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Neptune n’est point décidé à accepter qu’on lui impute des crimes imaginaires, et veut être blanchi comme il se doit et non pas «pardonné» par ses bourreaux.
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Le moins que l’on puisse dire, c’est que la situation du Premier ministre constitutionnel Yvon Neptune préoccupe pas mal de gens dans la classe politique, la «communauté internationale» et à sa suite la Minustah, et même indirectement certains «proches» qui verraient plutôt d’un bon œil son retrait pour faire place libre à leurs manœuvres.Il y a toujours des incorrigibles qui ne tirent jamais de leçons des mésaventures passées et qui croient encore pouvoir simplement par l’adjonction de l’étiquette Lavalas à leur drapeau se faire plébisciter. Le troupeau n’aura plus qu’à les suivre, d’après eux, pour dépanner avec eux la communauté internationale. Pour en revenir au sort d’Yvon Neptune, il faut dire que la communauté internationale croyait en avoir fini avec lui, quand il avait fini par se montrer «accommodant», à la suite de fortes pressions psychologiques et des menaces explicites, pour donner une apparence de «légitimité» à la «passation des pouvoirs» aux putschistes après le coup d’État du 29 février 2004. Malheureusement pour ces derniers, c’était «bien compté mais mal calculé», qui avaient cru que Neptune allait devoir de lui-même quitter le pays après l’installation du gouvernement de facto qui entreprenait aussitôt la répression contre hauts fonctionnaires et militants Lavalas. Il continuait à représenter la légitimité aux yeux des masses populaires, bravant le danger pour dénoncer la répression menée contre elles, au contraire d’autres «notables» lavalassiens qui se sont tenus cois, comme «en réserve de la république», pour ne pas dire comme d’éventuelles «ressources» de dernier ressort pour la communauté internationale. Yvon Neptune devenait donc gênant pour les plans de cette dernière. Le gouvernement de facto et ses tuteurs allaient donc prendre les grands moyens. La Coalition pour les droits des Haïtiens (de son sigle anglais NCHR), animée en Haïti principalement par Pierre Espérance et Yolène Gilles, recevait donc une subvention de l’Agence internationale de développement international du Canada (ACDI) pour la préparation d’un dossier autour d’un prétendu massacre à La Scierie, dont nous avons souvent parlé précédemment, pour y impliquer directement le Premier ministre constitutionnel Yvon Neptune. Curieusement c’est cette organisation dite de défense des droits humains, et non pas les tribunaux, qui préparait l’acte d’accusation. Et c’est sur les ondes qu’au début du mois de mai 2004 que Neptune apprenait qu’un mandat d’arrêt avait été lancé contre lui. Il se rendait donc voir les autorités pour savoir de quoi il en retournait, ce pour éviter aussi d’être sommairement exécuté. Il était aussitôt enfermé et ce jusqu’à ce jour, soumis à toutes sortes de tortures psychologiques et menaces directes contre sa vie. Deux événements spectaculaires se produisaient d’ailleurs durant son séjour au Pénitencier national. D’abord un massacre de prisonniers le 1er décembre 2004 par des policiers, comme pour lui lancer un avertissement qu’il aurait pu y passer aussi. Ensuite cette évasion au mois de février dernier du même lieu de plus de 500 détenus où Yvon Neptune était forcé par des «libérateurs» de partir avec eux. Abandonné avec deux autres prisonniers, dont le ministre de l’Intérieur Jocelerme Privert, il se rendait avec eux à la Minustah qui les ramenait en prison. Avait-on pensé qu’il en aurait profité pour prendre le large? Évidemment, le gouvernement de facto se serait ainsi débarrassé de lui à bon compte tout en le faisant passer pour un fuyard aux prises avec la justice pour un massacre imaginaire dont le corps du délit n’existe même pas et les faits encore moins. Et tout aussi étrange, cet ex-militaire, un nommé Bélizaire, qui se vantait d’avoir sauvé la vie d’Yvon Neptune qu’il avait «reçu mission de tuer à la faveur de l’évasion générale»… Le message ne pouvait être plus clair, et la menace moins voilée. Mais Neptune tenait bon et n’est point décidé à accepter qu’on lui impute des crimes imaginaires, et veut être blanchi comme il se doit et non pas «pardonné» par ses bourreaux. Il entreprenait une grève de la faim jusqu’à ce que l’état alarmant de sa santé obligeât la Minustah à le confier aux soins des services de santé du contingent argentin. Mais ses tourments ne faisaient que commencer, car tout en craignant de le voir trépasser entre leurs mains, le gouvernement de facto et les représentants de l’ONU voulaient le voir céder et quitter le pays tout en acceptant les fausses accusations portées contre lui. Yvon Neptune reprenait sa grève de la faim, cette fois en se privant d’eau et de toute autre source de vie. Ses geôliers le transportaient quand même d’une «annexe» du Pénitencier à Saint-Marc pour le faire comparaître devant le juge qui n’avait pourtant pas été prévenu. Ses tortures n’en finissaient pas. Mais le week-end dernier, c’était donc l’alarme, car sa condition aurait empiré, et les manœuvres se faisaient encore plus pressantes pour l’obliger à quitter le pays. Encore une fois Neptune a refusé catégoriquement de quitter le pays pour se rendre en République dominicaine le dimanche 1er mai pour recevoir des soins médicaux urgents. Il exige sa libération immédiate et sans conditions. Dans un