27 Avril, 2005

April 27, 2005

27 Avril, 2005
Vol. 23 No. 7



Ce transfert à cette «annexe» ne serait qu’une façon de plus de torturer Yvon Neptune...
Le Premier ministre constitutionnel Lavalas, Yvon Neptune, a été transporté à Saint-Marc le vendredi 22 avril, pour être entendu par le juge d’instruction Clunie Pierre-Jules, dans le cadre du dossier du prétendu massacre de La Scierie dans lequel sont accusés, principalement par la Coalition nationale pour les droits des Haïtiens (NCHR), plusieurs dignitaires du régime Lavalas.

Mais, Neptune qui, un jour plus tôt, a été transféré de l’hôpital de la base militaire argentine sur la Route de l’Aéroport à une maison privée à Pacot, que les responsables de la Minustah qualifient d’ «annexe» de la prison centrale de Port-au-Prince, aura fait ce voyage en vain, puisque le magistrat instructeur n’était guère à son bureau pour procéder à son audition. L’absence de la juge Pierre-Jules serait due au fait qu’elle n’avait même pas été mise au courant de l’arrivée de Neptune à Saint-Marc. Signe évident que la Justice ne dépend point des autorités judiciaires mais bien du gouvernement de facto. Ce dernier par ailleurs aura organisé ce voyage et cette prétendue audition, qui s’apparente davantage à un show médiatique, pour poursuivre les tortures psychologiques imposées à son otage depuis son incarcération illégale et arbitraire voilà bientôt dix mois. On remarquait une forte présence de la Police nationale et de la Minustah, et l’avocat du «prévenu» n’avait même pas été avisé. En outre, le régime de facto et ses complices de la Minustah n’ont pas témoigné le moindre respect pour son intégrité physique en l’arrachant de force à une heure indue de sa cellule en dépit de la fragilité de son état de santé. En effet, Yvon Neptune avait repris sa grève de la faim, de façon plus sévère cette deuxième fois, et il déclarait: «Je ne prendrai ni nourriture ni liquide, je poursuivrai la grève jusqu’à ce que les autorités de facto et l’ONU procèdent à ma libération sans condition ou participent directement à ma mort» indiquait le Premier ministre Neptune dans une note de presse le 20 avril.

En réaction, l’avocat des «victimes» du prétendu massacre, Samuel Madistin, a déploré le fait que Neptune ait été transporté à Saint Marc sans que le magistrat instructeur n’en ait été informé au préalable. Madistin en a imputé la responsabilité aux autorités gouvernementales de facto qui, selon lui, tentent de prouver à l’opinion publique que le Premier ministre Neptune serait sous le contrôle des autorités pénitentiaires nationales. D’autres secteurs critiquent le fait que le prisonnier politique Neptune ait été placé dans une résidence privée à Pacot. Selon eux, ce dernier serait en train de bénéficier d’un traitement de faveur en raison de ses accointances avec la «communauté internationale». Ils auraient sans doute préféré que Neptune meure en prison. Notons aussi que ce transfert à cette «annexe» ne serait qu’une façon de plus de torturer Yvon Neptune, puisqu’il s’y retrouve en compagnie d’un criminel notoire comme Chamblain, le second du chef du Fraph Emmanuel Toto Constant, avec qui il dirigeait les escadrons de la mort durant le coup d’État de 1991.

D’autre part, deux autres dignitaires Lavalas, le ministre de l’Intérieur et des Collectivités territoriales Jocelerme Privert et le député Amanus Mayette, avaient également été emmenés, dans les mêmes conditions d’illégalité, à Saint-Marc devant la juge Clunie Pierre-Jules. Cependant, alors que les autorités judiciaires locales et les responsables du Rassemblement des militants conséquents de Saint-Marc (Ramicosm) se félicitaient du déroulement de ces auditions, qui auraient été réalisées, selon eux, sans incident, ces deux derniers prisonniers politiques ont de leur côté déclaré n’avoir rien dit au juge d’instruction. «Je n’ai répondu à aucune question concernant La Scierie. Je me suis contenté de dire que je n’avais pas d’avocat…Vouloir me lyncher médiatiquement n’aura aucun impact sur moi, mais servira uniquement à faire de vous des domestiques de la honte et de la bassesse et à vous réduire à l’état de sous-hommes», a déclaré Mayette, dans un note de presse.

En définitive, il est évident que ce fameux dossier de La Scirie sert plutôt de paravent aux autorités de facto pour persécuter politiquement les membres et partisans du parti Fanmi Lavalas. En fait, l’expert indépendant des droits humains des Nations unies pour Haïti, Louis Joinet, peu susceptible d’être favorable aux lavalassiens, ne reconnaissait-il pas récemment qu’il s’agissait bien d’un affrontement entre bandes armées rivales à Saint-Marc à la veille du kidnapping du président Aristide en février 2004, et non d’un massacre.