20 Avril, 2005

April 20, 2005

20 Avril, 2005
Vol. 23 No. 6
Le représentant du Brésil aux Nations unies, l’ambassadeur Ronaldo Mota Sardenberg (à droite) en tête à tête avec le chef de la Minustah Juan Gabriel Valdés.

Comme annoncé, le Conseil de sécurité de l’ONU, tuteur officiel du gouvernement de facto, s’est manifesté en Haïti avec l’arrivée le 13 avril d’une imposante délégation de 15 membres, dont les 5 membres permanents: Angleterre, Chine, Etats-Unis, Fédération de Russie et France, et dix autres membres non permanents: Algérie, l’Argentine, Bénin, Brésil, Danemark, La Grèce, le Japon, Philippines, la Roumanie, la Tanzanie.

Présidée par le représentant du Brésil aux Nations unies, l’ambassadeur Ronaldo Mota Sardenberg, dont le pays est officiellement placé à la tête de la force d’occupation (Minustah) avec une participation de 1500 soldats, la visite s’est étendue du 13 au 16 avril, avec le but proclamé entre autres de renouveler l’appui du Conseil aux autorités gouvernementales de facto haïtiennes et évaluer le travail de la Mission des Nations Unies pour la stabilisation (Minustah).

«C’est la première mission du Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies en Haïti. Une occasion en or pour la délégation de coopérer avec ce pays pour l’aider à trouver des solutions à ses différents problèmes… Le Conseil de sécurité de l’ONU a la responsabilité de prendre en compte les efforts de la Minustah qui consistent à aider ce pays à établir un climat sûr et serein et de faire le nécessaire pour le prolongement de son mandat», a déclaré au cours d’une conférence de presse Ronaldo Mota Sardenberg. Les thèmes du désarmement et du dialogue national ont également été abordés par ce dernier, qui croit que leur aboutissement conditionnera la réussite des élections. «Avec l’appui du gouvernement de transition et l’assistance de la Minustah, tous les groupes armés illégaux doivent être désarmés pour garantir le climat de paix à travers le pays… Le dialogue inter-haïtien est fondamental pour la stabilité en Haïti. Tous les acteurs doivent y être impliqués. Le progrès du pays en perspective des élections en dépend», a souligné le diplomate brésilien, qui a assuré l’engagement de l’ONU dans ces domaines. Une «première mission» de la dernière chance pour l’application du plan de l’impérialisme qui semble s’embourber au fil des jours par suite de la résistance pacifique et la mobilisation des masses populaires et aussi des contradictions qui refont surface entre les différents secteurs des classes dominantes depuis la participation commune de celles-ci au coup d’État.

Sardenberg et ses compagnons avaient donc fort à faire, s’ils voulaient que leur «évaluation» soit profitable. Donc un séjour chargé avec des rencontres, bien sûr, avec les autorités de facto, les membres du Conseil électoral provisoire (CEP) et les dirigeants des partis politiques et de la «société civile». Pour se mettre à la page, le diplomate brésilien y est allé du couplet rituel:«Le sous-développement est un problème de longue échéance qui demande une attention particulière en vue de la réduction de la pauvreté et l’élimination de la faim. Nous encourageons les pays donateurs pour une accumulation des ressources matérielles et financières indispensables à la solution de ces problèmes», et il a cru devoir dire que la Minustah n’est pas une force d’occupation: «L’ONU est représentée dans tous les pays du monde et particulièrement dans les pays en développement. Dans le cas d’Haïti, il n’y a pas une volonté d’occupation permanente. La Minustah n’est pas une force d’occupation, mais son devoir consiste à soutenir le gouvernement de transition comme indiqué dans la Résolution 1542. Il n’y a aucune intention d’occupation d’Haïti ; les membres du Conseil de sécurité s’opposeraient à pareille initiative.» Il a beau le crier pour s’en convaincre mais cela ne change point la réalité et quant à ses «encouragements aux pays donateurs», il y a longtemps que même Latortue ne croit plus à leurs effets.

Mais tel n’était pas l’objet essentiel de la visite de la délégation. Lors de sa rencontre avec les autorités de facto dans la soirée du 13 avril, il a fait savoir que «Les échanges que nous avons eus avec les autorités haïtiennes ont été fructueux. Le président de la République Boniface Alexandre et le Premier ministre Gérard Latortue vont tirer certainement les conclusions nécessaires pour faire avancer le processus de transition démocratique… Au regard de ces échanges empreints d’enthousiasme et de cordialité qui ont porté notamment sur l’exécution du programme de désarmement et le déroulement des prochaines élections, des recommandations seront faites au cours du mois de mai 2005 en perspective de la stabilité sociopolitique du pays».

En dépit des préoccupations exprimées par la «classe» politique concernant la détérioration du climat de sécurité à travers le pays, les membres de la délégation ont plaidé en faveur du maintien du calendrier électoral. «Les élections représentent un point fondamental du moment politique en Haïti» a estimé Sardenberg qui leur rappelait en même temps que c’était lui le patron et qu’ils devraient se conformer.

De son côté, le Premier ministre de facto Gérard Latortue a dit avoir mis l’accent, au cours de ces entretiens, sur la sécurité qui doit entourer le processus électoral. «Nous avons réalisé que les forces de police sont très limitées dans leurs moyens et des promesses d’aide ont été faites pour le renforcement de l’institution en vue d’établir un climat sûr et stable, avant, pendant et après les élections», a annoncé Latortue.

A l’issue, de leur rencontre le 15 avril à l’hôtel Montana avec la délégation, des leaders politiques pour leur part n’ont pas manqué d’exprimer leur scepticisme quant au déroulement, suivant les dates retenues, des élections, en raison soit de l’incapacité du gouvernement de facto à les réaliser, soit d’un déficit évident de temps. Parlant présumément au nom du Parti Fanmi Lavalas, le sénateur Yvon Feuillé a déclaré ne rien attendre de cette nième mission internationale tant que les véritables problèmes ne sont pas abordés.

En réalité, pour motiver l’arrivée d’une telle délégation du Conseil de sécurité, avec en outre la détérioration de plus en plus rapide de la situation à tous points de vue, la contestation de plus en plus vive de Latortue même par ses plus proches alliés ne pouvait être plus alarmante. Et malgré les objurgations à ne pas renvoyer les élections, il semble que la véritable mission de cette délégation soit de maintenir en selle ce même Latortue dans l’éventualité même où le scrutin devrait être renvoyé et d’en persuader les leaders politiques d’user de patience, dans un cas comme dans l’autre. Bien entendu de nouvelles consignes ont été passées au Premier ministre de facto concernant les ajustements à opérer en attendant qu’on n’ait plus besoin de lui.

Une délégation du Conseil économique et social (ECOSOC) de l’ONU, dont on ignore les objectifs était également en visite dans le pays.

Liste des 15 membres de la délégation du Conseil de sécurité:
Algérie : Abdallah Baali
Argentine : César Mayoral
Angleterre : Adam Thomson
Bénin : Joel W. Adechi
Brésil : Ronaldo Mota Sardenberg
Chine : Guangya Wang
Denmark : Lars Faaborg-Andersen
Etats-Unis : Ann Woods Patterson
France : Jean-Marc de La Sabliere
Fédération Russe : Andrey L. Denisov
Grèce : Alexandra Papadopoulou
Japon : Shinichi Kitaoka
Philippines : Lauro L. Baja
Roumanie : Gheorghe Dumitru
Tanzanie : Augustine P. Mahiga