communiqué signé par le porte-parole de la Primature, Mike Joseph, le gouvernement de facto disait le même jour: « Yvon Neptune a dit qu’il n’acceptait pas cette évacuation médicale à moins que toutes les charges retenues contre lui soient retirées. Une telle exigence est absolument inacceptable. M. Yvon Neptune reste et demeure à la disposition de la Justice pour la poursuite de l’instruction sur les faits qui lui sont reprochés.» Un rapport médical la veille par un médecin argentin de la Minustah faisait savoir que M. Neptune pourrait mourir dans les prochaines 24 à 48 heures s’il n’était pas soumis à une intervention médicale. Néanmoins, le premier ministre Neptune n’en démord pas et entend poursuivre la grève, comme il l’écrivait dans une note publiée le 20 avril, «jusqu’à ce que les autorités de facto et l’ONU procèdent à ma libération sans condition ou participent directement à ma mort.» Et de fait, le directeur de communication du gouvernement de facto déclarait le lundi 2 mai qui : « Malgré toutes les tentatives pour essayer de trouver un terrain d’entente avec le secteur de Neptune et l’ancien Premier ministre lui-même, aucun résultat n’a été obtenu. Les négociations se poursuivent et les difficultés persistent.» Une question qui semble de première importance, puisque tout le monde se montre concerné par ce refus. Et en effet, du chef de la Minustah, en passant par l’ambassadeur français jusqu’aux leaders politiques, tout ce monde s’est montré «outré» de l’attitude de Neptune qui contrarie certainement la prochaine étape de leur plan de «transition». Ainsi, dans une interview à Radio Métropole, le chef de la Minustah, l’ambassadeur Juan Gabriel Valdés jouait à la vierge offensée et éplorée, suggérant même l’intervention d’un «juge international pour travailler avec les juges locaux pour faire avancer les procédures». L’hypocrite a poursuivi, en référence aux exigences de Neptune, que les Nations unies ne cherchent pas à défendre l’illégalité en Haïti. Autrement dit Neptune doit répondre des charges fabriquées contre lui. À son tour, l’ambassadeur de France Thierry Burkard s’en est pris également à Neptune, critiquant en passant «la lenteur» de l’appareil judiciaire. Et c’est un euphémisme, pourrait-on faire remarquer à ce petit Rochambeau, car depuis dix mois que Neptune est embastillé, l’acte d’accusation n’a point été établi par les autorités judiciaires en question. Si au moins Yvon Neptune avait été aussi intouchable que son président Jacques Chirac qui aura refusé de comparaître devant le juge, et pour qui en un retour d’ascenseur, l’ex-ministre Roland Dumas faisait voter une immunité de circonstance par le Conseil constitutionnel français. Que Burkard aille se rhabiller ou «se mater» au lieu de vouloir donner des leçons. Cette affaire est cousue de fil blanc, et Neptune refuse de jouer le jeu! À la suite de leurs patrons, les leaders politiques traditionnels ont eux aussi voulu être de la partie. En tête de liste, qui d’autre que le leader du KID, Evans Paul, qui n’a trouvé dans son empressement à en finir qu’à déclarer que Neptune «a révélé son vrai visage en refusant l’évacuation sanitaire vers la République Dominicaine décidée par le gouvernement et supportée par la communauté internationale»… De même les membres de la Fusion des partis sociaux-démocrates, les Serge Gilles, Micha Gaillard, Viktor Benoît ont manifesté leur impatience contre l’entêtement de Yvon Neptune dont ils ont condamné le comportement. Même Samuel Madistin, l’avocat des «victimes» du prétendu massacre de la Scierie, aura voulu faire sa part dans ce lynchage, prenant sans vergogne à témoin la Justice, et déclarant: «Il est temps de laisser la Justice suivre son cours librement dans le dossier de la tuerie de Saint-Marc. Que le gouvernement ne se mette pas en tête qu’il peut décider n’importe quoi et que nous autres les victimes nous allons rester les bras croisés.» Rappelons qu’il s’agit d’une cause très lucrative pour Madistin qui ne veut pas voir filer le pognon d’une façon ou d’une autre. Toute cette préoccupation au sujet de Neptune, tout cet attroupement à son «chevet» par tous ces maquignons montrent qu’il représente une entrave à la poursuite d’un plan. Son absence sans doute permettrait de présenter un «lavalassien» complaisant aux élections pour donner de la légitimité à celles-ci, mais plus Neptune se refuse à obtempérer, plus cela enrage les leaders politiques qui ont hâte aux élections. Mais le peuple n’est point dupe, car il ne voit plus d’un bon œil ceux qui gardent le silence tandis que la communauté internationale et le gouvernement de facto le répriment, ou ceux qui voudraient lui faire oublier ses revendications, telles que le respect de son vote, pour passer honteusement à «autre chose». Parallèlement, des étudiants en droit de Hastings College of the Law de l’Université de Californie ont déposé le 21 avril dernier une plainte auprès de la Commission interaméricaine des droits de l’Homme (CIDH) au nom du Premier ministre Yvon Neptune, où il est dit: «L’emprisonnement et l’assassinat des membres du parti Lavalas sont une tactique utilisée par le gouvernement de facto pour les tenir hors de la course électorale en novembre prochain. Pour avoir une vraie démocratie en Haïti, il faut s’assurer que les membres du parti Lavalas, y compris le Premier ministre Neptune, puissent y participer pleinement et sans compromis.»
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