20 Avril, 2005

April 20, 2005

20 Avril, 2005
Vol. 23 No. 6
Trafic d’armes et répression:
Latortue couvre l’administration Bush

«Il y a près de six mois, un chèque d’un montant de 1 million de dollars avait été signé par le bureau du Premier ministre pour faciliter l’un des premiers embarquements d’armes pour Haïti. Cette expédition a été prise en charge par une figure associée au Parti républicain en Floride, une femme haïtiano-américaine appelée Lucy Orlando…»
Récemment, en conférence de presse le Premier ministre de facto Gérard Latortue décrochait apparemment des flèches en direction de certains pays, principalement les Etats-Unis, qui tarderaient à livrer des commandes d’armes à son gouvernement alors que, précisait-il, l’argent aurait déjà été acheminé aux fournisseurs. Latortue qui s’exprimait suite au meurtre de deux agents de la Police nationale (PNH), avait même «menacé» de s’approvisionner dans les marchés parallèles au cas où la situation resterait inchangée. Il critiquait par conséquent l’embargo sur les armes imposé à Haïti depuis plus de treize ans. Cela ne pouvait que paraître fort étonnant de voir le valet Latortue se permettre ainsi des libertés face à ses tuteurs.

En effet, car en dépit de cette apparente crise d’impatience, il s’est avéré que son gouvernement de facto reçoit des armes secrètement et illégalement de la part des Etats-Unis. Selon une interview du journaliste indépendant nord-américain, Kevin Pina, sur Flashpoints Radio, ces protestations bruyantes de Gérard Latortue ne sont destinées qu’à détourner l’attention sur ses transactions avec le gouvernement des Etats-Unis. « …Gérard Latortue avait battu la grosse caisse en Haïti, demandant que l’embargo sur les armes appliqué contre Haïti depuis 13 ans puisse être allégé. Ce que nous avons montré est que des affaires ont été déjà conclues et que des armes ont été déjà délivrées en Haïti. Ainsi, son appel à l’allègement de l’embargo des Etats-Unis n’était juste qu’une diversion... » a indiqué Pina. De plus, Celui-ci a également cité quelques noms qui seraient associés à ce trafic forcément «illicite» d’armes au profit de Latortue lui-même: «Il y a près de six mois, un chèque d’un montant de 1 million de dollars avait été signé par le bureau du Premier ministre pour faciliter l’un des premiers embarquements d’armes pour Haïti. Cette expédition a été prise en charge par une figure associée au Parti républicain en Floride, une femme haïtiano-américaine appelée Lucy Orlando. Apparemment, l’un des autres courtiers est un homme nommé Joel Deeb, qui avait été arrêté autrefois par le dictateur Jean-Claude Duvalier pour trafic d’armes. Son nom a été aussi associé à Pablo Escobar…Lucy Orlando est très proche de Youri Latortue, qui est bien sûr le neveu du Premier ministre Gérard Latortue. Ainsi, Youri Latortue et Lucy Orlando travaillent du côté haïtien en collaboration avec Joel Deeb qui agit actuellement comme intermédiaire avec le Pentagone.» D’autre part, Kevin Pina a noté que ces armes vendues au régime de facto haïtien, ou à tout autre gouvernement de l’Amérique latine et des Caraïbes, proviennent généralement d’une réserve gérée par le Pentagone, laquelle réserve est alimentée par les armes saisies par les Etats-Unis à certains groupes comme les FARC en Colombie ou Al-Quaïda.

L’organisation suisse Small Arms Survey, dans un rapport publié au début du mois d’avril, indique d’ailleurs que «5435 armes de type militaire, comprenant des M-14 et d’autres fusils semi-automatiques et 4433 armes de poing pour une valeur de 6 millions 950 mille dollars ont été fournies par les Etats-Unis». Et Pina de commenter à ce sujet: «Personne ne sait d’où a pu provenir ces 7 millions de dollars qui ont servi à l’achat de ces armes», en précisant: «Ces armes sont utilisées pour armer la force de police répressive qui participe aujourd’hui à cette campagne systématique visant à éliminer physiquement le parti majoritaire du président Jean-Bertrand Aristide, Fanmi Lavalas. »

Ce dernier a également fait ressortir que l’actuelle secrétaire d’Etat des Etats-Unis, Condoleeza Rice, était déjà au courant de cette situation avant même d’accéder à son nouveau poste. « Apparemment, Condoleeza Rice savait bien que ce trafic d’armes se déroulait six mois avant; elle était aussi au courant que le gouvernement haïtien avait tiré un chèque de un million de dollars de son Trésor pour payer cette livraison d’armes, et que celles-ci avaient été confisquées par le Pentagone au Panama…Il y avait cette conversation que quelqu’un en Floride avait entendue, où à travers un appel-conférence auquel participait Condoleezza Rice et que celle-ci savait pendant un certain temps, bien avant qu’elle devienne secrétaire d’Etat -quand elle était conseillère à la Sécurité nationale pour l’administration Bush, que le Pentagone vendait des armes au gouvernement de facto haïtien en violation à l’embargo sur les armes.»

Comme on peut le voir, les fanfaronnades de Gérard Latortue ne sont destinées qu’à la galerie, ou mieux pour dédouaner ses complices dans l’administration à Washington qui l’aide à violer leur propre embargo. Car les armes, en question, sont un instrument essentiel dans la violation des droits humains en Haïti où sont déjà en circulation, toujours suivant le rapport de Small Arms Survey, plus de 170 mille armes à feu. Et le quotidien The Independent de Londres, dans un article à ce sujet le 17 avril, cite Robert Muggah de l’organisation suisse qui dit: «Mais beaucoup de policiers -spécialement ceux de l’armée rebelle qui ont été illégalement intégrés- passent des armes aux groupes paramilitaires qui sont encore plus brutaux (…) La Minustah a été non seulement complice des abus perpétrés par la PNH, il y a même des allégations fort crédibles d’abus de droits humains commis par la Minustah elle-même…» (The Independent, 17-04-05).

En fait, il est clair que au moment où tout le monde parle de la nécessité du désarmement, et le gouvernement Bush le premier, celui-ci ne veut pas être officiellement associé à l’approvisionnement en armes du régime de sa marionnette Gérard Latortue. Et Robert Muggah note à ce sujet: «Elles (les armes) sont censées équiper une force de sécurité branlante, mais la réalité c’est qu’elles pourraient plutôt miner la sécurité en faisant planer une menace contre un effort original de désarmement que l’on met justement en place» (The Independent, id.) Heureusement que Gérard Latortue en faisant le pitre pour faire diversion n’a fait qu’attirer ainsi l’attention sur son trafic avec ses patrons. Car, autrement, s’il n’avait pas reçu le feu vert, jamais ce «restavèk» n’oserait s’en prendre, même en plaisantant, à ceux qui l’ont assis sur le «siège».