23 Mars, 2005

March 23, 2005

23 Mas, 2005
Vol. 23 No. 2
Élections: Quels seront les favoris de la «communauté internationale»?

Pour le dirigeant du Parti national des démocrates progressistes haïtiens (PNDPH), Turneb Delpé, il est inconcevable que la mise en place des structures sur le terrain en vue des élections soit totalement contrôlée par la communauté internationale…
La mainmise de la «communauté internationale», à travers notamment l’OEA et la Minustah, dans le processus électoral constitue une préoccupation majeure pour les concurrents qui jugent le Conseil électoral provisoire (CEP) trop peu visible sur le terrain à quelques mois des élections.

En effet, ils ne s’en cachent pas. Ainsi pour le dirigeant du Parti national des démocrates progressistes haïtiens (PNDPH), Turneb Delpé, il est inconcevable que la mise en place des structures sur le terrain en vue des élections soit totalement contrôlée par la communauté internationale. «D’après les informations que nous avons reçues du Conseil électoral provisoire, en ce qui a trait à la première étape des élections, toute la logistique est assurée par la Minustah. D’autre part, la localisation des bureaux de vote et des centres d’enregistrement est contrôlée par l’Inops. Donc, voilà qu’ils parlent d’un conseil électoral ayant pour tâche d’organiser en toute indépendance des élections, alors que l’une des étapes, la plus importante, se réalise en dehors de son contrôle», se plaignait-il.

Pour sa part, le responsable du parti Konvansyon inite demokratik (KID), Evans Paul, s’est montré moins alarmé, et a voulu jouer, comme toujours, au plus malin, en restant dans le vague, invitant «tous les leaders politiques à prendre leurs responsabilités. Gérard Latortue et Boniface Alexandre doivent prendre aussi leurs responsabilités. Les gens du CEP doivent le faire aussi. Si le Blanc vient apporter sa contribution technique, nous devons contrôler son travail et fixer son rôle pour que les élections soient bien réalisées». Comme si lui et ses pairs en avaient le pouvoir alors que ce démagogue sait très bien qui mène le jeu dans ce domaine.

Dans une conférence de presse le 14 mars, le coordonnateur général de l’OPL, Edgard Leblanc, a lui aussi exprimé ses inquiétudes quant aux facteurs qui pourraient être défavorables à son équipe, disant: «La façon dont se déroule le processus prouve qu’il y a un manque de transparence dans la mise en place des centres d’inscription. Les partis politiques ne savent d’ailleurs rien sur les critères servant à les localiser. Le CEP n’est guère présent. Il semble même que ce n’est pas le CEP qui est en charge de l’opération électorale. C’est donc l’OEA et la Minustah qui en ont le contrôle. Nous comprenons cela très mal.» Leblanc a aussi exprimé sa plus vive préoccupation quant au climat d’insécurité à l’approche de ces élections, notamment dans le Plateau Central où les ex-militaires ayant à leur tête Rémissainthe Ravix et René Jean Anthony alias Grenn Sonnen continuent de faire régner leur loi.

Ces appréhensions sur la mainmise de l’international sur le processus électoral sont également partagées par le dirigeant du Mouvman Peyizan Papaye (MPP), Chavannes Jean-Baptiste, proche de l’OPL, qui a déclaré: «Nous pensons que le fonctionnement du CEP avec la collaboration de l’OEA recommande plus de transparence. Parce que certaines informations font croire que c’est l’international qui a le contrôle de la machine électorale. La question de l’inscription qui est la première étape sur le terrain montre effectivement que l’OEA contrôle tout. Nous ne sentons pas la présence du CEP. Cette situation nous inquiète beaucoup.»

En réponse à ces critiques, le conseiller électoral Pierre Richard Duchemin a tenté de calmer le jeu, en prétendant que le rôle de l’international dans le processus ne se résumerait qu’aux aspects techniques. «Le rôle de l’OEA, autour duquel j’ai entendu tout un tollé est très spécifique. Le PNUD est en charge des fonds en provenance des bailleurs de fonds; il constitue donc une sorte de caisse et de banque pour les opérations électorales. Le CEP, à ma connaissance, demeure dans les faits le seul maître du processus électoral», a prétendu Duchemin, qui devra toutefois se rappeler que plus de 95% du budget prévu pour l’organisation de ces élections sont financés par la communauté internationale. De plus, comment ces élections pourraient-elles être soumises à l’autorité exclusive du CEP, alors qu’on sait pertinemment que le pays vit sous occupation tant au plan militaire qu’administratif ?

Même si le Premier ministre de facto Gérard Latortue, faisant office d’intendant des forces d’occupation, aura une nouvelle fois tenté de jeter de la poudre aux yeux en déclarant 17 mars: «Le plus grand défi certainement ce sont les élections que nous devons organiser; et ce soir quand je regarde autour de moi, et que je vois tous les partis politiques qui sont représentés, je suis heureux qu’enfin nous puissions être tous ensemble en pensant à l’avenir du pays. Nous voudrions que les prochaines élections, comme nous en avons pris l’engagement, soient ouvertes à tous les Haïtiens sans exclusion. Et chaque haïtien quel que soit son parti politique recevra exactement la même attention de la part du gouvernement.»

Ce dont semble moins convaincus les geignards qui, sous prétexte de critiquer l’absence du CEP dans le processus, s’inquiètent plutôt des préférences que pourrait avoir la «communauté internationale» pour favoriser un secteur ou un autre au cours du processus et dans le choix même des «élus».