B. Aristide: Bon, c’est une accusation sans fondement, une fausse accusation. De fait, comparons ce que nous avions durant ma présence au Palais national à ce que nous avons depuis le kidnapping. C’est le jour et la nuit. Ils ont déjà tué plus de 10 000 personnes. Pouvez-vous imaginer Cite Soleil, où les gens ont besoin de nourriture, non pas de violence; où les gens ont besoin de travail, d’emplois, non pas de violence? Et il y a des tanks qui encerclent Cité Soleil, comme si c’était un camp de concentration. Mon Dieu, pouvez-vous imaginer ce que nous avons au Bel-Air? Pouvez-vous imaginer ce que nous avons dans tant de quartiers populaires, des zones pauvres où ils continuent à tuer des gens alors que ces derniers ne font que réclamer le respect de leurs votes? Ils ont voté pour la démocratie, comme nos ancêtres avaient combattu pour notre Indépendance en 1804. Nous n’avons qu’à reconnaître qu’ils sont des êtres humains. Tout être humain est un être humain. En zoulou, -nous l’avons dit plus haut- , «Sonke siyalingana phambi komthetho», ce qui est clairement exprimé dans la Déclaration universelle des droits de l’Homme. Ce qui signifie que nous sommes tous égaux devant la loi. Donc sur la base que nous sommes égaux en tant qu’êtres humains, voyons ce que nous pouvons faire au lieu d’accuser des personnes qu’on ne veut pas considérer comme des êtres humains, comme ils le font, alors que ce sont des êtres humains, ce sont des êtres humains. Nous devons respecter leurs droits. Ils ne sont pas violents. Ils font face à la violence venant de ceux qui m’ont kidnappé, qui utilisent des armes pour les tuer pour pouvoir continuer sans cesse à mentir afin de faire diversion.
«Nous reviendrons… »
A. Goodman: Poursuivant notre émission nationale exclusive avec le président Jean-Bertrand Aristide, nous lui avons parlé de l’ex-directeur de la Police nationale haïtienne, Jean Nesly, qui a plaidé coupable cette semaine dans un tribunal de Miami à des accusations de blanchiment d’argent du narcotrafic.
J. B. Aristide: Si nous parlons de démocratie, nous parlons de principes, nous parlons de la loi. Si nous parlons de la construction d’un État de droit, bien sûr nous faisons référence à la loi, aux principes et à un système judiciaire qui doit en assumer la responsabilité. Je pense que cette question concerne la justice. Souhaitons que justice sera rendue de ce côté. En Haïti, souhaitons que nous irons de leur violence imposée sur le peuple haïtien vers la démocratie, le retour de l’ordre constitutionnel à travers quoi nous continuerons à bâtir un État de droit.
A. Goodman: Président Aristide, est-ce qu’on peut faire un parallèle entre le coup d’État du 29 février et celui d’il y a 10 ou 13 ans qui vous a renversé une première fois comme président en 1991?
J. B. Aristide: Oui, d’un côté nous voyons les mêmes mains de 1991 quand nous avons eu le premier coup que dans celui-ci, c’est-à-dire 2004. Nous voyons les mêmes mains derrière le coup. Mais, malheureusement, cette fois nous voyons les Nations unies en Haïti. Nous n’avions pas cela en 1991. Quand je suis retourné en 1994 avec les Nations unies, bien sûr, ensemble nous avons fait de notre mieux pour protéger les droits humains. Nous avons fait de notre mieux pour améliorer la qualité de vie en fournissant la sécurité aux gens. Cette fois-ci les Nations unies sont là seules à violer leurs règles internes et à être manipulées pour affronter le peuple au lieu de le protéger. Parfois les Nations unies essaient de faire quelque chose pour protéger les gens en offrant une sorte de sécurité. Mais très rarement. Habituellement elles n’accompagnent pas le peuple qui manifeste de façon pacifique. Ainsi elles ont laissé l’espace ouvert aux bandits, soûlards, trafiquants de drogues, repris de justice, ex-militaires pour venir tuer les gens, et c’est arrivé très souvent ou trop souvent. Je pense justement que le coup de 1991 et celui de 2004 nous placent clairement dans un environnement où nous ne voyons pas la loi, mais nous voyons la violence, le sang versé, des gens tuant des gens, ce