27 Avril, 2005

April 27, 2005

27 Avril, 2005
Vol. 23 No. 7
Insécurité:
Pourquoi la Minustah et la PNH ferment-elles les yeux?

La consultante de HRW, Anne Fuller, (à gauche) s’est demandée: «Comment est-ce possible qu’il y ait seulement cinq policiers à Belladère, une zone frontalière?»
Depuis le début du mois d’avril, les kidnappings qui constituaient une activité épisodique sont devenus monnaie courante. Car à défaut de réclamer des centaines de milliers de dollars les bandits se rabattent sur la quantité et rabaissent leurs exigences pour libérer leurs otages. Les services de lutte anti-kidnapping mis en place par la Police nationale (PNH) ne servent pas à grand-chose, sauf en de très rares occasions où les criminels agissent en improvisant. La porte-parole de la PNH Jessy Cameau Coicou, si fanfaronne en d’autres occasions, au cours d’une conférence de presse le 20 avril, devait bien reconnaître que la situation est inquiétante, disant croire que les kidnappeurs sont dotés d’une bonne organisation, fonctionnant en «entreprise sous diverses formes». Finalement elle s’en remettait à l’aide de la population en vue de contrecarrer cette forme de banditisme. Peut-être aussi que si la PNH ne consacrait pas presque toute son énergie à persécuter et à réprimer les partisans et sympathisants Lavalas des quartiers populaires, disposerait-elle de suffisamment d’effectifs pour faire face à cette situation?

Mais, malheureusement il n’y a pas que cela pour rendre la vie impossible à la population. En effet la région métropolitaine est quasiment devenue un champ de tir; des fusillades éclatent à tout moment d’un quartier à l’autre. Par exemple, au début de cette semaine, d’un véhicule circulant dans la zone de Delmas 19 partaient des rafales d’armes automatiques. Dans l’après-midi du 15 avril, c’était à plusieurs endroits de la capitale, même près du Palais national et au centre-ville. Le 18 avril, dans les rues Lamarre, Montalais, Lalue et dans le quartier de Nazon, etc. Au moins une personne a été tuée et plusieurs autres blessées. Deux jours après, trois personnes ont été abattues au Carrefour de l’aéroport. Deux d’entre elles attendaient un autobus pour regagner leur domicile, et la troisième était un marchand. Les coups de feu ont été tirés à partir d’un pick-up en marche. La veille dans la soirée, à Christ-Roi, Nazon et dans le quartier du Canapé-Vert. Donc, comme on peut le voir, pas une journée ne se passe sans une fusillade à l’aveuglette, paraîtrait-il. Tel ne doit pas être le cas, et pour ne pas en tenir compte de cette situation et s’acharner uniquement sur les habitants des quartiers populaires, la Minustah doit bien savoir de quoi il en retourne. En effet, la zone métropolitaine est quasiment livré au banditisme par les garants de «l’ordre et de la stabilisation». Les marchands des rues qui doivent abandonner leurs étals et fuir à l’occasion de ces mitraillages enregistrent en même temps beaucoup de pertes, car à leur retour après l’alerte, leurs marchandises disparaissent…

D’après l’organisation internationale de défense des droits humains «Human Rights Watch» (HRW), au terme d’une mission d’observation menée du 4 au 20 avril dans l’Ouest, le Plateau Central, le Nord, le Nord-Est et l’Artibonite: «Chaque mois, ce sont des dizaines de citoyennes et citoyens haïtiens qui meurent dans des actes de brutalité des groupes armés dans le pays. Se joignant aux anciens militaires, les groupes criminels commettent divers actes répréhensibles sur la population.» HRW a imputé le climat d’insécurité dans les provinces outre aux actions des groupes armés, mais également à l’absence de l’Etat. La consultante de l’organisme, Anne Fuller, s’est demandée: «Comment est-ce possible qu’il y ait seulement cinq policiers à Belladère, une zone frontalière?» Sans compter tel que relevé par HRW aussi, les cas d’abus perpétrés sur la population par des policiers en fonction.

Dans une conférence de presse le 18 avril, HRW a présenté les conclusions préliminaires de sa mission en ces termes: «La violence criminelle et politique qui produit des centaines de victimes; l’échec du gouvernement à protéger la population et à sanctionner les coupables; la faiblesse des institutions de l’État de justice et de maintien de l’ordre dans les provinces, laissant la place à de nombreux groupes armés irréguliers, et créant ainsi un climat d’insécurité; le harcèlement des militants et supporteurs du parti Fanmi Lavalas dans plusieurs zones, remettant en question les possibilités pour ce parti de participer pleinement aux élections; les problèmes critiques qui ont compromis jusqu’à présent la capacité de la Minustah à mettre un terme à la crise.»

Malgré ce constant accablant, on voit encore l’ambassadeur des Etats-Unis se pavaner pour raconter que le climat de sécurité s’améliore, avec en outre ses protégés, tels que Serge Gilles, candidat à la présidence du nouveau parti issu de la fusion du Conacom, Panpra et Ayiti Kapab, Serge Gilles qui, comme un perroquet, manifestait lui aussi son «optimisme», déclarant au sujet des élections: «Je suis un peu plus optimiste car il y a une meilleure coordination entre la police, qui a réalisé un travail d’épuration interne, et la Minustah… Si le Conseil électoral se réveille, je pense que les élections peuvent avoir lieu cette année.» Il est vrai que s’il n’en tenait qu’à lui-même, Serge Gilles irait aux urnes tout seul et se proclamerait seul vainqueur.