11 Mai, 2005

May 11, 2005

11 Me, 2005
Vol. 23 No. 9

Ceux qui ont procédé au kidnapping du président Aristide tombent aussi sous le coup de ce décret qui, en somme, n’ajoute rien de fondamental à la procédure pénale concernant les actes criminels et surtout n’apporte aucune solution?

La Minustah, dont le sigle signifie «Mission des Nations unies pour la stabilisation d’Haïti», n’aura pu garder les yeux fermés ou du moins la bouche cousue face aux enlèvements qui se multiplient et touchent à présent même certains de ses employés. Ainsi son porte-parole Damian Onsés Cardona a fait savoir: «Ce n’est pas une affaire militaire, mais la Minustah travaille avec la police haïtienne pour trouver des solutions», même si en même temps il disait que ce n’était pas l’affaire des Casques bleus.

Mais dans l’attente de ces «solutions», la liste des victimes progresse. Aux cas les plus médiatisés dont nous avions fait état la semaine dernière se sont ajoutés d’autres. Les 3, 4 et 5 mai ont été rapportés par exemple l’enlèvement de trois ressortissants étrangers: un Russe, un Indien et une Française. Le premier, un dénommé Khmelevsky, spécialiste en aéronautique engagé par la Minustah, a été libéré le 6 mai après trois jours de détention, suite aux démarches entreprises par des membres de la mission diplomatique de son pays dépêchés à cet effet. Le deuxième, responsable d’une usine de plastique dans la capitale, a aussi trouvé sa libération contre rançon, et pour la Française aucune information n’était encore disponible. Les 4 et 5 mai il y a eu aussi la directrice d’une école préscolaire et la propriétaire d’une librairie, Dominique Geffrard et Mireille Rymers, qui ont été kidnappées.

Situation d’autant plus alarmante sinon intrigante, car au lieu de consacrer leurs ressources pour en venir à bout, c’est plutôt une nouvelle occasion choisie par les autorités de facto pour renforcer la répression dans les quartiers populaires, et elles annonçaient leur décision de s’attaquer prioritairement «aux quartiers transformés en zones de non-droit pour abriter les véhicules volés, servir de lieux de détention pour les personnes enlevées et d’espaces sûrs pour la remise des rançons».

Incidemment, une délégation de hauts gradés de la police nord-américaine de Floride arrivait à Port-au-Prince le 3 mai pour un séjour d’une semaine dans le cadre d’une éventuelle coopération avec la PNH pour combattre l’insécurité. Et dans la foulée, le secteur privé des affaires exprimait ses inquiétudes au Conseil supérieur de la police nationale (CSPN) dirigé par le Premier ministre de facto Gérard Latortue. En effet, dans une note de presse datée du 3 mai, le patronat haïtien disait avoir rencontré le CSPN le 29 avril dernier, précisant que «l’objet de cette rencontre était d’évoquer globalement le pourrissement de la situation sécuritaire à Port-au-Prince et plus précisément de s’inquiéter: 1. des raisons motivant le ralentissement voire l’arrêt des actions menées contre le banditisme après les succès des opérations des 9 et 10 avril 2005 (référence à la mort de Rémissainthe Ravix, chef des ex-militaires, et de son complice le chef de gang Jean René Anthony alias Grenn Sonnen); 2. des raisons expliquant l’abandon par les forces de sécurité d’une partie de la zone métropolitaine aux malfaiteurs; 3. des suites données aux déclarations de la porte-parole de la PNH faisant état de l’implication de membres de la PNH et d’autres personnalités connues dans cette nouvelle vague de criminalité. Alors que la délégation s’attendait à l’annonce d’un certain nombre de mesures voire d’un plan destiné à assurer dans les meilleurs délais un climat de paix publique, le Premier ministre n’a pu que faire état des limitations de la PNH, des difficultés de collaboration avec la communauté internationale, et de son impuissance face aux défis sécuritaires de l’heure». En foi de quoi, si l’on comprend bien, les associations patronales avec à leur tête le Groupe des «184» d’André Apaid ont décidé de lancer une «mobilisation intersectorielle nationale contre l’impunité et l’insécurité». Et le directeur exécutif du Groupe des «184», Anthony Barbier, de préciser que cette mobilisation prendra «toutes les formes; d’abord ce sera une concertation entre la classe politique et les couches de la société civile pour décider un agenda pour le pays»…

Mais comme larrons en foire, ce secteur et Gérard Latortue se comprennent et, de son côté, le Conseil des ministres de facto, en réponse, adoptait pour toute mesure le 4 mai un «décret» renforçant les peines applicables aux actes de kidnapping, désormais passibles de la condamnation aux travaux forcés à perpétuité. On pourrait en l’occurrence se demander si ceux qui ont procédé au kidnapping du président Aristide tombent aussi sous le coup de ce décret qui, en somme, n’ajoute rien de fondamental à la procédure pénale concernant les actes criminels et surtout n’apporte aucune solution?