qui est déplorable. Ce n’est pas ce dont nous avons besoin. Ce qu’il nous faut c’est d’aller d’élections en élections, non pas de coup d’État en coup d’État. De 1991 à 2004 nous sommes allés, à nouveau, de coup d’État en coup d’État, c’en est trop, parce que 32 coups d’État en 200 ans d’indépendance, c’est bien trop. Nous voulons marcher d’élections en élections. Mais il y a nettement une petite minorité en Haïti avec ses alliés des pays étrangers; de concert, ils avaient dit non aux élections, parce qu’ils savaient que dès qu’ils devraient respecter la volonté du peuple d’une manière démocratique à travers des élections démocratiques libres et honnêtes, par la suite ils ne pourraient plus continuer à vivre dans un pays où ils ne paient pas de taxes, où ils ont encore le mur de l’apartheid, où ils pourraient continuer à considérer le coup d’État comme s’il n’y avait pas des êtres humains, etc. Il est temps de revenir à l’ordre constitutionnel, pour continuer à bâtir un État de droit en Haïti, où nous devons aller d’élections en élections. D’élections libres, honnêtes et démocratiques en élections libres, honnêtes et démocratiques, non pas de coup d’État en coup d’État
A. Goodman: Pourquoi pensez-vous que les États-Unis voulaient vous voir partir d’Haïti?
J. B. Aristide: Je pense qu’ils peuvent répondre à cette question. Je peux deviner, mais je préfèrerais les voir répondre eux-mêmes. Rien qu’un exemple. Pour ceux qui connaissent Haïti, ils comprennent ce que je veux dire. Pour ceux qui ne connaissent pas Haïti, ils peuvent sans doute avoir une idée de cette tragédie. Haïti, où vivent actuellement environ huit millions d’habitants, est un endroit où il y a 1,5 médecin haïtien pour 11 000 Haïtiens, donc 1,5 médecin haïtien pour chaque 11 000 habitants. Devant ce tableau, c'est déjà grave, parce qu’il vous faut plus de médecins et non moins. On nous a imposé un embargo économique. Depuis l’époque de mon prédécesseur, j’avais dénoncé cet embargo. En dépit de cet embargo économique nous avons œuvré de façon à dépenser l’argent du peuple pour l’éducation, la santé. C’est pourquoi nous avions le plus beau, le plus grand campus là où nous avions l’école de médecine, en Haïti. Nous pouvions le faire parce que nous nous soucions de l’être humain. Investir dans les soins de santé, en éducation, c’est ce que nous avons voulu. C’est ce que nous voulons pour notre pays. Dès que les États-Unis sont. arrivés avec leurs soldats en Haïti, après m’avoir kidnappé, qu’ont-ils fait? Ils ont installé leurs soldats sur le campus, fermé les portes, et les centaines d’étudiants en médecine qui étaient là, ils ne pouvaient plus rester sur ce campus pour étudier afin de se mettre un jour au service de leur peuple comme médecins.
Je donne donc ce simple exemple, qui est bien clair, pour dire que sans doute les États-Unis ont un plan et que j’en ai un autre. Le mien c’est d’investir dans la santé, en éducation pour mon peuple. Le leur, peut-être, c’est de nous empêcher d’avoir des soins de santé, nous empêcher d’avoir plus de médecins, plus d’écoles, plus d’universités. Je respecte leur choix, mais je ne peux pas embrasser ce genre de choix où au lieu d’être au service des gens nous pavons la voie pour la mort, comme ce qui arrive à mon Premier ministre, comme c’est déjà arrivé pour des milliers d’autres, comme cela peut arriver à ceux qui sont en prison. Ainsi il est temps pour eux de voir qu’ils ont commis une erreur, pour qu’ils la corrigent, et que nous allions de l’avant ensemble. C’est ce qui est arrivé lors de la Seconde Guerre mondiale. Ils avaient fait une erreur, c’est pourquoi le monde a perdu plus de 60 millions de personnes. Mais ils se sont arrêtés pour dire non, assez c’est assez. Allons maintenant de la violence, de la guerre vers la paix. Et cela s’est fait. Donc si cela pouvait arriver pour le monde entier, pourquoi pas pour Haïti? Sans doute est-ce parce qu’en Haïti nous sommes des Noirs et que le racisme empêche certaines personnes de comprendre que les Noirs sont vraiment des êtres humains? Souhaitons que cela se fasse.
