
Ravix avait été tué alors qu’il s’abritait derrière un arbre au cours des échanges de tirs avec les policiers nationaux et les agents de la Civpol…
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Semaine particulièrement chaude dans la capitale que celle qui vient de finir.
Dans l’après midi du mardi 5 avril, des tirs incessants d’armes automatiques ont provoqué des mouvements de panique à Port-au-Prince, particulièrement dans les quartiers de Delmas, Poste-Marchand, Sans-Fil, Nazon, Turgeau et Bois-Verna, où des individus ont ouvert le feu sans distinction. La Police faisait part ensuite de la mort d’au moins deux personnes et de plusieurs blessées. À ce sujet, un reporter de Haïti Press Network rapportait avoir vu le cadavre d’un écolier à Delmas 19. La veille, un policier du nom de Wilfrid Dumorenay, affecté au commissariat de Carrefour, était abattu au Portail Léogâne par un groupe opérant sur le mode des précédents. Signe avant-coureur des événements qui allaient suivre, où les gangs de criminels joueraient d’audace en défiant la Minustah? Sans doute, car suite à cela, les Casques bleus et la Police auront voulu réagir. La PNH annonçait que des dispositions avaient été prises pour contrecarrer ces bandits. Effectivement, le 9 avril, elle informait qu’après des affrontements avec un groupe dont faisait partie le chef des ex-militaires Ravix Remissainthe, ce dernier avait été abattu ainsi que trois de ses hommes. En outre la porte-parole Jessie Cameau-Coicou faisait part aussi de l’arrestation de dix-huit personnes à l’issue de cette opération effectuée de concert avec la Minustah et de la saisie d’armes et de trois véhicules. Nombre de questions se sont posées après la mort de Ravix: avait-il été attiré dans un traquenard ou avait-il été surpris à la tête d’un de ces groupes qui narguaient en quelque sorte la Minustah et la PNH les jours précédents? Le porte parole de la Civpol, la police civile au sein de la Minustah, Daniel Moskaluck, a voulu apporter ses éclaircissements et déclaré que Ravix avait été tué alors qu’il s’abritait derrière un arbre au cours des échanges de tirs avec les policiers nationaux et les agents de la Civpol. «De 7 à 10 heures du soir (le 8 avril), des hommes armés ont semé la panique dans plusieurs quartiers de la capitale. Des patrouilles conjointes organisées à la suite de ces incidents, ont conduit vers la maison où se trouvaient d’anciens militaires», a-t-il indiqué. Pour sa part, le directeur général de la PNH, Léon Charles, a déclaré: «Nous les avons poursuivis de Delmas 75 jusqu’à Delmas 30 où ils ont été abattus.» Le lendemain du décès de Ravix, une autre opération policière aura conduit à la mort de Jean Anthony dit Grenn Sonnen, bras droit du premier, qui s’était vanté une semaine plus tôt d’avoir éliminé Labanyè, ce chef de gang à la solde d’André Apaid, dirigeant du Groupe des «184». La porte-parole de la PNH Cameau-Coicou indiquait là encore que Anthony, blessé la veille lors des affrontements entre la police et les hommes de Ravix, venait d’être abattu au cours d’un échange près de la Route de l’aéroport. Son cadavre tranporté avec les autres à la morgue de l’Hôpital de l’Université d’Etat (HUEH) était pratiquement décapité. Cependant les explications des autorités n’auraient pas satisfait tout le monde, surtout le secteur politique proche de près ou de loin avec Ravix Remissainthe. Intervenant sur les ondes de Radio Arc-en-Ciel, l’ex-colonel Himmler Rébu, dirigeant du GREH, s’est ainsi dit outré de voir Ravix tué dans de telles circonstances. En effet lors d’une émission sur les ondes de Radio Caraïbes le 2 avril, il avait offert au gouvernement de facto de servir de médiateur en vue de trouver une solution au conflit qui les opposait ce dernier et Ravix contre qui un avis de recherche avait bien été émis et une récompense de un million de