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30 avril 2005, Manifestation pour réclamer le retour à l’ordre constitutionnel, la libération des prisonniers politiques et le départ du pays des troupes étrangères…. Il convient de souligner qu’en moins de trois mois, la police a ouvert le feu sur des manifestations pacifiques Lavalas à trois reprises causant la mort, et à chaque fois, les autorités policières ont nié leurs responsabilités prétextant avoir à faire avec des «bandits».
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Une manifestation rassemblant plusieurs milliers de militants Lavalas, organisée le 27 avril pour réclamer le retour à l’ordre constitutionnel, a été réprimée dans le sang, et ce à proximité du siège de la Minustah dans le quartier de Bourdon dans la capitale. Partis de la rue Saint-Martin au Bel-Air, les manifestants s’étaient dirigés vers le bureau de la Minustah avec l’intention de réitérer leur message à la «communauté internationale» concernant leurs revendications: le retour du président constitutionnel Jean-Bertrand Aristide, la fin des persécutions politiques, la libération des prisonniers politiques et le départ du pays des troupes étrangères. L’exigence de libération des prisonniers politiques est d’autant plus nécessaire, quand on sait l’état de santé du Premier ministre constitutionnel Yvon Neptune gardé depuis près d’un an en prison. «Nous sommes présents dans cette manifestation par solidarité avec les prisonniers politiques particulièrement avec le Premier ministre Yvon Neptune que les autorités de facto voudraient faire assassiner. Elles l’ont déjà assassiné moralement et aujourd’hui, elles s’attaquent à lui physiquement. Nous sommes là également pour témoigner notre attachement au président Aristide», déclarait justement un manifestant. Les Casques bleus, qui escortent d’habitude les manifestations, étaient curieusement absents cette fois-ci. En effet, comme s’il s’agissait d’une embuscade, et c’en était bien une comme d’autres faits devaient le démontrer, les policiers haïtiens sont intervenus en tirant à bout portant sur la foule. Cinq personnes ont été tuées sur le coup et plusieurs autres blessées, dont deux écoliers, James Joseph et Lidanor Vania, qui revenaient de l’école, et un jeune de 21 ans, Dorisma Onel, qui a eu une jambe arrachée par des projectiles. Mais pour la porte-parole de la Police nationale (PNH), Jessy Cameau Coicou, ce n’était pas si grave, et elle a lancé à la presse: «La police a constaté deux cadavres, selon les premiers rapports acheminés.» Elle en aurait voulu peut-être plus, mais si ces policiers avaient bien regardé, ils auraient remarqué aussi les cadavres des trois jeunes que leurs balles venaient de faucher. Et toujours d’après Cameau-Coicou, toujours aussi imaginative, les tués et les blessés étaient des «bandits qui rançonnaient les passants». Cependant même le porte-parole de la Minustah, Damian Onsés Cardona, devait la démentir pour confirmer que la police avait ouvert le feu sur les manifestants. Dans l’après-midi du jour de ce massacre, la Direction générale de la PNH a publié un communiqué de presse, suite à une rencontre avec la Minustah, pour justifier cette tuerie, déclarant: «Il s’agissait de plusieurs individus armés qui tentaient une nouvelle fois d’assiéger certaines zones de la capitale, notamment les quartiers de Poste Marchand, du Champ-de-Mars, Lalue, Nazon et Christ-Roi... Conformément à sa mission constitutionnelle (!), la PNH est intervenue sur les lieux afin d’appréhender les suspects et rétablir la paix dans les rues… Les forces de la police ont réagi face à une menace opérée par plusieurs individus armés contre les vies et les biens des citoyens haïtiens et étrangers et conformément aux principes de la légitime défense de soi et d’autrui.» Tout simplement et sordidement grotesque!, car, même d’autres sources peu suspectes d’être favorables aux manifestants, comme l’agence de presse Reuters, indiquaient que la plupart des victimes portaient des blessures dans le dos. Et de façon unanime, la plupart des organismes, à part évidemment le Centre œcuménique de J.C. Bajeux et la CNRH, réagissait pour condamner ces meurtres scandaleux et de sang froid. Ainsi, Renan Hédouville, responsable du Comité des avocats pour le respect des libertés individuelles (Carli) déclarait que la répression brutale de cette manifestation constitue une grave violation des droits garantis par la Charte fondamentale du pays et les traités ratifiés par l’Etat haïtien. Hédouville ajoutait qu’on ne pouvait parler d’élections démocratiques alors que les droits les plus élémentaires de la population sont violés. Deux dirigeants du Conseil des juristes pour le respect des droits humains (Cojuredoh), Dorsinvil Edwidge et Carmin Baptiste, ont appelé, de leur côté, les parents des victimes à porter plainte contre le Conseil supérieur de la police nationale (CSPN) que préside le Premier ministre de facto