9 Mars, 2005

March 9, 2005

9 Mas, 2005
Vol. 22 No. 52

Le Premier ministre Yvon Neptune (à droite) et le ministre de l’Intérieur Jocelerme Privert qui ont entamé depuis plus de deux semaines une grève de la faim pour dénoncer leur incarcération arbitraire.
La députée démocrate de la Californie Maxine Waters, à la tête d’une délégation composée de Marguerite Laurent du «Haitian Lawyers Leadership Network», Mario Joseph de l’Institut pour la justice et la démocratie en Haïti, Margareth Prescod du «Global Women Strike», Lucie Tondreau de Veye Yo et Haiti Action Committee, du Dr Serge Louis de Fanmi Lavalas et du Dr Jean-Paul Bennet, est arrivée à Port-au-Prince dans la matinée du lundi 7 mars pour s’enquérir de la situation des prisonniers politiques, en particulier de l’état du Premier ministre Yvon Neptune et du ministre de l’Intérieur Jocelerme Privert qui ont entamé depuis plus de deux semaines une grève de la faim pour dénoncer leur incarcération arbitraire.

L’avocat nord-américain du président Aristide, Ira Kurzban, qui faisait également partie de la délégation, a été contraint de reprendre le même avion pour retourner à Miami, suite à l’interdiction que lui ont signifiée les autorités de facto, par l’entremise du ministre de facto de l’Intérieur Georges Moïse. A son retour à Miami, il a expliqué qu’à sa descente d’avion, le chargé d’affaires de l’ambassade des Etats-Unis, Douglas Griffiths lui a fait savoir qu’il pourrait être arrêté par les autorités de facto s’il essayait d’entrer dans le pays. «La raison pour laquelle je n’ai pas été autorisé à entrer en Haïti est parce qu’il y a un gouvernement illégitime qui est anti-démocratique et qui n’aimerait pas que je parle au nom de la démocratie», a déclaré Ira Kurzban au Miami Herald. En effet quel chef d’accusation pouvait utiliser les putschistes pour procéder à son arrestation qui ne pouvait être qu’un nouvel acte illégal et arbitraire. Le régime de facto vient une fois de plus de révéler sa vraie nature.

Néanmoins, la délégation conduite par la représentante Maxine Waters s’est rendue, sous un impressionnant dispositif de sécurité de la Minustah et de l’ambassade des Etats-Unis au Pénitencier national où elle s’est entretenue avec MM. Neptune et Privert, dont l’état de santé a été jugé assez grave. Yvon Neptune, très affaibli, a quand même pu s’entretenir assez longuement avec ses visiteurs. A l’issue de cette visite qui a duré plus d’une heure, Maxine Waters aurait voulu se rendre à la prison de Pétionville pour y rencontrer Annette Auguste alias Sò Ann, mais le chargé d’affaires, jusqu’à ce moment-là assez affable, a alors prétexté que la sécurité de la délégation ne pouvait être garantie pour un tel parcours. Évidemment cela pue le mensonge, et ne fait que dévoiler davantage la complicité de l’ambassade US dans toutes les décisions prétendument prises par le régime de facto.

Dans un point de presse tenu assez rapidement, puisque le chargé d’affaires lui faisait comprendre qu’elle devait rembarquer plus tôt que prévu, à l’aéroport international Toussaint-Louverture, Mme Waters a exprimé ses plus vives inquiétudes sur l’état de santé de Neptune et de Privert. «Nous allons faire tout ce que nous pouvons pour porter M. Neptune à abandonner son mouvement de grève et trouver également sa libération. Ce serait immoral de la part du gouvernement intérimaire de laisser Yvon Neptune mourir en prison alors qu’aucune charge n’a été jusqu’ici retenue contre lui», a-t-elle indiqué.

De plus, dans une interview exclusive accordée à Haïti Progrès, elle a déclaré: «J’ai passé environ une heure avec Yvon Neptune. Il est très faible, il parlait très bas, et il a beaucoup maigri. Il a expliqué pourquoi il faisait cette grève. Il a dit qu’il va continuer à observer cette grève, que le gouvernement intérimaire l’a emprisonné sans aucune raison, qu’il est un prisonnier politique, qu’il n’y a pas de justice en Haïti… Je vais produire un rapport aux membres du Congrès à propos des conditions déplorables de la prison et du danger que, je pense, Yvon Neptune encourt et le fait qu’il pourrait effectivement y mourir. Je vais voir si je peux générer d’autres intérêts pour forcer le gouvernement à le relâcher.»

Par ailleurs, Mme Waters qui a relaté certaines intimidations subies par sa délégation de la part des officiels de l’ambassade des Etats-Unis, qui ont même contribué à écourter la visite, a estimé que «le refus du gouvernement intérimaire de permettre à Ira Kurzban de me rejoindre pour la visite du Premier ministre Neptune n’est qu’un exemple de plus de cette répression systématique contre quiconque s’associe au président Aristide ou à son parti politique. Cette répression doit cesser». Maxine Waters a également fait état de l’interdiction faite au père Gérard Jean-Juste qui a failli se faire arrêter, alors qu’il venait accueillir la délégation.

Après la réprobation par les responsables de la Minustah des massacres des manifestants pacifiques Lavalas perpétrés par la police le 28 février, et le récent rapport des enquêteurs de l’Université de Miami sur la dégradation tragique des droits humains en Haïti, les événements vécus par cette délégation, en particulier l’interférence de l’ambassade nord-américaine pour écourter la visite de la délégation, et le refoulement de l’avocat Ira Kurzban apportent une nouvelle illustration des méthodes répressives et arbitraires déployées depuis un an par les autorités de facto avec la connivence des décideurs de la communauté internationale.