4 Mai, 2005

May 4, 2005

4 Me, 2005
Vol. 23 No. 8
Laborieux préparatifs pour d’éventuelles élections!

Gonaïves 25 avril 2005. « Il en ressort que dans le cadre de l’organisation des élections de cette année, il y a pas mal d’entités mises à contribution. Ce qui ne fait que rendre le processus électoral beaucoup plus complexe… »
Le Conseil électoral provisoire (CEP), annonçait le démarrage du processus de recrutement des membres des Bureaux électoraux départementaux (BED) et des Bureaux électoraux communaux (BEC) entre le 18 et le 25 avril. Le CEP qui compte hâter le pas depuis la visite en Haïti de la délégation du Conseil de sécurité de l’ONU, indiquait qu’une séance de formation serait offerte aux personnes sélectionnées.

Dans un communiqué le 18 avril, il faisait savoir en particulier qu’il recevrait les dépôts de candidatures pour les postes de président, vice-président et secrétaire-trésorier BED et des BEC au bureau postal le plus proche et à son adresse postale. Selon ce communiqué, les critères de sélection des membres des BED et des BEC sont les suivants: «Être originaire ou avoir résidé pendant cinq ans dans l’une des communes ou d’un quartier d’une section communale relevant du département, s’engager à y vivre pendant la durée du contrat, être âgé de 35 ans au moins et jouir de ses droits civils et politiques, n’avoir jamais été condamné à une peine afflictive ou infâmante, être intégré et jouir d’une bonne réputation dans le département, être détenteur d’un titre universitaire, une formation en droit étant un atout, avoir une expérience de cinq ans au moins dans une administration publique ou privée, une expérience dans l’organisation des élections serait appréciable…» Autant de qualifications et d’«atouts» qui permettront de trouver les perles rares pour limiter ses sélections.

Le CEP qui renouvelait alors une nouvelle fois sa volonté d’organiser des «élections libres, honnêtes et démocratiques» (une insistance qui finira par soulever des doutes!) informait aussi que le processus de recrutement des opérateurs de saisies se poursuivait en vue de réaliser les opérations d’enregistrement des électeurs dans les différentes régions du pays. Lesquelles opérations devraient être lancées en ce mois d’avril. Les dépôts de candidatures pour les opérations de saisies devaient être reçus du 18 au 25 avril «aux bureaux départementaux» respectifs.

Pour sa part, le conseiller électoral Patrick Féquière s’était empressé de mettre les points sur les i, en affirmant que le processus de recrutement des membres des BED et des BEC avait été confié à l’Université d’Etat d’Haïti (UEH), qui aura à soumettre à un examen les postulants avant leur intégration dans les bureaux électoraux. Le représentant des partis non-alignés déclarait qu’un partenariat avait été établi en ce sens entre le CEP et l’UEH, afin d’éviter les fraudes électorales. «Effectivement, d’abord, nous avons travaillé avec l’OEA, la Minustah en vue de localiser un site intéressant susceptible de nous permettre de mettre en place les équipements devant nous permettre de faire l’enregistrement des électeurs. Ensuite, à une deuxième phase, nous avons procédé à la signature d’un ensemble de contrats…», déclarait-il, en précisant que la décision de confier le recrutement des BED et des BEC à l’Université entrait dans le cadre du souci d’éviter tout favoritisme politique, puisque la priorité sera accordée aux postulants ayant des connaissances en droit, en éducation et en administration.

