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Les manifestations pour le retour à l’ordre constitutionnel avec le retour du président Aristide auxquels cette population participe en nombre de plus en plus grand ne font que démontrer son attachement à celui pour qui elle avait voté pour porter ses revendications.
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Cité Soleil, comme on le dit, est le plus grand bidonville du pays, embrassant la région de la capitale, s’étendant en arc de cercle de l’ouest en passant par le nord jusqu’à l’est. Ce n’est pas sans raison que des estimés même conservateurs évaluent sa population à plus de 800 mille habitants. Durant le gouvernement constitutionnel Aristide/Neptune il devenait une commune avec une commission communale. Mais c’est surtout un bastion inébranlable de militants et de sympathisants Lavalas, un lieu où les démunis, les exclus ont commencé à voir germer l’espoir semé parmi eux par le gouvernement constitutionnel du président Aristide. Et les manifestations pour le retour à l’ordre constitutionnel avec le retour du président Aristide auxquels cette population participe en nombre de plus en plus grand ne font que démontrer son attachement à celui pour qui elle avait voté pour porter ses revendications. La répression depuis le kidnapping du président Aristide le 29 février 2004 s’est abattu sur elle avec au début les forces combinées des ex-militaires, la Police nationale et les marines US et militaires canadiens qui allaient être remplacés par les forces de l’ONU. Croyait-on en venir à bout rapidement des convictions des masses populaires, car la répression féroce au tout début se faisait épisodique. Puis l’un des principaux maîtres d’œuvre du coup d’État, André Apaid engageait des chefs de gang, dont le célèbre «Labanyè» assassiné par ses pairs au début de ce mois, pour y faire régner la terreur. Mais la résistance pacifique de la Cité n’a fait que se renforcer et les Casques bleus de l’ONU paraissent avoir reçu l’ordre formel d’en finir par tous les moyens. Ainsi assiste-t-on depuis plus de deux semaines à Cité Soleil à quelque chose qu’on croyait inimaginable: sous prétexte de faire la chasse à des bandits armés, la Minustah a mis le siège devant Cité Soleil. Et si ce n’est pas encore le ghetto de Varsovie où les nazis avaient cloîtré les Juifs polonais, c’est du moins la création d’un véritable bantoustan comme au temps de l’apartheid en Afrique du Sud. En effet, les habitants n’ont plus le droit de franchir le périmètre du bidonville. Pour tout déplacement en dehors du ghetto, c’est à peine si on ne leur demande pas la passe pour en sortir, mais ils subissent des fouilles humiliantes effectuées par les Casques bleus de l’ONU sous le regard goguenard des policiers haïtiens qui encerclent la zone, dans le cadre de cette vaste opération mise en place pour «contrecarrer les bandits». Pour quelques «bandits», on encercle plus d’un demi-million d’individus? À qui veut-on faire avaler cette couleuvre? D’ailleurs, personne n’est dupe, car les vrais bandits ont la voie libre dans le centre-ville et partout ailleurs (voir notre article dans ce numéro: «Insécurité: Pourquoi la Minustah et la PNH ferment-elles les yeux?») tandis que la Minustah cherche ses bandits imaginaires à Cité Soleil. Et cette «opération d’envergure» fournit chaque jour son lot de victimes parmi la population. Enfants et vieillards ne sont pas à l’abri, et ils sont comptés tout autant dans le bilan des forces de l’ONU comme des «bandits». Le nombre de prétendus bandits tués depuis le début de l’opération atteint la centaine. Pour la seule journée du vendredi 15 avril, vingt personnes sont tombées d’après le porte-parole des militants Lavalas de Cité Soleil, René Monplaisir, qui a expliqué comment sont effectués ces assassinats: «Les soldats de l’ONU enfermés dans leurs chars blindés tirent sur tous ceux qui dans leur naïveté s’aventurent près de leurs engins, les considérant comme des bandits.» Mais pour le porte-parole militaire de la Minustah, Elouafi Boulbars, qui confirmait sans gêne ce nombre de morts, la solution est simple: «Je conseille aux habitants, disait-il, de Port-au-Prince et de Cité Soleil particulièrement de s’éloigner des zones tendues pendant les échanges de feu, d’interdire aux enfants de s’approcher de ces endroits. Ainsi, ils nous faciliteraient énormément la tâche.» Sinon, aurait-il pu ajouter, ils passeront comme les autres «bandits» et viendront grossir le tableau de chasse de la Mission de stabilisation de l’ONU en Haïti (Minustah)! Un officier de la Minustah a expliqué