30 Mars, 2005

March 30, 2005

30 Mas, 2005
Vol. 23 No. 3
Élections: le doute s’étend!

Le président a.i. du CEP Mr. Max Mathurin. « Le CEP est responsable d’établir un registre des électeurs, d’organiser les élections et de servir de tribunal pour le contentieux électoral. Nous n’entendons nullement renoncer à notre mission.»
Le temps presse, et le rôle effectif du Conseil électoral provisoire (CEP) apparaît, semble-t-il, de plus en plus évasif aux intéressés concernant le processus électoral et la réalisation de ces élections elles-mêmes. Les partis politiques traditionnels, en effet, à part la question de l’insécurité, s’interrogent depuis quelques jours, sur la mainmise de l’OEA et de la Minustah sur les opérations.

Des inquiétudes qui semblent chipoter sérieusement les conseillers électoraux, à tel point qu’ils jugeaient bon de convier spécialement tout ce monde à une rencontre le 23 mars à l’hôtel Ritz Kinam II à Pétionville. D’emblée, pour justifier leur «discrétion» dans la tâche qui leur est dévolue à lui et à ses confrères, le président a.i. du CEP Max Mathurin faisait suivre son introduction de la lecture d’un «guide» justifiant la situation: «Sans faire fi, disait-il, de ces préoccupations, je voudrais souligner à l’intention de ces responsables de partis politiques et organisations de la société civile que la résolution 1542 du Conseil de sécurité de l’ONU fixe clairement le mandat de la Minustah et je cite: ‘Aider le gouvernement de transition à organiser, surveiller et tenir au plus vite des élections municipales, parlementaires et présidentielles libres et régulières’, en particulier en fournissant une assistance technique, logistique et administrative en assurant le maintien de la sécurité et en appuyant, comme il convient, des opérations électorales, qui permettent la participation d’électeurs représentatifs de l’ensemble de la population du pays y compris les femmes… Le CEP est responsable d’établir un registre des électeurs, d’organiser les élections et de servir de tribunal pour le contentieux électoral. Nous n’entendons nullement renoncer à notre mission.» Et son collègue, le représentant de l’Église catholique dans l’organisme, Richard Duchemin, pour essayer de convaincre les sceptiques ajoutait: «Dans le cadre de la mise en place des structures de l’enregistrement des inscriptions, l’OEA n’est même pas intervenue en tant qu’institution régionale sur le plan politique. Elle intervient en tant que technicien.» Pourtant, malgré toutes ces tirades, il n’en est pas moins vrai que sur le terrain ce sont l’OEA et la Minustah qui sont les maîtres d’œuvre, qui dirigent presque tous les aspects des opérations, jusqu’à l’emplacement des centres d’enregistrement des éventuels électeurs.

Et, curieusement, comme si cela ne valait point la peine, les représentants de la «communauté internationale», toujours présents à ces grandes rencontres, n’ont pas montré le bout du nez cette fois-ci. Pur hasard, sans doute, mais cette absence venait fort à propos pour servir d’argument à Micha Gaillard, le chargé du «dialogue national», pour accourir à la rescousse du CEP, déclarant: «Nous sommes très satisfait aujourd’hui de constater que, dans cette réunion, nous n’avons pas remarqué comme à l’ordinaire la présence de la communauté internationale.» Cela n’a pas suffi, on s’en doute, pour écarter les doutes, puisque le porte-parole du KID d’Evans Paul, André Michel continuait d’exprimer de vagues souhaits: «Nous souhaitons, disait ce roublard, que le peuple haïtien puisse rester maître du choix de ses dirigeants à l’occasion des prochaines élections.»

Pour sa part, le représentant de l’OPL, Paul Denis manifestait ses préoccupations et clamait sa «volonté»: «Ce n’est pas une rencontre qui va calmer nos appréhensions. Nous voulons que le CEP, qui est responsable constitutionnellement de l’organisation des opérations électorales, puisse assumer cette responsabilité», a déclaré Denis. Mais ce ne sont pas non plus ces déclamations de circonstance qui peuvent changer le cours des choses.

Mais la mainmise de l’OEA et de la Minustah ne paraît être qu’un prétexte car, parallèlement, la question de l’insécurité serait encore plus préoccupante qu’autre chose. En fait, de l’un de ces secteurs à l’autre, le groupe qui serait particulièrement favorisé par la «communauté internationale» pour «triompher» à ces élections, s’en accommoderait volontiers de ce patronage. Mais il n’en est pas de même de ceux qui ne voient pas encore leur place dans le partage. Et ils ne se font pas prier pour le faire savoir (voir article de la page couverture: «Insécurité: un ‘message’?»). Deux jours après cette rencontre, le siège du CEP à Delmas était mitraillé dans la soirée, et une grenade à fragmentation explosait devant la barrière principale, sans toutefois faire de véritables dégâts.

À l’évidence, les conseillers électoraux qui voulaient y croire encore ont dû reconnaître que le «coup de main» de l’OEA et de la Minustah ne suffira pas pour mener à terme leur mission. C’est à la suite de cela seulement que le conseiller Patrick Féquière aura pensé à réclamer du gouvernement de facto le renforcement de la sécurité dans le périmètre immédiat du siège du CEP, tout en exprimant, lui aussi, ses plus vives inquiétudes quant à la détérioration générale du climat de sécurité. Moment choisi aussi par le chef civil de la Minustah Juan Gabriel Valdés pour lancer ses mises en garde contre les secteurs qui souhaiteraient boycotter le processus électoral. Intervenant sur les ondes de Radio Métropole le 27 mars, Valdés a annoncé que ses forces vont contribuer à la sécurisation des locaux et des membres du CEP, et averti que les Casques bleus réagiront avec toute la rigueur nécessaire. Des déclarations qui ne semblent pas avoir été prises au sérieux ni intimidé les «secteurs» en question, et qui les auraient paradoxalement Le CEP est responsable d’établir un registre des électeurs, d’organiser les élections et de servir de tribunal pour le contentieux électoral. Nous n’entendons nullement renoncer à notre mission.» enhardis, puisque ce mardi 29 mars, des rafales ont été tirées à nouveau sur le local du CEP, au nez et à la barbe de la Minustah.