De son côté, le recteur de l’UEH, Pierre-Marie Paquiot, se réjouissait de ce partenariat entre l’UEH et le CEP, signalant que celui-ci ne mettait pas en cause l’indépendance de l’institution. «L’Université d’Etat d’Haïti va utiliser toute sa compétence d’une part pour proposer l’examen que vont subir les membres des BED et des BEC. Cependant, l’université aura à corriger l’examen que le CEP lui aura remis pour l’évaluation des postulants… Ce n’est pas pour la première fois que l’Université aura à intervenir dans ces genres de choses…» Toutefois, il s’était montré très pessimiste quant aux résultats escomptés d’une telle démarche en raison du fait que le CEP l’entamait un peu tard, disant à ce propos: «La démarche du CEP à l’égard de l’université a accusé beaucoup de retard. Il est évident que depuis qu’un processus accuse un retard, il y a de fortes possibilités pour que les choses ne marchent pas comme on l’aurait voulu. Il faut que les responsables soient clairs là-dessus…» Quant à lui, il prenait ses précautions.

Abondant dans le même sens, le porte-parole de la Konvansyon inite demokratik (KID), André Michel, expliquait que ce qui est fondamental pour son parti, c’est de savoir comment le CEP va s’y prendre pour mettre en place les BED et les BEC dans le cadre des prochaines élections. Il formulait le souhait de connaître ces mécanismes dans un bref délai.

D’un autre côté, la Minustah a annoncé le lancement du processus de recrutement des assistants électoraux dans le département de l’Ouest pour le 27 avril. Dans des déclarations sur les ondes, le porte-parole de la Mission, Damian Onsés Cardona, a précisé que les postulants seront reçus par ordre alphabétique du mercredi 27 avril au mercredi 4 mai. En effet, les agents électoraux qui devraient être déployés sur le terrain par groupes ne porteront pas d’armes à feu et travailleront aux côtés de la Minustah et de la PNH, selon Damian Onsés Cardona. Toujours selon Cardona, ils seront formés pendant cinq jours par une quinzaine d’experts internationaux dont la mission sera de sécuriser les bureaux de vote, de concert avec la Minustah et la police. À Jacmel, la Police nationale prévoit de recruter près de 300 jeunes à partir du 28 avril pour faire partie des assistants électoraux.

Répondant aux inquiétudes exprimées par certains secteurs politiques quant à la mise en place, par le CEP, de structures dans les quartiers populaires que les autorités policières se plaisent à qualifier de «zones à risques», le secrétaire général de l’institution Rosemond Pradel faisait savoir le 25 avril que ces quartiers ne représentent que 10% de l’électorat. Donc, selon lui, leur exclusion pure et simple du processus ne pourra guère compromettre la réussite des élections. Nul ne devrait s’étonner en fin de compte d’une telle position puisque le dénouement de ces élections ne devrait pas dépendre certainement pas de la participation populaire, mais de la manipulation de programmes informatiques.

D’autre part, alors qu’il participait aux Gonaïves au lancement officiel et «symbolique» des opérations d’inscriptions des électeurs, le Premier ministre de facto Gérard Latortue, qui dit faire de la réalisation des prochaines élections, sa principale préoccupation, a appelé ses tuteurs à ne pas lui imposer de faux problèmes. «Il ne faut pas perdre une minute de plus dans la recherche de solutions impossibles que nous imposent ceux qui pendant longtemps ont toujours lutté contre la liberté, la démocratie et la justice pour tous en Haïti. Qu’il s’agisse de problèmes de sécurité ou de justice, nous en sommes conscient comme eux, mais l’important aujourd’hui est la mobilisation de toutes nos ressources pour organiser les élections», a indiqué Latortue pour faire le fanfaron.

Il en ressort que dans le cadre de l’organisation des élections de cette année, il y a pas mal d’entités mises à contribution. Ce qui ne fait que rendre le processus électoral beaucoup plus complexe. Il est vrai que presque personne ne s’intéresse plus au devenir de ces élections et, c’est à savoir à quel point le CEP et ses tuteurs y croient eux aussi, puisque l’ordre du jour est toujours à la répression contre partisans et sympathisants Lavalas.; une entreprise de longue haleine puisque le peuple haïtien ne semble pas vouloir abandonner ses revendications malgré la dure répression qui s’abat sur lui.