à l’AFP ces événements en ces termes: «Les incidents ont éclaté lorsqu’une opération mixte de la Minustah et de la police haïtienne a été lancée dans ce bidonville pour y établir la sécurité. Nous avons été reçus par des coups de feu.» Alors même que ce serait vrai, serait-ce une raison suffisante pour isoler un demi-million de personnes et les priver de toutes ressources pour assurer leur survie? Le même officier a indiqué qu’un bataillon de 160 soldats jordaniens et 60 policiers haïtiens ont été déployés le jour des événements et que deux policiers ont été blessés. D’autre part, certaines sources ont indiqué qu’un ultimatum jusqu’au 20 avril avait été accordé aux groupes armés du quartier pour déposer leurs armes. Le commandant de la Minustah, le général brésilien Augusto Heleno Ribeiro Pereira, dans une interview à Radio Métropole le 19 avril, s’est refusé à parler d’ultimatum, mais a toutefois recommandé aux «bandits» de se conformer à la loi. Indiquons que l’ONU a décerné une médaille au contingent brésilien pour son travail dans le pays. «Un bon travail» particulièrement apprécié par le dirigeant du Grand front centre droit (GFCD), le néo-duvaliériste Hubert De Ronceray, qui s’est ouvertement réjoui de ces interventions à Cité Soleil. L’ancien député Lavalas James Desrozin a dénoncé cette situation, déclarant : «Fanmi Lavalas se dresse contre toute mesure discriminatoire visant à ceinturer Cité Soleil à l’aide de containers dans le but d’isoler cette zone du reste du pays. Cette pratique est similaire à l’apartheid qui a prévalu en Afrique du Sud. Fanmi Lavalas observe depuis quelques jours que l’arsenal d’une répression la plus atroce est mobilisé contre le plus grand bidonville du pays. Nous dénonçons de telles pratiques dont le seul objectif est l’élimination des partisans et sympathisants de Fanmi Lavalas. De tels agissements confirment une fois de plus les rumeurs sans cesse croissantes circulant depuis quelques jours selon lesquelles la Minustah et la PNH complotent un vaste plan visant à effacer Cité Soleil et les autres quartiers populaires du pays.» Cette situation ne semble pourtant pas préoccuper les intellectuels du pays au sein des prétendues organisations nationales de défense des droits humains, alors que de son côté la «communauté internationale» fait la sourde oreille. Le porte-parole des militants Lavalas de Bel-Air, Samba Boukman, s’est déclaré étonné, justement, de constater que le chef de la délégation du Conseil de sécurité de l’ONU, le Brésilien Ronaldo Mota Sardenberg, dans le cadre de sa visite dans le pays la semaine dernière, n’ait rien dit sur les crimes et massacres perpétrés contre les partisans Lavalas, se contentant seulement d’aborder la question des élections à la fin de l’année. Et Samba Boukman d’ajouter : «Des crimes épouvantables sont commis contre les habitants de Cité Soleil sous couvert des opérations contre des bandits, les droits fondamentaux de ces gens sont violés…» Mais ce siège ne paraît pas devoir soumettre les habitants de Cité Soleil qui ne savent qu’ils ne sont pas seuls dans cette lutte pour le retour à l’ordre constitutionnel et le départ des forces d’occupation de la Minustah. Ainsi, le 20 avril, plus d’une dizaine de milliers de militants et partisans Lavalas, partis du quartier populaire du Bel-Air, ont investi les rues à travers les quartiers Tokio et La Saline pour se rendre à Cité Soleil, en solidarité. Les manifestants scandaient des propos hostiles aux autorités de facto et réclamaient le retour à l’ordre constitutionnel. Arrivés à Cité Soleil, ils ont remis aux habitants des sacs de produits alimentaires : «Nous avons accompli ce geste pour témoigner notre solidarité envers nos frères et sœurs de la Cité actuellement soumis à de rudes épreuves», a déclaré un manifestant. La manifestation s’était déroulée sans incident sous l’escorte des soldats de la Minustah. Mais dépassés par les événements ces derniers ont dispersé subitement les manifestants par des rafales. Les habitants de Cité Soleil de leur côté ont salué cette initiative humanitaire et fraternelle: «Ils compatissent à nos souffrances en nous apportant de la nourriture et en unissant leurs voix aux nôtres pour exiger la fin de l’exclusion et des souffrances.» La Minustah et ses patrons à Washington n’arriveront pas à soumettre Cité Soleil par la faim ni les masses populaires et paysannes de tout le pays qui réclament justice. Sept millions d’exclus crient justice et ils finiront par l’avoir par leur résistance ancrée dans leurs convictions.
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