gourdes promise pour sa capture. Mais d’après Rébu, un processus de dialogue était en marche. D’autres n’ont pas hésité à parler carrément d’exécution sommaire. Qu’en est-il? Ravix et Jean Anthony qui avaient été si longtemps tolérés et même courtisés par le gouvernement de facto étaient-ils devenus nuisibles? D’autant plus que ces deux-là semblaient avoir fini par croire à leur propre puissance, et ne pas se considérer comme de vulgaires pions du laboratoire? Les patrons de Labanyè auront-ils exigé à leur tour l’élimination de ces alliés de leurs rivaux? Autant de questions qui peuvent donner lieu à de la spéculation, mais il est un fait certain que Ravix et Anthony n’étaient plus importants pour les décideurs. Sans doute. Et le Département d’État à Washington aura-t-il décidé de prendre directement les choses en main, et tranché conjoncturellement en faveur d’un des secteurs des classes dominantes, en l’occurrence la bourgeoisie représentée généralement par le Groupe des «184» d’André Apaid face aux rivaux féodaux et macoutes assimilés? C’est ce que semble indiquer l’éditorial paru dans le Washington Post le 5 avril, quelques jours à peine avant ces derniers événements. On ne peut ignorer, en effet, comme les éditoriaux du Washington Post et du New York Times l’ont encore montré à la veille de la guerre contre l’Irak, que ces grands médias sont en quelque sorte «la voix de leur maître». Ils servent souvent à lancer des ballons d’essai pour voir les réactions de l’opinion ou bien tout simplement à faire prévaloir l’opinion d’un secteur dirigeant à Washington. Ainsi, dans cet éditorial en question, pouvons-nous remarquer cette édifiante comparaison: «Un an exactement après l’envoi en exil par les forces des Etats-Unis du président Jean-Bertrand Aristide, la crise est toujours là en Haïti (…) Plus de 400 personnes ont perdu la vie dans les violences politiques depuis septembre seulement, plaçant Haïti avec l’Irak en tant que zone où l’insécurité augmente…» (Washington Post, id). Puis vient toute une argumentation pour démontrer l’incapacité et l’inefficience de la Minustah à assumer sa tâche face aux «gangs lourdement armés loyaux à M. Aristide ou des trafiquants de drogue…» Même le chef de la Minustah, «le représentant spécial de l’ONU» n’est pas épargné, puisqu’il est, d’après ce quotidien «un diplomate chilien ayant peu d’influence sur les forces politiques en lutte dans le pays…», et quant à Gérard Latortue s’«il s’est montré agressif pour capturer et incarcérer, habituellement sans aucune accusation, d’ex-fonctionnaires du gouvernement d’Aristide, par contre il a peu fait pour créer le climat politique nécessaire pour tenir avec succès des élections législatives et présidentielles plus tard cette année…» Tout cela pour en arriver là où l’éditorialiste veut conduire ses lecteurs, en concluant: «Certains décideurs politiques paraissent se faire tranquillement à l’idée à l’éventualité qu’Haïti se dirige à nouveau vers la catastrophe…» Et le Washington Post de dicter «sa» solution: «Cependant l’administration Bush résiste encore à accepter l’évidence: une plus grande implication des États-Unis en Haïti est inévitable. Mieux vaut que ce soit plus tôt (…) que plus tard, quand l’unique recours, comme souvent auparavant dans l’histoire d’Haïti, peut être les Marines» (Washington Post, id.). Des Marines qui assumeraient la tâche réservée aux ex-militaires pour mater le peuple tout en dictant aux classes dirigeantes les règles du partage décidées à leur adresse à Washington. Un changement de statégie qui montre à l’évidence que l’impérialisme ne s’attendait pas à une telle résistance de la part du peuple et qu’il n’en a pas fini de revoir ses copies, d’autant plus que ses alliés et complices locaux n’en finissent pas de se faire une lutte hégémonique.
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