18 Mai, 2005

May 18, 2005

18 Me, 2005
Vol. 23 No. 10
Des tuteurs décidés mais point d’électeurs?

13 avril’ arrivée de la mission du Conseil de Sécurité des Nations Unies. «Ces élections devront se tenir à la date prévue. Elles devront être libres et justes, ouvertes à tous les partis politiques qui ont renoncé à la violence, et permettre la participation la plus large possible de la population… »
Devant le Conseil de sécurité des Nations unies réuni le 13 mai à New York autour du rapport de la mission conduite par lui en Haïti du 13 au 16 avril, l’ambassadeur du Brésil Ronaldo Sardenberg a souligné dans sa conclusion que «la tenue d’élections au cours de cette année est le défi majeur pour les Haïtiens et la communauté internationale. Elles sont essentielles pour la formation d’un gouvernement légitime ».

Peu importe donc pour Sardenberg les conditions dans lesquelles ces élections seront effectuées. Le représentant permanent de la France, Jean-Marc de la Sablière, disait pour sa part: «Ces élections devront se tenir à la date prévue. Elles devront être libres et justes, ouvertes à tous les partis politiques qui ont renoncé à la violence, et permettre la participation la plus large possible de la population. Afin de relever ce défi immédiat pour les Haïtiens, il convient de renforcer la sécurité…»

Le représentant du gouvernement de facto à l’ONU, Léo Mérosé, acquiesçait en prétendant en ces termes: «Le gouvernement de transition, qui oeuvre au rétablissement de l’autorité de l’Etat sur toute l’étendue du territoire, est résolu à organiser des élections avant la fin de l’année et remettre le pouvoir à un gouvernement élu.» Pour ce faire, estimait l’ambassadeur du Canada, Allan Rock, qui se trouvait aussi dans le pays à la mi-avril parallèlement à Sardenberg à la tête d’une délégation du groupe consultatif ad hoc sur Haïti du Conseil économique et social (ECOSOC), «la communauté internationale doit offrit son soutien à long terme à cet effort».

Cependant, tandis que tout ce monde dicte sa volonté, légifère même sur ces élections, comme s’ils s’évertuaient à y croire à toutes forces pour évacuer leurs doutes, sur le terrain c’est autre chose. D’abord même le conseiller électoral Patrick Féquière trouvait bon d’ironiser presque sur la désorganisation qui règne avec le renvoi du personnel expérimenté. Et dans un communiqué de presse l’Observatoire haïtien des droits électoraux (OHDE) s’est déclaré inquiet quant au déroulement normal du processus électoral, tenant compte de la confusion, de l’incohérence et de l’insécurité généralisée dans lesquelles le CEP et la communauté internationale ont lancé le 25 avril aux Gonaïves l’inscription des électeurs. D’après l’OHDE, le CEP court vers la catastrophe.

Le dirigeant de l’OPL dans le Sud, Pierre Saul Destiné avouait pour sa part que la population de cette région n’a pas été sensibilisée au préalable sur la question de la carte électorale alors que le processus d’inscription y est déjà lancé, disant: «Les gens ne savent pas qu’ils peuvent aller se faire enregistrer dans le BED (bureau électoral départemental). Ils ne sont pas au courant parce que tout se fait en catimini.»

Le responsable des opérations électorales du CEP, le conseiller Patrick Féquière, n’a pas été moins critique. Il s’est interrogé sur la compétence de ses pairs et imputé la paralysie de la machine administrative à la révocation d’un certain nombre d’employés affectés à la direction des opérations électorales et à la comptabilité.

Malgré le désordre régnant au CEP, un accord de financement portant sur un montant de 13 millions de dollars a été signé le 12 mai entre le gouvernement de facto, le PNUD (Programme des Nations unies pour le développement) et le CEP. Le budget électoral initial qui était de 44 millions de dollars est désormais passé à 60 millions. Par ailleurs, l’Union européenne a promis de décaisser 80 millions de dollars, selon son représentant, Marcel Van Opstal. Le gouvernement de facto, de plus en plus insatiable, recherche encore d’autres sources de financement. Malheureusement, dans ce cas-ci par exemple, l’argent n’est point le seul «nerf de la guerre», il faut des électeurs et ces derniers ne semblent point se presser aux bureaux d’enregistrement. «Le défi de la communauté internationale» ne paraît pas devoir être relevé «dans l’immédiat».