9 Mars, 2005

March 9, 2005

9 Mas, 2005
Vol. 22 No. 52
Pourquoi cet acharnement contre Yvon Neptune?


De gauche à droite : Margaret Prescod, Lucie Tondreau, Jean-Paul Bonnet, Maxine Waters, Ira Kurzban, Dr. Serge Louis, Marguerite Laurent…Il est évident qu’après plus de quinze jours de grève de la faim, l’état de santé de Neptune et de Privert commence à se détériorer, et on comprend que la représentante au Congrès Maxine Waters arrivée avec une délégation le 7 mars aurait bien voulu ramener Neptune aux Etats-Unis avec elle
Le Premier ministre constitutionnel Yvon Neptune et son ministre de l’Intérieur Jocelerme Privert poursuivent une grève de la faim entamée le 20 février, le lendemain de leur retour en prison, pour protester contre leur arrestation arbitraire et illégale et aussi contre les horribles conditions de leur incarcération au Pénitencier national. Dans une lettre adressée à la Direction de la police nationale, Neptune a expliqué qu’il réclame sa libération sans condition. En effet, il a été emprisonné en juin 2004 sur l’accusation farfelue de la NCHR (Coalition nationale pour les droits des Haïtiens), l’impliquant dans un prétendu massacre survenu le 11 février 2004 à La Scierie, près de Saint-Marc. Un massacre dont, par ailleurs, seule la NCHR a eu connaissance et pour lequel cet organisme n’arrive à apporter aucune preuve.

Les deux ministres Lavalas ont décidé d’observer cette grève dès le lendemain des événements survenus au Pénitencier national où, au cours de circonstances que le gouvernement de facto n’a pu ou n’a pas voulu éclaircir jusqu’à présent, près de 500 prisonniers avaient gagné le large, mais où Neptune et Privert pour leur part avaient été forcés sous la menace de quitter leur cellule, qu’ils ont d’ailleurs volontairement réintégré le soir même en se rapportant à la Minustah..

À leur retour au Pénitencier, ils ont été installés dans une cellule encore plus infecte. Suite à ses démarches, mais poussant le cynisme à l’extrême, ses geôliers ont placé Yvon Neptune dans une autre cellule dans des conditions tout aussi lamentables, sans un endroit pour ses besoins, etc. Une situation qui ne relève pas du hasard, et une décision qui vient de haut. En effet, le Premier ministre de facto Gérard Latortue prenait plaisir à ironiser avec la grasse subtilité qu’on lui connaît: «Nous nous sommes assuré, disait le gros lard, que Neptune ne souhaite jamais de s’échapper de la prison. Il a dû sortir et a souhaité y retourner. Après son retour à la prison, il a été placé dans une autre cellule... Je suis intervenu personnellement auprès de la police pour demander qu’il soit bien traité.» À sa suite, le principal accusateur, le directeur de la NCHR Pierre Espérance trouvait moyen de poursuivre son spectacle, clamant: «Nous nous mettrons en croix face au gouvernement et à la communauté internationale pour les empêcher d’influencer l’appareil judiciaire.» Un «appareil judiciaire» que Espérance ne se gêne pas de son côté de diriger.

Puis c’était au tour de l’homme d’affaires (louches?) Charles Henri Baker, numéro 2 du Groupe des «184» d’André Apaid, d’intervenir avec des accents vengeurs et acharnés: «Je suppose, disait ce chevalier de la macouto-bourgeoisie, que des personnalités de l’importance de Jocelerme Privert et d’Yvon Neptune sont placées dans des cellules d’isolement. Je voudrais rappeler à ces messieurs que quand leur gouvernement m’avait fait prisonnier, on m’avait installé dans l’aile dénommée Titanic où les détenus sont contraints de satisfaire sur place tous leurs besoins (…) Je dois leur dire également de ne pas trop s’inquiéter à propos de leurs conditions car elles sont bien meilleures par rapport aux miennes quand j’étais prisonnier. Ils ont le droit d’observer une grève de la faim, j’avais également passé sept jours sans manger. Toutefois je les exhorte à mettre fin à leur mouvement.» Pourtant, pour sa part Baker est sorti gros et gras, l’air d’avoir bien tout englouti, sans même avoir eu besoin d’un lieu pour «les» faire ni de les jeter.