Gérard Latortue. Ils ont menacé de porter plainte eux-mêmes auprès de la Commission interaméricaine des droits de l’Homme (CIDH) contre les autorités policières. Le sénateur Yvon Feuillé s’est déclaré, lui, consterné par le cynisme de la police qui, en dépit de la gravité des faits, a tenté de se justifier. Mais il en aurait fallu plus pour arrêter la furie mensongère de Jessy Cameau-Coicou qui s’embourbait davantage dans ses «justifications». Elle prétendait ainsi que ce n’était pas une manifestation car, d’après elle, aucune notification n’avait été adressée à la police à ce sujet. Selon elle, c’était de préférence une «opération de casse», et comme preuves elle disait qu’un pistolet 9mm et plusieurs autres objets volés dont des documents appartenant à un ressortissant étranger ont été retrouvés sur les deux cadavres . «Le groupe de bandits», comme elle s’est plu à qualifier les manifestants Lavalas, avait brisé des pare-brises de plusieurs véhicules et volé une jeep CRV», si on en croit cette furie. Précédemment, elle avait imaginé que des organisations populaires ont souvent recours à l’intimidation pour forcer la population des bidonvilles à participer aux manifestations. Mais plus Cameau-Coicou cherchait des explications pour ses tueurs, plus elle s’enfonçait, car d’autres témoignages de plus en plus accablants s’ajoutaient à son dossier. Le leader de l’Allah, l’avocat Reynold Georges a ainsi déclaré être au courant que les policiers ont placé une arme de calibre 45 à côté du corps de l’une de leurs victimes et ont forcé des équipes de télévision à les filmer pour faire croire à des affrontements. Jessie Cameau-Coicou a commencé à s’en prendre alors à tout le monde, et elle vitupérait aussi contre Amnesty International, qui avait osé critiquer la PNH pour le massacre, et elle déclarait que certaines organisations internationales de droits humains sont cooptées par les opposants au gouvernement de facto, ajoutant de façon pitoyable: «Il y a des gens en Haïti qui ont leurs propres intérêts dans les accusations et les critiques contre la police.» De son côté le porte-parole des militants Lavalas du Bel-Air, Samba Boukman, a expliqué clairement qu’une lettre de notification du mouvement avait été acheminée à l’institution policière, déclarant: «Nous manifestons notre sympathie aux parents et amis des victimes qui réclamaient le respect de la Constitution du pays. Nous, militants Lavalas au sein des masses, notre objectif est de tenir bien haut le flambeau de la mobilisation pour le respect de notre vote et de la loi-mère. Nous déplorons et condamnons le massacre des manifestants survenu le 27 avril par des agents de la PNH. En dépit de nos efforts visant à porter la population à accorder la confiance à la police, cette dernière continue a exécuter sommairement les citoyens. Nous avons eu en ce sens plusieurs rencontres, les 3, 4, 5 et 11 avril, avec des représentants de la Minustah, des droits de l’Homme et des secteurs populaires. Nous avons fourni beaucoup d’efforts et rempli toutes les formalités suivant les principes de la Constitution particulièrement l’article 31-2, avant d’organiser cette manifestation. Nous sommes donc étonné que la direction générale de la PNH ait pu ordonner ce massacre. Le lundi 25 avril, notre messager, Joseph Roudy, a été malmené à la direction de la police alors qu’il était venu apporter une lettre de notification de notre mouvement qui devait avoir lieu deux jours plus tard.» Et ce n’est pas la première fois que la PNH procède ainsi. On se souvient qu’à la suite d’un massacre pareil, la Minustah, avait décidé qu’elle assurerait elle-même la protection des manifestations et ce à l’exclusion de la PNH. Mais c’était sans doute pour sauver la face, car comme on a pu le voir, cette fois la Minustah avait brillé par son absence et comme pour Cameau-Coicou il n’y avait pas eu de notification, autant dire que la Minustah n’en savait rien non plus de la date de cette manifestation. Astucieux? Point du tout, car tout ce que cela prouve, c’est que la Minustah est de connivence avec la PNH et lui laisse la voie libre quand elle le juge utile pour créer la crainte chez d’éventuels participants à d’autres manifestations. Il convient de souligner qu’en moins de trois mois, la police a ouvert le feu sur des manifestations pacifiques Lavalas à trois reprises causant la mort, et à chaque fois, les autorités policières ont nié leurs responsabilités prétextant avoir à faire avec des «bandits». De plus, le Département d’Etat des Etats-Unis s’apprêterait à récompenser la PNH pour ses faits d’armes, en faisant savoir que le comité des Relations internationales du Congrès se préparait à approuver l’envoi de 3000 armes en Haïti dont 38 revolvers de calibre 38, 500 pistolets 9mm, 500 fusils 12, 200 M14 et 100 M4. Comme s’il n’y avait pas déjà assez d’armes pour massacrer la population des quartiers défavorisés!
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