25 Mai, 2005

May 25, 2005

25 Me, 2005
Vol. 23 No. 11
Fête du drapeau:
Désaffection à la «célébration» du gouvernement de facto!

Le véritable rassemblement était dans la capitale, où la plus grande manifestation jamais vue depuis une année était en cours, non pas pour célébrer le drapeau, mais pour réclamer le retour de l’ordre constitutionnel, le retour du président constitutionnel Jean-Bertrand Aristide pour justement recouvrer la souveraineté et fêter véritablement le drapeau national.

Le 18 mai, fête du Drapeau national dont c’était le 202ème anniversaire, le gouvernement de facto a voulu faire dans la tradition. En effet, le président de facto Boniface Alexandre, son Premier ministre Gérard Latortue et son cabinet ministériel et le corps diplomatique s’étaient donc rendu à l’Arcahaie pour marquer cette date. Mais à part leurs accompagnateurs venus avec eux de la capitale, il n’y avait pas grand-monde à la cérémonie officielle organisée dans cette ville. Peu de gens en effet sont disposés à écouter les élucubrations souverainistes de Boniface Alexandre tandis que depuis le coup d’État et le kidnapping du président Aristide le 29 février 2004, des forces étrangères sous couvert de l’ONU, la Mission des Nations unies pour la stabilisation d’Haïti (Minustah), occupent le pays, non seulement en participant avec la Police nationale (PNH) à la répression, mais en se livrant à des abus au gré de leur soldatesque.

Mais le ridicule n’est pas fait pour arrêter les pitoyables élans de Boniface Alexandre, qui était là pour faire un discours, et il s’y mettait en lisant péniblement sa copie, en racontant à sa façon son histoire du Drapeau: «Il convient de rendre hommage au concepteur de notre drapeau notamment à l’héroïne nationale Catherine Flon qui nous ont légué ces deux bandes bicolores ‘noir et rouge’, motif de notre liberté de peuple et plateforme de ralliement autour de l’idéal commun, drapeau qui est devenu par la suite ‘bleu et rouge’.» Nous ne reprendrons pas ici l’histoire de la création du drapeau national qui a été officialisée à l’Arcahaie le 18 juillet 1803 et telle que rapportée par les historiens dont Thomas Madiou, contentons-nous de dire que, si controverse il y aurait, Boniface Alexandre a, lui, tout à l’envers. Tous s’accordent pour reconnaître que ce jour-là, c’est le ‘blanc’ du drapeau français qui a été retranché, et que par la suite, après l’Indépendance, Dessalines prit le ‘noir et le rouge’ comme «drapeau de l’Empire».

Mais, poursuivait Boniface Alexandre, toujours aussi éhonté: «Aujourd’hui, il s’agit de sauvegarder l’héritage de nos ancêtres, préserver notre présent dans la dignité et surtout assurer un avenir à nos enfants…Si l’unité de nos ancêtres leur avait permis d’aboutir à l’indépendance, l’unité aujourd’hui nous rendra notre fierté et notre dignité.» Des mots creux, et même pour sa maigre assistance, y compris les représentants de ses tuteurs de la «communauté internationale», son bouillon est déjà devenu bien fade. C’est de notoriété publique que le gouvernement de facto n’est qu’un appendice du Département d’État des Etats-Unis qui a choisi ses dirigeants après le coup d’État. Et tout récemment, l’hebdomadaire CaribNews tenait à le rappeler. À l’occasion de l’offensive menée par les États-Unis pour avoir la tête du secrétaire général des Nations unies Kofi Annan qui, pour une fois, avait osé les critiquer en disant tout simplement que «l’invasion de l’Irak était illégal parce qu’elle n’avait pas été entreprise en conformité avec la Charte de l’ONU». Les ambassadeurs de la Caricom aux Nations unies d’un commun accord pressaient alors leurs pays respectifs d’émettre une déclaration en appui à Annan, et CaribNews déplorait à ce sujet qu’«il n’est pas clair quelle position prendrait Haïti puisque, comme on le dit, Washington dirige virtuellement le gouvernement de Port-au-Prince» (CaribNews, 8-14 déc. 2004). Rien n’a changé depuis, et c’est même pire avec l’ambassadeur des Etats-Unis James Foley et la Minustah qui dictent leurs ordres à Gérard Latortue et à son ministre de facto de la Justice Bernard Gousse.

La preuve en est, qu’en cette journée qui devrait être consacrée au Drapeau, dans son discours, Boniface Latortue se devait de s’étendre sur les élections que la «communauté internationale» exigerait à tout prix pour le dernier trimestre de cette année. Et il reprenait les mots des tuteurs, exprimant sa (leur) préoccupation pour ces élections qu’il (ils) considère (nt) comme «un défi de taille» à relever parmi tant d’autres, en exhortant à faire le «bon choix» en ces termes: «Votre choix ne doit pas être uniquement émotionnel, mais aussi réfléchi, rationnel. Vous devez exiger de vos futurs dirigeants des visions, des idées basées sur des études concrètes, c’est à ce prix qu’on aura une bonne gouvernance.» Comme les candidats en lice n’ont aucun programme, et que les électeurs potentiels ne se pressent point aux bureaux d’enregistrement, on devine que ce «bon choix réfléchi et rationnel» sera laissé à la discrétion de la «communauté internationale».

De toutes façons, le gouvernement de facto se retrouvait seul à «célébrer», et la bande d’abrutis rassemblés pour écouter le plus illustre d’entre eux le faisait comme un groupe de rusés crétins obligés d’aller en classe. Le véritable rassemblement était dans la capitale, où la plus grande manifestation jamais vue depuis une année était en cours, non pas pour célébrer le drapeau, mais pour réclamer le retour de l’ordre constitutionnel, le retour du président constitutionnel Jean-Bertrand Aristide pour justement recouvrer la souveraineté et fêter véritablement le drapeau national.

D’ailleurs, Mgr Serge Miot, archevêque co-adjuteur de Port-au-Prince, qui présidait une cérémonie religieuse à l’Arcahaie, rappelait courageusement dans son homélie le sentiment général: «C’est avec la mort dans l’âme que nous nous remémorons les événements des fondateurs de notre patrie commune. Nous n’avons pas fait honneur aux héros nationaux. Nous avons trahi la cause et ne méritons pas de la patrie. Nous avons livré le sol sacré à des forces étrangères et les vrais Haïtiens se sentent en pleine occupation.»