Le 28 février, Yvon Neptune a écrit à plusieurs personnalités de la communauté internationale, les représentants de l’ONU, de l’OEA: Juan Gabriel Valdés et Denneth Modeste, aux ambassadeurs des Etats-Unis, du Canada, de France, du Chili, respectivement James B. Foley, Claude Boucher, Thierry Burkard et Marcel Young; lettre adressée également à la Caricom, à l’Union africaine et au Congrès nord-américain où, tout en rappelant le caractère illégal de son incarcération, il précise: «A la troisième occasion, le samedi 19 février, le pouvoir a décidé de m’isoler apparemment pour ma sécurité mais cette mesure avait en fait beaucoup plus des effets d’une sanction planifiée (…) Messieurs les Ambassadeurs, vous êtes au courant des raisons machiavéliques pour lesquelles depuis le 29 février 2004, des pressions de toutes sortes sont exercées contre moi pour que je parte en exil, vous connaissez aussi les mobiles et objectifs bassement et cyniquement politiciens de mon arrestation arbitraire et ma détention illégale dans les conditions déshumanisantes et insécuritaires…»

Yvon Neptune comprend fort bien les manigances du pouvoir de facto de Gérard Latortue et de son ministre de facto de la Justice Bernard Gousse: ils veulent se débarrasser de sa présence d’une façon ou d’une autre. Étant donné que les caméras sont braquées actuellement sur leur prisonnier, ils ne peuvent à la limite recourir aux moyens extrêmes, mais ils voudraient le voir laisser le pays.

Il est évident qu’après plus de quinze jours de grève de la faim, l’état de santé de Neptune et de Privert commence à se détériorer, et on comprend que la représentante au Congrès Maxine Waters arrivée avec une délégation le 7 mars aurait bien voulu ramener Neptune aux Etats-Unis avec elle. Maxine Waters a d’ailleurs réitéré ses craintes pour la vie de Neptune, déclarant: «Il peut mourir à cause de la grève de la faim ou être assassiné (…) Il est clair que M. Neptune ne va pas cesser sa grève aujourd’hui (…) La décision morale serait sa libération.» Le ministre de facto de la Justice Bernard Gousse a cru pouvoir en profiter pour faire croire à une pseudo-indépendance de sa justice, et a prétendu que la décision relative à ce dossier ne relève que du seul juge d’instruction de Saint-Marc. Il est clair qu’il voudrait faire monter les enchères avant de signifier sa décision pour la libération.

Quelques jours auparavant, le 1er mars, Yvon Neptune qui devait comparaître devant le tribunal à Saint Marc, n’avait pas pu être transféré dans cette région en raison surtout de l’état précaire de sa santé. La porte-parole de la police Jessy Cameau-Coicou, déclarait à ce sujet: «La Police nationale a reçu l’ordre d’extraire M. Yvon Neptune de la prison, à la date du 1er mars, pour être conduit devant son juge à Saint-Marc. Cependant, quand la police s’est présenté à la date en question pour exécuter cet ordre, M. Neptune s’y est opposé et a affiché un comportement anormal. A ce moment, on a fait appel à son médecin personnel qui a évalué son cas. Le médecin a affirmé qu’il commençait à présenter des signes de déshydratation. Finalement M. Neptune a accepté qu’il soit mis sous traitement de perfusion avec surveillance médicale.» Évidemment le régime de facto s’acharne à vouloir faire céder Neptune, quitte à le libérer, mais sans toutefois enlever les fausses accusations portées contre sa victime. Mais celle-ci, comme une arête dans la gorge des criminels, paraît décidé à poursuivre sa grève de la faim, jusqu’à obtenir une libération sans condition lui permettant de rester dans le pays pour poursuivre publiquement la lutte pour le rétablissement de la légalité constitutionnelle.