
Par cette action entreprise à Petit-Goâve, la Minustah aura-t-elle voulu rétablir l’équilibre entre la bourgeoisie et les néo-duvaliéristes, en traçant tout simplement un exemple sur ceux des ex-militaires qui n’auront pas encore compris que leur autonomie est fonction du rôle qu’on leur demande de jouer…
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Le samedi 12 mars, 280 ex-militaires au Cap-Haïtien et 45 autres provenant d’autres régions du Nord remettaient aux autorités de facto sept armes à feu, comme symbole de leur reddition dans ce département. Une cérémonie était organisée à cet effet en présence du Premier ministre de facto Gérard Latortue, de ses ministres de la Justice et de la Culture, Bernard Gousse et Magalie Comeau-Denis, du représentant spécial de l’ONU, Juan Gabriel Valdés, du commandant de la Minustah, le général Augusto Heleno Ribeiro Pereira et du commandant du contingent chilien déployé au Cap-Haïtien, le colonel Tulio Rojas. Gérard Latortue leur promettait que la commission en charge de leur dossier allait activer le processus d’indemnisation et que ceux qui, parmi eux, réunissaient les conditions d’admission et souhaitaient intégrer la Police nationale (PNH) pourraient s’inscrire dans un registre mis à leur disposition. Une cérémonie «symbolique» peu convaincante pour laquelle Augusto Heleno Pereira se trouvait obligé de donner des explications tirées par les cheveux sur les ondes de Radio Métropole, disant: «Cela démontre la volonté de ces gens de réintégrer la société et de sortir de la clandestinité. J’avais dit depuis le début de la mission (la Minustah) qu’il est important de désarmer physiquement les gens, mais il est beaucoup plus important de désarmer l’esprit (…) C’est difficile de vivre dans la clandestinité. Donc, les autres groupes devraient prendre pour exemple ce qui s’est passé aujourd’hui.» Depuis quand ces anciens militaires vivent-ils dans la clandestinité, alors que l’on sait bien qu’ils sont souvent installés dans des édifices ou des commissariats dont ils ont pris possession, sans compter qu’à l’occasion ils ont participé de concert avec la Minustah à des opérations répressives dans les quartiers populaires! D’ailleurs leur exemple n’a pas semblé inspirer les ex-militaires dans le Sud et dans le Plateau Central sous le «commandement» de Joseph Jean-Baptiste. Le porte-parole des premiers, Jean Odinel Loradin, aux Cayes, a ainsi estimé: «Nous ne déposerons jamais les armes comme le veut ce gouvernement. Nous ne comprenons pas ce qui s’est passé au Cap-Haïtien. Nous ne comprenons pas que ces hommes aient pu remettre ainsi leurs armes à ce gouvernement. Il faut dire que certaines personnes dans le mouvement ne sont pas militaires. Il y a des sympathisants qui s’y sont impliqués. Donc d’après nous ceux qui ont remis leurs armes au Cap-Haïtien sans consulter les autres régions ne sont que des sympathisants.» De leur côté, les ex-militaires du Centre, ceux de Terre-Rouge, ont fait savoir que la majorité de leurs confrères du Nord les ont rejoints avec leurs armes. Ils ont dénoncé la stratégie du gouvernement de facto consistant à distribuer de l’argent à certains groupes d’ex-militaires en vue de créer la division. Leur chef Joseph Jean-Baptiste a ainsi lancé: «Je demande aux militaires de tous les départements géographiques du pays de serrer davantage les rangs, car le commandant Jean-Baptiste et d’autres leaders du mouvement sont avec vous.» Une semaine plus tard, le dimanche 20 mars, un groupe de Casques bleus népalais, qui patrouillaient dans les rues de Hinche ont essuyé des tirs des ex-militaires qui ont fait un mort parmi eux, sans compter que, d’après le porte-parole de la Minustah, Damian Onses Cardona, les ex-militaires se sont emparés d’un véhicule de l’ONU à l’issue de cette action. Remissainthe Ravix a même revendiqué cette attaque contre les Népalais. Quelques heures auparavant, Petit-Goâve, dans l’Ouest, a été le théâtre, d’un véritable affrontement entre les ex-militaires et les soldats de l’ONU venus les déloger du commissariat qu’ils occupent