30 Mars, 2005

March 30, 2005

30 Mas, 2005
Vol. 23 No. 3
Plusieurs milliers de manifestants à cette grande mobilisation ont été contraints de se cantonner dans le voisinage du quartier du Bel-Air, face à l’agressivité déployée par les patrouilles de la Minustah dépêchées sur les lieux....

Ce 29 mars 2005 ramène le dix-huitième anniversaire de la Constitution haïtienne de 1987, adoptée par référendum un an après le départ en exil de l’ancien dictateur Jean-Claude Duvalier. Malheureusement, cette date survient cette année dans un contexte où notre Charte fondamentale, qui était censée marquer la rupture avec les vieilles pratiques antidémocratiques, est en train de subir les plus monstrueuses violations, non seulement avec le nouveau coup d’État du 29 février 2004, mais en outre avec l’occupation du territoire national par des forces armées étrangères.

En effet, cette terrible descente aux enfers de la Constitution de 1987 qui, il faut l’admettre, n’a jamais cessé d’être la proie de magouilles de toutes sortes depuis son élaboration, s’est pour le moins accélérée avec ce coup d’Etat perpétré le 29 février 2004 par les Etats-Unis, la France et le Canada contre le président constitutionnel d’Haïti, Jean-Bertrand Aristide, qui à cette occasion, a été contraint manu militari par les forces spéciales nord-américaines à s’exiler en terre étrangère une nouvelle fois. Aujourd’hui, le pays est dirigé par un gouvernement foncièrement anticonstitutionnel ayant à sa tête un ancien fonctionnaire des Nations unies installé par l’impérialisme yankee et totalement acquis aux intérêts de ce dernier. Gérard Latortue, puisqu’il s’agit de cette marionnette, dont la tâche principale se traduit par la répression systématique des masses défavorisées, qui ne cessent pourtant de réclamer le retour à l’ordre constitutionnel, c'est-à-dire le retour du président Aristide au pouvoir en Haïti.

À l’occasion de ce 18ème anniversaire de la Charte fondamentale haïtienne, les dirigeants de la Cellule nationale de réflexion des organisations populaires base Fanmi Lavalas ont organisé une nouvelle fois une manifestation, pour dénoncer les nombreuses violations de la Constitution notamment commises par les autorités de facto, et pour exiger la fin des persécutions politiques et la répression contre les membres et sympathisants du parti Fanmi Lavalas. Cependant, plusieurs milliers de manifestants à cette grande mobilisation ont été contraints de se cantonner dans le voisinage du quartier du Bel-Air, face à l’agressivité déployée par les patrouilles de la Minustah dépêchées sur les lieux. Celles-ci ont littéralement bouclé, à l’aide de leurs chars et blindés, toutes les voies conduisant à l’aire du Champ-de-Mars, principalement la Place de la Constitution, où la manifestation devait aboutir. Repliés devant l’église Notre-Dame-du-Perpétuel-Secours au Bel-Air, les manifestants ont exprimé leurs frustrations, en accusant le contingent brésilien de la Minustah d’être responsable de la dispersion à coups de feu et de gaz lacrymogènes d’une manifestation qui avait pourtant un caractère pacifique. «C’est exactement Radio Caraïbes, Radio Kiskeya, Radio Vision 2000 et le Groupe des 184 qui ont mis le pays dans cette situation. Le gouvernement de facto s’est mis avec le Blanc pour disperser la manifestation. Evans Paul dit K-Plim, Micha Gaillard, l’OPL sont tous des Conzés», criait un manifestant sur les ondes de Signal FM.

Désormais, le rôle des soldats brésiliens paraît de plus en plus évident comme serviteurs de l’impérialisme. Les manifestants ont symboliquement mis le feu à un drapeau du Brésil et, renonçant à leur passion pour la seleçao, c’est un maillot de la sélection nationale de football de ce pays qui a subi le même sort. Quand on connaît l’exubérante adulation traditionnelle vouée par la plupart des Haïtiens à l’équipe de Ronaldo, ce geste est encore plus significatif que la destruction du drapeau brésilien.

En même temps, des barricades de pneus enflammés étaient installées à d’autres endroits, comme à la rue Mgr Guilloux. En même temps, des tirs nourris d’armes automatiques parvenaient de certains quartiers tels que les rue Tiremasse, Saint-Martin, etc. Finalement, les manifestants, qui scandaient sur place des slogans hostiles aux forces d’occupation et au régime de facto, ont résolu d’interrompre leur mouvement, qui aura cependant montré la détermination de la population à garder allumée la flamme de la mobilisation. Leur nombre était impressionnant et il l’aurait été davantage si la Minustah n’avait pas bloqué l’accès avec leurs blindés à ceux qui voulaient les rejoindre.

Le Parti populaire national (PPN), à travers un membre de son Bureau politique, Georges Honorat, avait donné une conférence la veille le lundi 28 mars, pour non seulement apporter son soutien à la manifestation du 29 mars en faveur du respect de la Constitution de 1987, mais aussi pour dénoncer la coalition macouto-bourgeoise, qui s’est toujours évertuée à piétiner celle-ci dans le cadre de sa lutte pour le pouvoir. «Il est clair que la Constitution est le fruit d’une entente entre le secteur bourgeois et le secteur macoute sur la base de l’article 291(*). Depuis, cette alliance a mis de côté le peuple haïtien. Toutefois, ces deux secteurs continuent leur lutte pour le pouvoir en faisant fi de cette Constitution », a souligné M. Honorat qui a écarté toute possibilité pour le PPN de prendre part aux élections.

(*) - Qui interdit notamment l’éligibilité des anciens dirigeants et collaborateurs duvaliéristes ainsi, que les auteurs de tortures politiques pendant une durée de 10 ans depuis la Constitution de 1987.