
« Ni M. Espérance, ni aucun membre du personnel de la NCHR en Haïti, ne parle pour et au nom de la Coalition nationale pour les droits des Haïtiens (NCHR), son comité de direction ou son staff… »
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C’est par un tonitruant et sévère communiqué que le directeur exécutif de la Coalition nationale pour les droits des Haïtiens (NCHR) basé à New York, Jocelyn McCalla, a le 11 mars marqué son désaveu et son reniement des responsables de la succursale de Port-au-Prince de la NCHR dirigée par Pierre Espérance, en raison de la position adoptée par celui-ci dans le dossier du Premier ministre constitutionnel Yvon Neptune. Le titre même de ce document est assez explicite: «La NCHR-Haïti ne parle pas pour la Coalition nationale pour les droits des Haïtiens».Qu’avait donc fait Pierre Espérance de si grave, de si contraire à la politique du siège social pour être rabroué de si rude façon? La raison (ou le prétexte?) en est une déclaration tout aussi bruyante émise un peu auparavant par Espérance condamnant le transfert de M. Yvon Neptune du Pénitencier national au centre hospitalier militaire argentin et qui disait: «La NCHR suit avec beaucoup d’attention l’évolution du dossier de l’ancien Premier ministre Yvon Neptune, inculpé dans le cadre du massacre de la Scierie. La NCHR note que beaucoup de pressions politiques et diplomatiques sont exercées contre le gouvernement intérimaire pour le contraindre à libérer M. Neptune. La NCHR condamne ces manœuvres qui tendent à placer Yvon Neptune au-dessus de la loi. La NCHR s’étonne devant les magouilles exercées le 10 mars lorsque les militaires de la Minustah et les représentants diplomatiques des Nations unies, avec la complicité du gouvernement provisoire, ont transféré M. Neptune de la prison à une base militaire étrangère sous prétextes de lui administrer des soins, sans l’ordre préalable du juge instructeur en charge de son dossier. La NCHR considère cet acte comme un camouflet donné au système judiciaire.» Au fait, il faut rappeler que la NCHR/Haïti est la principale organisation qui avait à l’origine désigné le Premier ministre Neptune comme responsable de cette prétendue tuerie à La Scierie, allant jusqu’à évaluer à plus d’une cinquantaine le nombre des victimes. Pourtant, Pierre Espérance, qui n’a depuis cessé d’utiliser cette affaire comme cheval de bataille pour poursuivre certains dignitaires du régime Lavalas, n’a jamais pu fournir la moindre preuve pour justifier ses accusations. Néanmoins, comme on devait le supposer, il semblerait que son acharnement est loin d’être gratuit ou innocent puisque, selon certaines informations, le gouvernement du Canada lui a alloué la somme de cent mille dollars à la NCHR/Haïti pour le compte des «victimes» de la Scierie. Pour revenir donc à la position de la maison-mère de la NCHR à New-York, c’est à partir de ce moment, le 11 mars, qu’elle aura décidé finalement de rompre avec l’équipe haïtienne de Pierre Espérance. «Ni M. Espérance, ni aucun membre du personnel de la NCHR en Haïti, ne parle pour et au nom de la Coalition nationale pour les droits des Haïtiens (NCHR), son comité de direction ou son staff » dit la note de Jocelyn McCalla, qui en arrive allant jusqu’à exhorter la NCHR/Haïti à changer de nom: «Nous espérons que dans un proche avenir la NCHR/Haïti adoptera un nouveau nom qui reflètera mieux son statut et sa mission dans la société haïtienne.» Par ailleurs, McCalla dit déplorer que les responsables de la NCHR/Haïti aient versé dans le «nationalisme» pour défendre un système judiciaire qu’il juge défaillant: «Nous notons avec regret que la NCHR/Haïti se soit drapée dans un drapeau nationaliste pour protester contre la décision des Nations unies et des autorités haïtiennes de placer M. Neptune dans un centre médical onusien, sous la protection de la Police nationale et des Nations unies. En agissant ainsi, la NCHR/Haïti s’est placée dans une position dangereuse en défendant un système judiciaire haïtien dysfonctionnel qui n’offre rien de plus que l’injustice», ajoute Jocelyn McCalla. Celui-ci va encore plus loin en admettant, contrairement à sa succursale de Port-au-Prince, que la Justice haïtienne a failli