A. Goodman: Avez-vous rencontré le président de l’Afrique du Sud, Nelson Mandela?
J. B. Aristide: Je n’ai pas compris la question. Pourriez-vous répéter, s’il vous plaît?
A. Goodman: Avez-vous rencontré Nelson Mandela?
J. B. Aristide: Oui, nous nous sommes rencontrés.
A. Goodman: Et de quoi avez-vous parlé, et qu’est-ce qu’il vous a dit?
J. B. Aristide: Bien, ce n’était pas la première fois. Nous avons commencé à nous rencontrer avant qu’il ne devienne président du pays, et nous continuons à nous voir, ce qui signifie que quand nous nous voyons nous avons des conversations privées, donc il n’est point nécessaire pour moi de dire publiquement ce que nous partageons en privé. En substance je dois dire qu’il est la même grande personnalité humaine au cœur ouvert pour embrasser l’être humain, le soutenir, comme il continue malgré la distance à soutenir le peuple haïtien.
A. Goodman: Retournerez-vous en Haïti?
J. B. Aristide: Oui, je dois y retourner. C’est une question de temps.
A. Goodman: Lors du premier coup d’État, vous êtes retourné comme président et vous aviez achevé votre mandat. Vous pensez faire la même chose cette fois-ci?
J. B. Aristide: Oui, cela peut survenir à n’importe quel moment. Imaginons le fait que ceux qui ont commis l’erreur se rendent compte que, bon, si nous la corrigeons nous ne projetterons pas une image de faiblesse, mais d’être grands au lieu d’être petits, bons au lieu d’être mauvais. Supposons qu’ils décident maintenant de corriger l’erreur, qu’arrivera-t-il? Nous aurons un dialogue. Nous aurons une discussion. Nous aurons un compromis où personne ne tentera de jeter le blâme sur les autres, mais où tout le monde trouvera un genre de solution normale et acceptable afin de sauver la vie. Et je crois bien qu’aussi longtemps que nous serons des êtres humains, il sera encore possible d’aller de l’obscurité vers la lumière. Quand nous allons de l’obscurité vers la lumière, cela ne signifie pas que nous sommes moindres qu’avant. Cela veut dire que nous sommes plus que nous ne l’étions avant en termes de croissance, de croissance humaine. Donc tout ne depend pas de moi; de mon côté j’ai toujours été ouvert au dialogue, respectueusement ouvert au dialogue. Je suis encore respectueusement ouvert au dialogue, souhaitant que dès que les intéressés l’auront décidé, Haïti aura un meilleur avenir, nous aurons la lumière en lieu et place de l’obscurité, la paix au lieu de la violence, l’avenir au lieu de l’impasse, comme c’est le cas à présent.
A. Goodman: Avez-vous l’intention de vous présenter à la Présidence à nouveau?
J. B. Aristide: Ma Constitution m’interdit de briguer un troisième mandat et je respecte ma Constitution.
A. Goodman: Mais vous pourriez retourner durant ce mandat pour le terminer, comme vous l’avez fait après le premier coup d’État?
J. B. Aristide: Comme je viens de le dire, nous parlons d’êtres humains, nous pouvons souhaiter qu’ils se rendent compte qu’il vaut mieux corriger la faute qu’ils ont commise au lieu de s’y tenir parce que c’est un échec. Ainsi je souhaite simplement que cela aura lieu au sens qu’ils se rendront compte qu’il est temps de corriger cette faute. Et je ne l’ai peut-être pas mentionné assez explicitement, mais les Nations unies, ce qui signifie aussi notre commune Organisation, elles y perdent beaucoup de crédibilité. En conséquence même pour la crédibilité des Nations unies, ce serait une bonne chose que de corriger cet échec, parce qu’elles, aussi, sont en train de perdre beaucoup trop de crédibilité dans cette affaire.
