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Malgré la misère, les exécutions sommaires, les persécutions et l’intimidation, les masses populaires sont plus que jamais déterminées à réclamer la fin de l’occupation du pays, le départ du pouvoir des putschistes, le retour à l’ordre constitutionnel et du président constitutionnel Jean-Bertrand Aristide.
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«Nous sommes combien à nous engager dans la lutte. Combien! Si nous restons fidèles à Aristide, son retour est possible», scandaient les dizaines de milliers de manifestants provenant des quartiers populaires, dans les rues de Port-au-Prince, le 14 avril dernier.La manifestation avait été appelée par les militants Lavalas du Bel-Air pour démontrer à la «communauté internationale», avec l’arrivée la veille dans la capitale de la délégation du Conseil de sécurité de l’ONU, l’attachement des masses au président constitutionnel Jean-Bertrand Aristide dont elles n’ont cessé de réclamer le retour au pouvoir pour poursuivre son mandat de cinq ans brutalement interrompu le 29 février 2004 par son kidnapping et son exil forcé. Partie de l’église du Perpétuel Secours au Bel-Air, lieu devenu symbolique de la résistance, la manifestation a emprunté un parcours qui l’a amenée devant les bureaux de l’ONU dans le coquet quartier de Bourdon, en passant chemin faisant par les quartiers de Solino, Caravelle, Poupelard et Christ-Roi. C’est l’une des rares fois depuis le kidnapping du président Aristide que la Minustah et la Police nationale (PNH) aura permis à une manifestation populaire de franchir les périmètres des quartiers populaires pour investir d’autres rues de la capitale. La détermination des manifestants a été décisive, qui voulaient en profiter pour montrer aux «évaluateurs» de l’ONU que la flamme de la résistance ne fait que grandir de jour ne jour. Car pour empêcher cette fois cette démonstration de la volonté populaire pour le rétablissement de l’ordre constitutionnel, les forces de répression -Minustah et PNH et leurs paramilitaires- allaient devoir opérer un massacre qui n’aurait pas eu bonne presse avec justement la présence de la délégation du Conseil de sécurité sur place. Rappelons à cet égard que des tentatives antérieures s’étaient soldées par des bains de sang provoqués par des agents de l’unité spécialisée de la police nationale CIMO (Compagnie d’intervention et de maintien d’ordre), comme le 28 février écoulé où plus de cinq personnes avaient été froidement abattues par des policiers. Cette fois encore, les Casques bleus accompagnaient seuls, à l’exclusion de la PNH les manifestants qui, eux, arborant des t-shirts à l’effigie du président Aristide, ont lancé des propos hostiles au Premier ministre de facto Gérard Latortue en scandant: «Notre sang coule à flot, Latortue doit s’en aller.» L’hypocrisie de ce dernier a été aussi dénoncée: «Ils ont mis des cagoules pour assassiner nos enfants, incendier nos maisons. Avec les mêmes têtes encagoulées, ils viennent nous offrir la paix. Nous ne voulons pas de cette paix. Ils peuvent aller l’offrir à leur patron qui a ordonné notre exécution. Latortue vous avez été payé en ce sens. Nous savons que vous touchez de l’argent pour nous faire assassiner à cause de nos convictions. Mais nous resterons attachés à Aristide quoique vous fassiez. Sachez que nous sommes tous prêts à mourir pour lui.» Un message que, sans conteste, auront compris en gros les membres de la délégation, d’autant qu ‘à travers les fenêtres ils ne pouvaient manquer d’observer toutes ces pancartes avec les photos du président constitutionnel Jean-Bertrand Aristide. En fait, arrivés devant le siège de l’ONU à Bourdon, les manifestants ont livré un message à l’intention au Conseil de sécurité pour dénoncer le caractère répressif et arbitraire du gouvernement de facto Alexandre-Latortue. Les parents des victimes des exécutions sommaires en ont profité pour réclamer justice ainsi que l’arrestation des policiers impliqués dans ces crimes. Ils ont également exhorté la délégation à diligenter des enquêtes sérieuses pour faire la lumière sur la série de massacres perpétrés dans les quartiers populaires depuis l’entrée en fonction des de facto, massacres auxquels la Minustah elle-même a régulièrement participé. Des proches des prisonniers politiques ont pour leur part réclamé la libération de tous les prisonniers d’opinion. Puis, les manifestants ont longé l’avenue John Brown et, à la rue Alix-Roi, ils se sont heurtés à un barrage de blindés de la Minustah qui les ont empêchés ainsi de continuer jusqu’au Champ-de-Mars où se trouve le Palais national occupé par les usurpateurs. Ils ont donc bifurqué sur la ruelle Nazon pour regagner leur base au Bel-Air. Les organisateurs, notamment Samba Boukman, se sont déclarés satisfaits et ont réitéré leur détermination de maintenir la mobilisation jusqu’au retour du président Aristide. Le lendemain 15 avril, pour appuyer un sit-in sur la Place de la Paix à la rue Saint-Martin, les militants Lavalas sont une nouvelle fois descendus dans les rues. Le sit-in s’est ainsi transformé en une grande manifestation réunissant à nouveau des milliers de personnes, qui ont sillonné les rues du Bel-Air. Ce mouvement s’est terminé sans aucun incident, en dépit de l’absence des soldats de la Minustah et des agents de la PNH. Malgré la misère, les exécutions sommaires, les persécutions et l’intimidation, les masses populaires sont plus que jamais déterminées à réclamer la fin de l’occupation du pays, le départ du pouvoir des putschistes, le retour à l’ordre constitutionnel et du président constitutionnel Jean-Bertrand Aristide. Le message ainsi transmis par les manifestants aux représentants du Conseil de sécurité au cours de ces deux journées ne pouvaient être plus clairs. Toute autre évaluation de leur part ne saurait constituer qu’une autre tentative de se mentir à eux-mêmes. Ils auront pu se rendre compte que leurs magouilles au service de l’impérialisme n’ont pas réussi jusqu’à présent et ne réussiront pas.
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