à sa mission dans le cadre du dossier de M. Neptune: «D’abord, à notre connaissance, il (Yvon Neptune) n’a jamais été formellement inculpé depuis que le magistrat instructeur chargé de l’affaire a débuté tant soit peu ses investigations, il y a plusieurs mois. Nous avons appris, il y a quelques semaines, que le gouvernement n’avait pas fourni au magistrat les moyens ni la sécurité nécessaires pour conduire une si importante enquête. La somme totale d’inaction du gouvernement haïtien dans ce dossier à cause de son inertie, de son incompétence et de ses omissions correspond à une justice travestie»… On peut comprendre l’exaspération de McCalla au sujet de la conduite de Pierre Espérance et de son personnel, mais pourquoi si tardivement? Cela fait pourtant bien longtemps que la NCHR, plus d’un an, est passée du stade de défenseur des droits des Haïtiens à celui d’inquisiteur, de traqueur de boucs-émissaires. Nous avions même reproduit dans nos pages l’un de ses rapports concernant la situation des travailleurs dans la zone franche, à l’époque où son travail paraissait correspondre principalement à son nom qui dénoterait sa mission, telle que McCalla lui-même le rappelle: «La NCHR lançait le bureau de la NCHR-Haïti en 1992, au plus fort du régime militaire, pour accroître sa capacité à surveiller, rapporter et défendre les droits humains en Haïti…» C’est en cela que cette organisation s’était acquis une certaine crédibilité. Une certaine crédibilité qui allait malheureusement lui servir pour participer à la déstabilisation du gouvernement constitutionnel, et le renversement de celui-ci n’aura pas arrêté son acharnement contre les «chimères» et fonctionnaires Lavalas. McCalla n’avait rien eu à dire jusqu’ici, et brusquement il s’emporte contre ses associés en Haïti, à qui il reproche même leur conduite antérieure au transfert de Yvon Neptune. Une crédibilité qui s’effrite de jour en jour par ailleurs et qui en est arrivé au-dessous de la barre avec ces balivernes au sujet du prétendu massacre de La Scierie. Comme nous le notons dans la manchette de bas de la page couverture, des enquêteurs de droits humains sérieux sont venus enquêter entre-temps sur place et le scandale des violations commence à se répandre. La NCHR, que ce soit le siège social ou sa succursale brusquement reniée en prennent tous les deux pour leur rhume. Évidemment le directeur exécutif de New York n’a pas fait cette bruyante sortie pour rien que ça. Son ordre du jour est beaucoup plus copieux. En effet, dans son communiqué, Jocelyn McCalla ne s’en prend pas au système judiciaire haïtien uniquement pour le décrier, il formule nettement un projet dans ce même communiqué, disant: «… L’année dernière, la NCHR a fait appel aux autorités haïtiennes pour l’établissement conjointe avec l’ONU d’un Tribunal spécial pour s’occuper de tels cas. Particulièrement, parmi les cas sur lesquels un tel tribunal aurait juridiction, c’est celui de l’assassinat du célèbre journaliste de la radio Jean Leopold Dominique. M. Dominique a été tué il y a environ 5 ans, le 3 avril 2000. Bien que les preuves rassemblées au cours des enquêtes menées jusqu’à présent montrent l’implication de hauts fonctionnaires et membres du gouvernement et du parti Lavalas, cela n’est pas allé au-delà. Un Tribunal spécial, composé de magistrats haïtiens et internationaux… pourrait et devrait être rapidement institué en Haïti pour traiter des cas tels que ceux de Jean L. Dominique et d’Yvon Neptune. Un modèle pour un tel tribunal existe déjà en Sierra Leone et il a prouvé qu’il peut fonctionner adéquatement… Nous renouvelons notre appel pour un Tribunal spécial…» En définitive, comme on peut le constater, le désaveu de Pierre Espérance n’est que de la poudre aux yeux, jusqu’à un certain point. En fait McCalla laisse plutôt son partenaire libre de chercher ses subventions et ses dons et les contraintes qui y sont liées là où ce dernier peut les trouver; quant à lui il a de plus vastes et de plus grandioses projets autrement plus importants pour lui et ses bailleurs de fonds…, et ce, tout en essayant de faire peau neuve à un organisme dont la crédibilité est déjà trop éreintée.
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