A. Goodman: Est-ce que vous êtes en communication avec le secrétaire général de l’ONU Kofi Annan?
J. B. Aristide: Pas de façon directe.
A. Goodman: De façon indirecte?
J. B. Aristide: Oui.
A. Goodman: Et à qui parlez-vous, et sur quoi portent ces conversations?
J. B. Aristide: Elles sont privées.
A. Goodman: Ëtes-vous en communication avec le gouvernement des États-Unis?
J. B. Aristide: Pas avec le président.
A. Goodman: Qui alors?
J. B. Aristide: C’est quelque chose de privé, de diplomatique, et je ne pourrais pas en parler comme on le voudrait en public.
A. Goodman: Communiquez-vous avec l’actuel Premier ministre haïtien, Gérard Latortue?
J. B. Aristide: Je ne sais pas s’il y a un Premier ministre haïtien. Je sais qu’il y a un gouvernement de facto avec quelqu’un qui est considéré comme le Premier ministre, et je suis ouvert pour parler avec ceux qui parmi eux le désirent, pour mettre fin à leur échec. Donc une fois qu’ils l’auront décidé cela se matérialisera car j’ai toujours été ouvert, je suis ouvert et j’ai la responsabilité de l’être au nom de mon peuple qui m’a élu. Ils sont en train de mourir dans les rues, chez eux, des innocents sont en train de mourir. De sorte que le président élu doit être toujours ouvert, libre de parler aux personnes qui veulent apporter une solution à cet échec, qui est l’échec de ceux qui ont mené le coup d’État.
A. Goodman: Que pensez-vous que le président Bush devrait faire?
J. B. Aristide: Je pense - Je n’ai pas ce désir de penser pour quelqu’un d’autre. Je pense que c’est mieux pour lui, s’il veut, de dire ce qu’il veut, mais ce n’est pas à moi de deviner ce qu’il veut et de parler en son nom.
A. Goodman: Voudriez-vous que les États-Unis cessent d’envoyer des armes en Haïti?
J. B. Aristide: Bien sûr. Car c’est une question de violation des droits et aussi de plus d’armes qui serviront à tuer plus de gens. La vie m’importe beaucoup. Bien sûr, je ne souhaite pas qu’ils continuent à envoyer davantage d’armes aux tueurs pour tuer plus de gens. Je ne veux pas.
A. Goodman: Un dernier mot, Président Aristide, pour ceux qui regardent et écoutent cette émission aujourd’hui, alors que vous parlez à partir de votre lieu d’exil, en Afrique du Sud.
J. B. Aristide: Mon dernier commentaire peut être exprimé à travers ces mots. Merci à vous, chère Amy Goodman, et à tous ceux qui vous ont aidé à créer cette occasion pour moi pour répondre à vos questions et aussi faire écho à la voix du peuple haïtien particulièrement aujourd’hui où nous sommes si triste quand nous pensons à la vie de notre Premier ministre. Ensuite, je souhaite à toutes les mères mes meilleurs vœux, puisque hier nous avons célébré la fête des Mères. Et je connais beaucoup de ces mères qui sont tristes, elles souffrent quand elles pensent à So Ann, qui est aussi une mère, et à leurs fils et filles, elles sont tristes quand elles pensent à leurs maris, leurs parents et amis qui sont en prison, en exil ou dans le maquis. Ainsi je leur souhaite du courage, parce que plus nous avons du courage, plus nous le partageons, plus nous continuerons à lutter, lutter pour la liberté, lutter pour la démocratie, lutter pour les droits humains. C’est ce que nous avons à faire, et c’est un devoir. Si nous maintenons la voie de la paix, de la non-violence, nous gagnerons, parce que la paix doit être le chemin qui nous conduira à la victoire. Et de l’amour de tout mon cœur à tous nos amis, parce que nous avons beaucoup d’amis qui aiment Haïti, qui essaient de faire de leur mieux pour aider le peuple haïtien. Bien sûr, en partageant cet amour, c’est une des façons pour moi de leur exprimer mon profond respect et aussi de leur renouveler mon engagement pour marcher avec tous afin de bâtir, lentement mais sûrement, une civilisation d’amour.
(«Democracy now, 5-05-05. Traduit de l’anglais par nous.)
(Pour acheter une copie audio ou vidéo de ce programme en entier, appeler le (800) 881-2359.)
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