depuis le mois d’août 2004; un affrontement qui a fait trois morts: un soldat sri-lankais et deux ex-militaires; plus une quinzaine de blessés: trois Casques bleus, et dix du côté des ex-militaires, et trois dans la population civile dont Robenson Laraque, un journaliste. Le général Augusto Heleno Pereira aurait tenté durant près d‘une demi-heure de convaincre les ex-militaires de se rendre mais ces derniers ont ouvert le feu en direction des soldats de la Minustah, d’après Kongo-Doudou, porte-parole de l’ONU, qui disait: «Nous avons voulu résoudre pacifiquement ce problème mais nos troupes ont reçu une réponse hostile de la part des insurgés et ont dû répondre avec force.» Trente-cinq ex-militaires ont été arrêtés, parmi lesquels les dix blessés. Combien d’armes ont été réupérées?, cela n’a point été dit. Cette intervention de la Minustah à Petit-Goâve n’aurait pas été, semble-t-il, du goût du maire adjoint de facto, Montigène Sincère, qui pactise avec les secteurs proches des ex-militaires. Il a en effet prétendu: «Nous avons effectué plusieurs démarches et sommes intervenu plusieurs fois auprès du pouvoir central pour éviter un bain de sang. Le gouvernement nous avait donné mandat pour négocier avec les militaires. Nous avions jusqu’au 1e avril pour persuader ces derniers de se retirer du commissariat sans intervention de la force. Après plusieurs rencontres avec les militaires, nous avions trouvé une entente selon laquelle ils abandonneraient le commissariat. Nous devions rencontrer le pouvoir central le lundi 21 mars pour lui communiquer notre compte rendu des négociations, et le lendemain mardi 22 mars, nous devions revoir les militaires au local de la mairie à 5 heures du soir pour déterminer ensemble à quelle date dans le courant de la semaine, ils laisseraient le commissariat et dans quelles conditions cela se ferait. Les autorités de la mairie, de la justice, l’Initiative citoyenne et les associations de journalistes qui travaillaient sur le dossier ont été étonnées d’entendre des rafales d’armes très tôt dans la matinée du dimanche 20 mars.» Montigène Sincère avait-il pensé à mettre la Minustah au courant de ses nombreuses démarches et de son calendrier tout aussi chargé? Doit-on en déduire cependant que les forces d’occupation ont élaboré un plan spécifique quant au dossier des ex-militaires pour calmer les inquiétudes de certains secteurs de la bourgeoisie en vue des élections? «Inquiétudes» exprimées récemment encore clairement par le chef de l’OPL Edgard Leblanc (voir notre article dans ce numéro: «Élections: Quels seront les favoris…?»). Entre-temps, dans le département de la Grand’Anse, le juge d’instruction de Jérémie, Joël Dominique, a lancé un appel urgent aux autorités de facto en vue de procéder au désarmement dans cette région, disant: «Les individus armés font la loi et sèment la terreur dans la Grand’Anse. Il n’est pas sérieux que ces hommes aient la main libre à un moment où l’on parle de démocratie, de désarmement, d’élections. Cette situation est extrêmement dangereuse pour l’indépendance de la Justice et pour la sérénité des magistrats.» Pourtant, en même temps les anciens militaires sont bien choyés, puisque 77 millions de gourdes ont déjà été versés par le gouvernement de facto pour le dédommagement de 33 compagnies sur les 55 que comptaient les ex-Forces armées d’Haïti (FAD’H). Ces 33 compagnies totalisent un effectif de 1726 ex-militaires, d’après les membres du bureau de leur gestion qui présentaient le 14 mars dernier leur compte rendu. Par cette action entreprise à Petit-Goâve, la Minustah aura-t-elle voulu rétablir l’équilibre entre la bourgeoisie et les néo-duvaliéristes, en traçant tout simplement un exemple sur ceux des ex-militaires qui n’auront pas encore compris que leur autonomie est fonction du rôle qu’on leur demande de jouer, comme force d’appoint contre les masses populaires, et non pas pour se mettre, même involontairement, en travers des plans de l’impérialisme qui les «indemnise» pour leurs crimes.
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